Tive Live, II
LE STYJ.E DE TITE LIVE
C’est contre Carthage qu’Annihal pousse ses mantelets et ses tours; ce sont les murs de Carthage qu’il ébranle avec le bélier*. » Cette sorte d’imagination abolit l’espace et violente la nature ; elle produit en cent endroits dans ïite Live ses belles faussetés si naturelles et toutes-puissantes. Dans Polybe, Scipion disait simplement que les Carthaginois, « épuisés de fatigue par le passage des Alpes, étaient incapables d’agir; » dans Tite Live, « ce sont des fantômes, des ombres d’hommes, exténués, tués par la faim, le froid, la saleté, brisés et mutilés parmi les roches, les articulations gelées, les nerfs roidis par la neige, les membres brûlés par le froid, les armes faussées et rompues, des chevaux débiles et boiteux. » Le meilleur instrument de l’exagération oratoire est la métaphore, parce qu’en fondant deux idées en une seule, elle enfle la plus faible jusqu’au niveau de la plus forte. Tite Live montre le peuple « noyé dans les dettes », l’usure « comme une lèpre consumant les biens, puis s’étendant jusqu’au corps », «'ses défenseurs qu’il engraisse pour qu’on les égorge* ». Il y a dans la passion une telle surabondance de vie qu’elle en verse dans les objets inanimés ; une abstraction devient une personne. « L’issue de