‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 98 sur 446 · II-iii LES CONFIDENTS · texte numérisé non relu

II-iii LES CONFIDENTS

aussi pour Gray un idéal. On pouvait s'exprimer avec lui par citations classiques 197,

Brown, d’ailleurs, se montrait généreux, désintéressé, inattentif aux petites brusqueries et aux futiles caprices. I1 aimait la nature des naturalistes. Dans un coin du jardin de Pembroke, qu’il cultivait de sa main, il préparait des boutures pour Wharton 1%. Il venait, avec Gray, dans la paisible allée. Penchés sur un bourgeon, ils en guettaient ensemble l’éclosion ; ensemble, revenus à leur livre, ils étudiaient le papillon qui s’y était posé 1%. La floraison des pommiers marquait pour eux le retour du printemps 20°.

Jusqu'au dernier jour, Gray nourrit une délicate affection pour ce modeste, resté dans l’ombre comme le sage, « Brown est inconnu du monde, mais il est aimé de ceux qui le connaissent » 21, Brown « est l’un des hommes les plus simples, les plus dignes et les plus honnêtes que j'aie jamais rencontrés » 22, Dans une atmosphère d'entente et de dévouement mutuel, leur amitié se construisait des menus incidents de la vie quotidienne. Brown est chargé des missions de confiance; de recevoir des meubles, avec les recommandations que l’on sait, et dont il dut sourire 2%; de distribuer les exemplaires des Odes 204. Ils se soignèrent réciproquement. Lorsque Brown se cassa la jambe, Gray fut son garde-malade 205. Si Gray est absent, Brown est « anxieux sur son sort » 26. I] se désola de le voir partir pour s'installer à Londres, et, en 1761, ouvrit les bras à l’exilé 207.

Dans ses voyages, Gray lui décrivait les curiosités locales plutôt que les paysages 28. De Londres, il lui envoyait les petits échos de la politique : « Dès que je serai en ville, je recueillerai quelque chose pour vous le raconter » 2%, Comme il tenait ses nouvelles « de la meilleure main » 21, il s’amusait d’en étonner le placide pédagogue. C’était une profusion de détails sur la mort de George II 21, sur la nouvelle reine 212, sur le couronnement du nouveau roi, où Mason figurait en bonne place ?1#. C'était une impression sur Mr. Pitt 214; des détails sur les affaires de Russie 215, d'Italie, d'Irlande 216; un compte-rendu des débats du « théâtre de Westminster » 217; des bruits sur le voyage de Rousseau et sur la satire de Voltaire contre Thérèse Levasseur 21. Ce n'étaient souvent que des faits divers — que Mr. Ross, négociant, a été à demi assommé avec un marteau, et qu’on offre six cents livres pour découvrir le coupable 21°; ou bien de plaisants récits, l’aven-

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