‹ Essai sur Tite Live (volume 2)Chapitre 34 sur 112 · Saint-Évremond · texte numérisé non relu

Saint-Évremond

LA CRITIQyE DANS TITE LiVE. 79

un poison dont les tribuns enivraient le peuple ‘ Les plébéiens avaient droit de ne pas mourir do faim devant les terres acquises à l’État par leur sang et leurs dangers. Était-ce être « séditieux » que demander sans violence l’égalité et des garanties? Licinius Stolon faisaitil une action « indigne » quand il refusait de porter la loi agraire à moins qu’on ne votât en même temps sur le partage du consulat? Pour que le peuple eût protection, il fallait le forcer à prendre un des consuls dans son ordre, et rien n’est plus noble que la franchise et la fermeté du tribun. Je reconnais que Tite Live a plus d’une fois blâmé « la violence et la dureté » des patriciens; qu’il n’a pas dissimulé, comme le flatteur Denys, l’assassinat de Génucius; que ses tribuns plaident pour le peuple avec une force incomparable; que, s’il a blâmé les Gracques, CicéroU; homme nouveau et équitable, l’avait fait avant lui ; que ses auteurs sont eux-mêmes patriciens et Romains; en un mot, que sa bonne foi est entière. Mais ces raisons excusent l’homme, sans justifier le critique. Un panégyrique, si sincère (lu’il soit, n’est pas une histoire. C’est peu d’aimer le vrai, en homme de bien, comme toutes les choses belles; il faut encore l’aimer en savant, et plus que tout.

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