‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 69 sur 446 · CH · texte numérisé non relu

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Ii LA « QUADRUPLE ALLIANCE » 75

Malgré ses fréquentes absences 45, Walpole réunissait souvent auprès de lui Gray et Ashton. On voudrait pouvoir évoquer leurs conversations, leur vie en commun, l'atmosphère de leur camaraderie. Ainsi qu’à Eton, sans doute, ils évitaient les groupes ; les jeunes Béotiens qui « n’ont jamais vu Londres », les sizars, ces parvenus, ces « fils aînés d’éleveurs de bestiaux qui viennent recueillir une bonne instruction pour devenir, tous, archevêques de Canterbury » 4. Les positions respectives demeurèrent les mêmes. Ashton continua à cultiver Walpole. Gray tenait Ashton à distance; lui témoignait ouvertement son mépris; lui écrivait sans familiarité, en persiflant : « Il me semble que vous me conseillez ce que vous n'avez pas jugé bon de faire vous-même en pareille circonstance. Peut-être savez-vous pourquoi la même conduite me sied et ne vous sied pas. Vous avez vos raisons, j'en suis sûr; et vous ne voudriez pas, j'en suis convaincu, que je fasse le moindre mal » 47.

Walpole reste son « cher Horace », son « cher Céladon », son préféré 48. Ils se voient régulièrement; sortent, vont au théâtre ensemble 4. Quand Walpole est à Londres, Gray pense à l’absent. Ils s’écrivent; les retards sont du fait de Walpole. Aux vacances, Gray vient à Cornhill. Jamais Walpole ne l’introduit chez lui au seuil de la maison paternelle, les différences sociales se marquaient. Gray ne sait même plus où le trouver. Cruelle ironie, c'est Ashton qui le renseigne 5°.

De telles humiliations attisent la fidélité. Ses lettres ne tarissent pas de détails, de facéties : « L'homme de la Watre s’est coupé la gorge. Un certain Mr. White, d’Emmanuel, s’est noyé la semaine dernière. On l’a vu depuis dans la région, avec la mine de quelqu'un qui ne s’est jamais approché de l’eau » 51. Cela, en échange de billets hâtifs, de vœux d’une minute « que vous avez été assez bon de gaspiller pour penser à moi » 5?. Gray n’a jamais écrit avec plus d'émotion que lorsque la inère de Walpole mourut : « Pardonnez-moi, mon pauvre cher Horace, si Je viens vous importuner dans votre douleur plus tôt que je ne le devrais, — à peine assez tôt cependant, si je considère l'anxiété où je suis à votre sujet. Je n'ai pas, tant s’en faut, la présomption de croire qu'aucune de mes paroles puisse alléger votre affliction. Mais je crains que votre raison, votre soumission envers Celui qui vous a accordé si longtemps la meilleure des mères, ne parviennent pas à vous soutenir. Votre état, je l’imagine facilement d’après les craintes, toujours présentes devant mes yeux, qu'un pareil malheur ne m'arrive. Si cela devait se produire, je crois que je ne pourrais trouver la moindre ombre de consolation ailleurs que dans la sympathie que

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