II-ii LES CONFIDENITS
ne s'étonna pas d'admirer à peu près seul les œuvres 1%, et jugea l'auteur avec une ironique indulgence : « Mon nouvel ami a beaucoup d'imagination, peu de jugement et une grande modestie. Je le considère comme bon et bien intentionné; mais, vraiment, d'une simplicité enfantine. Il aime tous ceux qu'il rencontre; lit peu, ou ne lit pas du tout; écrit abondamment, avec le dessein de s'enrichir » 110, Le 29 juillet 1749, on installa le-duc de Newcastle comme chancelier de l’Université. Quel détail de la cérémonie échappa donc au ridicule, quel fut le « divertissement d’un peu d'élégance », sinon l'audition de l'Ode composée par Mason? « Son auteur grandit très vite dans mes bonnes grâces à mesure que je le connais davantage. Il est plein de talent, possède une excellente nature et beaucoup de simplicité. Un peu orgueilleux, mais d’une façon si inoffensive et si comique qu’on n’est pas du tout choqué. Quelque peu ambitieux, mais si ignorant du monde et de ses manières que l'opinion qu'on a de lui n’en souffre pas, si sincère et si peu déguisé que nul esprit possédant la moindre étincelle de générosité ne songerait à lui faire mal, tant il prête le flanc à l'attaque... Bref, je l’aime si bien que je voudrais que vous le connaissiez » 111, Mason était un homme de sa classe; assez naïf, assez gauchement plaisant pour qu’on le protège et le conseille ; assez drôlement actif et ambitieux pour qu’on raïlle en lui l’objet de son envie.
Combien de fois, pendant les cinq années où il résida à Pembroke, Mason gravit-il l'escalier du nouveau bâtiment de Peterhouse pour frapper chez Gray? Combien de fois Gray franchit-il, sur la pointe des pieds, le pont branlant jeté sur le ruisseau de Trumpington Street? Combien de fois, aux après-midi de soleil, remontèrent-ils la Cam par le riant sentier qui mène à l’église de Grantchester, au vieux moulin, à l'étang ombragé? On ignore leurs conversations. On les rangeait parmi les « littéraires » 112. Ils voulaient rétablir la prospérité de Pembroke, relever son prestige 113. Ils se montraient leurs vers. Mason décida du titre de l’Elégie 114 et retarda la composition du Progrès de la Poésie en déconseillant un genre aussi savant ‘15, Gray examina Elfrida, poussa Mason à en soigner le lyrisme et recommanda la pièce à Walpole 6. Ensemble, les deux poètes mirent sur le métier une histoire de la poésie anglaise 117, Tous ces échanges sont obscurs.
On ne peut que lire leurs lettres. Il apparaît alors que Gray s'érigeait en directeur intellectuel de Mason, en réformateur de son goût. Il choisissait ses lectures et corrigeait ses jugements :
109. TI, I 178. TO, LE IUrS7. ITIAULI 1202 112. Nicholls, o..c. sup. I i n. 3, V, p. 613. 119: DE TE 40; 0.07. 114. MM I 162. 115. MM III 35-6. 116. CT II 106.
117. Cf. énf. III ii pp. 219 et sq. Voir aussi Draper, o. c. sup. n. 60, p. 62 (date fausse toutefois. Cf. The Correspondence of Richard Hurd and William Mason, éd. Leonard Whibley, Cambridge, 1932, p. 37, n. 5).
100 LES SENTIMENTS II-iii
« Hodges est un triste personnage, ainsi que le Dr. Akenside et Mr. Shenstone, nos amis et compagnons » 18, Il empêchait Brown de lui envoyer de mauvaises brochures 11%. « Tous les livres sur lesquels vous me demandez des renseignements ne valent pas la peine d’être connus de vous » 4°, Et Mason, avec un zèle affecté, demandait à Gray une référence 129, l’étymologie d’un mot 11, ou lui adressait de lourdes dissertations sur ses voyages 12. I] s’appelait son « savant ami » 1%.
Vers 1753, on les voit étudier les antiquités celtiques. « Assis sur le Snowdon, il me semble que je distingue Mona et ses ombres hantées. J'espère que nous serons très bons voisins. Toutes Îles anecdotes druidiques que je rencontrerai, soyez sûr que je vous les énverrai » 124 Et Gray de recommander à Mason Frickins et Jacques Martin 2%. Mason ne veut pas être en reste. Il découvre le livre de Keysler 125, dont Gray ne tarde pas à lui montrer la faiblesse 127, J1 faut se garder de « prendre Mona pour l’île de Man », les Bardes pour les Scaldes, et Odin pour un dieu gaulois #8, Mason gémit alors, ainsi qu’un écolier fautif : « Je crois que vous avez parfaitement raison, comme toujours en la matière. Mais vous êtes bien cruel de me dire que je n’ai pas lu Keysler. Je l'ai lu, je vous l’assure, et c’est lui qui m'a trompé » 1.
Le Barde et Caractacus naquirent de cet enthousiasme. Gray montra à Mason son manuscrit, comme il le montrait à Wharton, à Stonhewer, à Mr. Bonfoy et à Neville 1%, Doutant de lui-même, le poète voulait une impression « entière et sincère, non pas à la réflexion, mais tout de suite » #1, La pénible élaboration de Caraclacus, par contre, mit la patience de Gray à une longue épreuve. Gonflé, satisfait, mais respectueux 1%?, Mason apportait un premier brouillon; un second, définitif; un troisième, remanié. « Raturez ad libitum, et renvoyez le plus tôt possible » 138, Gray lisait « avec
118, EL AIIEZS; TION DL ILES 7 120,117" ATET 0: 127 41001278; 122 LIT e20621. 129, 01218287 124: TI/21300: ASE LL RESTE 126:-TT, II-5.
127 LP ler 128: 10 13502; IT 7x2.