CHAPITRE II
La « Quadrubple Alliance »”
En revanche, il eut des amis. Dans les relations librement choisies, l’égoisme reste souverain. L'amitié était pour lui un sentiment normal.
Enfant de dix ans à peine, on l'envoie à Eton ?. Déjà se dessine le biais de ses affections. Méprisant, ignorant l’écolier son semblable, il distingue trois de ses camarades et forme avec eux une association dont la raison première est de se séparer du commun. Sa sympathie naît et se développe dans l’orgueil.
La « Quadruple Alliance » : pareil titre donne la mesure de leur juvénile affectation. Le sobriquet de chacun est à l’avenant. Walpole porte le nom bucolique et langoureux de « Céladon »; West, par un pédantesque jeu de mots, celui de « Favonius ». Ashton s'intitule « Almanzor » ou « Platon ». On a baptisé Gray « Orozmades », plaisante déformation d’'Ormazd, dieu mystérieux et fermé; dieu de clarté et de douceur 3.
La physionomie d'Horace Walpole nous est aujourd’hui familière 4 On nous a amplement décrit son naturel ardent et maussade; l’entrain, mêlé de vanité, qui le poussa à briller dans les salons; et pourtant l’amertume, née de la déception, qui confina sa misanthropie dans une retraite peuplée de raffinements et d’ambitions littéraires : dilettante à double face, « un Mr. H. W. qui fait des visites, vote, va chez White et à la Cour, et un H. W. dans ses fonctions rurales, bien à l’aise dans son tonneau de Windsor Hiüll, où il couve des in-folios de sa création »5. Le bambin aux « airs de petit maître de danse »$ qui entrait à Kton au mois d'avril 1727 annonçait cet homme. Timide, sensible et chétif, il portait haut, sur son front, le grand nom de son père. Son visage allongé, ses yeux expressifs, sa bouche moqueuse vous narguaient.
1. Les amitiés de Gray ont été étudiées avec soin par Tovey. Voir en particulier TE 1-33 TL, II ix-xxxv.
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