I. Hérodote, II
Mais s'il est contour comme Homère, il n'est pas créateur comme Homère. Il est chroniqueur et non poète; point de caractères marqués; point de souffle oratoire dans ses discours, ni de rapidité entraînante dans sa narration ; son ton est toujours facile, son récit toujours abondant; les idées et les événements se reflètent dans son imagination limpide, sans l'émouvoir ni la troubler. On songe, en l'écoutant, à ce jeune homme et à cette jeune fille dont parle Homère, et qui, vers le soir, s'enlretiennent longuement sous les chênes, au bruit des sources. H rapporte la bataille de Marathon aussi simplement et tranquillement qu'un conte, avec force historiettes fabuleuses et minutieuses, qu'on n'ose appeler puériles, tant elles sont aimables. Ses pensées incessamment tombent sans bruit et en foule, « comme les flocons de neige qui en une nuit couvrent la campagne «. Son style est l'image de son esprit. Sa prose mal dégagée de la poésie bégaye encore; ses phrases ne savent s'unir en une période solide; nul cfl'ort pour mettre un mot en saillie, pour flatter l'oreille et l'esprit par la symétrie des constructions. H répète le même terme deux ou trois fois de suite. H quitte une tournure commencée, parce qu'elle le gêne. Cette liberté est charmante. Les phrases se suivent, sans qu'on pense à les distinguer ; on va d'un seul mouve-
iiicnl si doux, (lu'il csl inscMisiblc; c'est la mollesse el la lluidili' d'une eau pure. Ajoutons, si l'on veut, i|ue parmi des i,^rilces si simples il y a de la {5^randeur, (jue l'idée de la lalalilé pèse comme un nuage sur ce monde brillant de jeunesse, qu'un lien lâche, mais continu, unit les événements dispersés. Hérodote n'en reste pas moins au seuil de riiisloire,et l'on ne peut comparer le conteur grec à l'historien romain.
II. Xénophon a le génie attiquc, qui est la perfection dans la mesure, plutôt exquis que grand, semblable à rarchitecture de son pays. Il est plus attique que Thucydide, comme Lysias est plus attique que Démosthènc. Son sujet, l'expédition des Dix mille*, d'une étendue médiocre, est un tout indivisible, qui se détache brillant et simple sur la suite de l'histoire, comme le teml)le de marbre sur le promontoire de Sunium. Le récit n'est point embelli d'ornements, ni agité de passions oratoires, ni arrangé en éloge, ni composé i)Our donner une leron morale. Le goût ex(|uis consiste à maintenir chaque genre dans la pureté, et la narration parfaite n'est ni une argumentation, ni une harangue, ni une pièce de poésie, mais une narration. Rien de plus net,