Leclerc, Niebuhr, Lebas
Annales remontaient à l’origine des choses romaines. — Ont-elles péri dans l’incendie? Ce Clodius que vous citez d’après Plutarque n’a pas d’autorité, puisqu’on ne sait ni qui il fut, ni dans quel temps il vécut ; et on peut lui opposer Denys, qui affirme que les premiers annalistes ont tiré d’elles tous leurs documents*. Reconnaître comme Tite Live qu’elles ont péri en partie, c’est dire qu’elles ont été conservées en partie, soit dans le Capitole, soit dans les temples qui ne furent pas brûlés, soit parmi les objets sacrés qu’on enterra, soit parmi ceux qu’on porta A Céré. Peut-on croire que, dans cette restauration des traités, des lois, des livres sacrés, ordonnée par le sénat après la victoire, un peuple si soigneux de ses antiquités, si occupé de la gloire de ses ancêtres, si attaché à scs institutions, si scrupuleux quand il s’agissait de textes et de souvenirs écrits, ait renoncé à son histoire, et d’un seul coup effacé sa vie passée? Certes, les pontifes ont rétabli et complété les Annales, à l’aide des traités et des lois conservés ou retrouvés, de la tradition, des annales des villes voisines, qui toutes avaient une histoire*. Et voici maintenant les preuves de ces vraisemblances. D’abord, on sait par Cicéron’ que les Annales,
1. Denys, t. I, p. 59. — 2. Leclerc, des Journaux chef les Romains, p. 71. — 3. Cicéron, de la République, 1, 16.
vingt-quatre ans avant Tincendie (an 404), mentionnaient une éclipse de soleil. Donc elles avaient survécu. En second lieu, à partir du tribunat, année par année, on rencontre, à côté des brillantes narrations poétiques, des faits précis, si suivis et si secs, qu'on a sous les yeux, sans le moindre doute, les tables que le grand pontife exposait à sa porte. Ici tel temple est fondé, tels consuls nommés, tels prodiges expiés, telle ville assiégée ^ Ailleurs, on reconnaît les superstitieuses grandes Annales, en lisant que les Romains recommencent les grands jeux, parce qu'un maître a promené son esclave dans les rues en le fouettant^. Ce ne sont partout que détails semblables, trop petits pour avoir été conservés par la tradition, trop arides pour être attribués à l'invention poétique, trop peu importants pour avoir été imaginés dans la restauration des textes. Bref, sauf quelques fables et les amplifleations oratoires, on retrouve, depuis le tribunat jusqu'à l'incendie, le même ordre, les mêmes sortes de faits, les traces du même livre que dans les récits authentiques des guerres puniques. Qu'après l'incendie, la restauration des Annales ait été incomplète, mêlée d'erreurs et de mensonges, on le voit assez par les contradic-