‹ Essai sur Tite Live (volume 2)Chapitre 45 sur 112 · rite Live, II, 19; II, 21. — 2. ib., II · texte numérisé non relu

rite Live, II, 19; II, 21. — 2. ib., II

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lions que Vous marquez, et Cicéron le prouve en disant qu’on fut obligé de partir de l’éclipse de 404 pour calculer les précédentes. Mais il demeure constant que Rome garda un corps d’annales qui, à partir du tribunal, était digne de foi. Pour les règnes des rois, vous avouez qu’on avait des traditions, et plusieurs lois et traités intacts et importants ; et nul ne doute que depuis l’incendie jusqu’à Fabius Pictor les Annales n’eussent été régulièrement rédigées et conservées. Maintenant, sans parler des monnaies dont plusieurs dataient de Servius, des inscriptions antiques que vous contestez à tort, puisque Pline en vit plusieurs contemporaines de la fondation de la république ‘ , on lisait dans les livres des pontifes les formules des traités, dans les temples les plébiscites et les sénatus-consultes, dans les Fastes la suite des magistrats, dans les archives de famille les faits développés. Y a-t-il beaucoup de peuples dont les premiers siècles aient laissé autant de monuments? Fabius Pictor trouvait donc des détails certains à partir de l’incendie, des détails certains encore, mais moins nombreux et mêlés d’erreurs, à partir du tribunal, les principaux faits authentiques, quoique joints à des fables, à partir du roi Servius, puis queiques noms et

1 Pline, Histoire naturelle, XXXV, 3.

l’indication de plusieurs grandes révolutions Cdchées sous les légendes depuis l’origine jusqu’aux Tarquins. Si Tite Live eût étudié, non les historiens, mais les documents eux-mémes, son livre serait aussi vrai qu’il est éloquent. Nous avouons maintenant que ces historiens ont fait des documents un médiocre usage. Rome, lorsqu’ils ont paru, commençait à devenir grecque ; Fabius, Pison, Cincius, à l’école des subtils et élégants rhéteurs, n’apprenaient pas à comprendre la poésie et la barbarie des premiers âges; et des consulaires, qui venaient de quitter leur siège au sénat ou leur cheval de guerre, ne savaient ni ne voulaient s’enfoncer dans les doutes minutieux de la critique. Le grave Fabius a donné la chronologie des rois d’Albe ; il a tiré d’un Grec inconnu l’iiistoire d’Énée, et, par une malencontreuse exactitude, il a placé au quatrième mois de la ville l’enlèvement des Sâbines. Telle était à peu près la critique des moines de Saint-Denis, qui ouvraient leur chronique par l’histoire de Francus, fils d’Hector, fondateur de la nation française. Le dialogue de Romulus et des buveurs, dans Pison, est digne dU roi Dagobert et de saint Éloi son ministre. Le docte Cincius rapportait les actions d’Évandre, et Valérius Antias avait employé tout un livre à développer les contes puérils qui prfâèdcnt la légende do

Numa. Aussi nous accordons qu’ils n’ont pas débrouillé l’histoire des rois, ni écarté les mensonges qui jusqu’à l’incendie sont mêlés à la vérité. Vous avez prouvé que, s’autorisant des traditions, ils ont, par orgueil, dissimulé les défaites de Rome, et copié, dans les archives de famille, bien des triomphes supposés. Mais prenez garde vous-mêmes d’altérer les textes que vous connaissez si bien, de mal traduire Denys dans l’intérêt de votre cause, de lui faire dire que Fabius est léger lorsqu’il le trouve seulement moins diffus que lui. Vos mains d’inventeur tordent la vérité si fragile. Songez, je vous prie, que Cincius était j(n jurisconsulte exercé, que Pison avait écrit plusieurs livres sur le droit pontifical, qu’ils avaient tous manié les affaires, que personne ne doute de leur diligence et de leur bonne foi *, que leurs dignités et leur naissance leur donnaient les moyens de consulter les documents originaux et les Annales, que le spectacle du Forum et la pratique de la guerre leur faisaient comprendre les dissensions et les combats de l’antique république. Reconnaissez que s’il y a un roman dans Tite Live, il y a aussi une histoire, et qu’avec un peu de patience et beaucoup de prudence, on peut dégager l’histoire du roman.

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