‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 8 sur 446 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les sources de la mélancolie !

La tristesse de Gray relève en première ligne de la pathologie.

La réserve du poète, l’état rudimentaire de la science médicale au milieu du xvirIe siècle, la nature même du mal rendent l’observation difficile. Si l’on ne peut remonter, dans la généalogie de la famille de Gray, au delà de la seconde génération, on sait que son père et sa mère « moururent de la goutte »?. Ce diagnostic inacceptable nous apprend du moins que l'enfant recueillait de part et d'autre un héritage d’arthritisme. Ce n’est pas tout.

Philip Gray nous est décrit comme «morose, sauvage et obstiné»#. Les actes de sa vie qui nous sont connus montrent, par leur incohérence, son inaptitude à gérer ses affaires où à discipliner son humeur. On signale ses impulsions, ses caprices d’inconséquent, ses extravagances poursuivies avec entêtement. On cite sa fantaisie de commander, coûte que coûte, à Jonathan Richardson, peintre en vogue, le portrait de Thomas, âgé de treize ans‘; ou encore cette «obstination qui l’amena à faire construire une maison de campagne à Wanstead sans parler de son dessein à sa femme ni à son fils, sachant qu'ils y seraient très hostiles, avant que la maison ne fût terminée. Cette construction... entraîna des dépenses considérables; et l’on peut dire que c'était autant d'argent jeté à l’eau»5.

L'étrangeté de la conduite de Philip se marque mieux encore dans les rapports de la vie conjugale. Mrs. Gray, épouse vertueuse et patiente, dut solliciter les conseils des hommes de loi pour se protéger des brutalités de son mari. « Il la traitait de la façon la plus inhumaïne, la battait, lui donnait des coups de pied, des coups

1. Ouvrages consultés sur les questions de psychopathologie soulevées dans ce chapitre et les suivants : Th. Ribot, Les Maladies de la volonté, Paris 1885: Les Maladies de la personnalité, Paris, 1891 (4° édit.); La Psychologie des sentiments, Paris 1896. P. Janet, Les Névroses, Paris, 1900. S. Freud, Cing leçons sur la psychanalyse, trad. Y. Le Lay, Paris, 1924. À. Adler, Le Tempérament nerveux, trad. Roussel, Paris, 1926. A. Hesnard, La Vie et la mort des instincts, Paris, 1926. Ch. Baudouin, Psychanalyse de l’art, Paris, 1929. E. Régis et À. Hesnard, La Psychanalyse des névroses et des psychoses, 3° édit., Paris, 1929. À. Hesnard et R. Laforgue, Le Processus d’auto-punition, Paris, 1937.

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