‹ Essai sur Tite Live (volume 4)Chapitre 82 sur 103 · Plutarque, traduction Ricard, Fie de Fabius Maximus · texte numérisé non relu

Plutarque, traduction Ricard, Fie de Fabius Maximus

• par envie. Sa fermeté héroïque est une tranquillité flegmatique. « Alors qu- après Cannes la consternation était générale, que l’excès de la douleur/ que le trouble qui en était la suite empêchaient de pourvoir à rien , il marchait seul dans la ville, d’un pas modéré et avec un visage tranquille, parlait à tout le monde avec douceur, faisait taire les lamentations des femmeé, et dissipait les attroupements de ceux qui se rendaient dans les places publiques pour y déplorer les malheurs communs C » Quand le peuple, par une injure extraordinaire, lui égale - le maître de la cavalerie, il est patient, parce . qu’il est impassible, il va toujours du même pas, vers le mémo but, « comme une rivière qui coule •.sans bruit et dont l’action n’est jamais interrompue, *> sans être détourné par les cris, sans même les entendre. Quand les tribuns l’accusent de trahison, au lieu de répondre, il dit seulement qu’il faut se hâter de finir les sacrifices, pour qu’il puisse retourner promptement à l’armée, et punir le maître de la ^cavalerie. Notons pourtant qu’il reste doux et bom Selon Plutarque 2 , quand îl vit Minucius enveloppé, « il frappa sur sa cuisse

■ . et poussant un profond soupir, il dit à ceux qui étaient près de lui : « O dieux, que Minucius s’est

.1.. Plutarque, traduction Ricard, Vie de Fabius Maximus ,

ch. xxviii. — 2. lb. t ch. xviii.

« perdu beaucoup plus tôt que je ne pensais, mais « bien plus tard qu'il ne le voulait lui-même !

« Soldats, luttons-nous d’aller à son aide ; souve- « nons-nous que c’est un homme de cœur et qui « aime sa patrie. » Il pardonne à Minucius, non par effort de magnanimité, mais parce qu’il a peu senti l’offense. On ne doit pas trouver dans son discours le ton solennel, les antithèses sententieuses, la rancune amère, le contentement de . vanité vengée qui perce dans Tite Live 1 . Plutarque rapporte que par goût et par maximes il traitait alliés et soldats avec une grande douceur. Un soldat marse mécontent ayant proposé à plu- » sieurs de ses camarades de déserter, Fabius le lit appeler, reconnut qu’on ne T avait pas s récompensé selon sa bravoure, lui donna en marque d’honneur un cheval de bataille, et fit de lui \ l’homme le plus fidèle et le plus affectionné. Une •

autre fois, ayant appris qu’un Lucanien, contre

les défenses , passait la nuit hors du camp pour voir une jeune fille qu’il aimait, il la fit amener et dit au soldat que désormais il n’avait plus de ‘ raison pour sortir* Rien de plus frappant quand - on connaît par Polybe la terrible et inflexible dis-

. I. « Mon c.itius quara limui dcprehendit fbrtuna temoritatem* » Fabio æqualus imporio Annibalem virtuteet fortuna superio- « rem videt; victonam hosti extorqucamus, cynfeasionem oç** ' « roris ctvibus.' » \ * .

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LES, CARACTÈRES DANS TITK MVE< 229 ■ * ' • '

cipline de Rome. Mais Fabius est obstiné comme

•tout esprit lent et silencieux. Dès qu’une opinion s’est enfoncée en sa croyance, il la soutient jusqu'au bout, sans plus entendre les raisons présentées qu’il n’a senti les injures reçues, sans se soucier de Favis des autres, parce qu’il l’a fofmée sans l’avis des autres, d’autant plus constant . .qu’il est plus réfléchi, d’autant plus convaincu , qu’il est plus calme. Plutarque dit qu’ayant ex- . cité le sénat à force de démarches et de discours contre l’expédition d’Afrique, il persuada au consul Crassus de ne pas céder à Scipion le comman-

• dement de l’armée. Crassus s’étant désisté, Fa- >bîus lit refuser à Scipion l’argent de la guerre, puis détourna les jeunes gens de cette expédi-

tion; Scipion ayant trouvé parmi les alliés des soldats et des approvisionnements, Fabius, dans

- plusieurs harangues, effraya tellement le peuple, qu’on défendit à Scipion d’emmener d’autres troupes que les légions de Sicile, Scipion ayant vaincu Syphax, et arraché Annibal de l’Italie, Fa<- '

* bius ne cessa d’alarmer les Romains et de de-

mander qu’on rappelât le général, invincible aux mécomptes, à la fatigue, aux soupçons , à l’évidence et à l’éloquence des faits les plus palpables et les plus accablants. J’admire beaucoup la majesté et la fierté que lui donne Tite Live ; elles rfont dignes d’un vieillard chargé d’honneurs et

de ce sénal que Cinéas appelait une assemblée de rois: Mais elles conviennent plus au magistrat qu’à l’homme; peut-être même ce ton est-il étrange dans Fabius ; du moins il serait plus naturel dans un Papirius on un Appius. « Je sais, dit Fabius, qu’en m’opposant à cette ardeur inconsidérée de passer en Afrique, je vais être accusé de deux défauts. On blâmera d’abord cet esprit de temporisation qui m’est naturel, et que je permets aux jeunes gens d'appeler crainte et lenteur, pourvu que mes conseils, moins séduisants au premier aspect que ceux des autres, se trouvent i\ l’essai plus utiles; ensuite on dira que j’ai de la jalousie et de l’envie contre la gloire tous les jours croissante de l'illustre consul. Si ma vie passée, mon caractère, la dictature, cinq consulats, et tant de gloire acquise dans la guerre el dans la paix ne me mettent A l’abri de ce soupçon, mon <\ge du moins m’en défendra. Car quelle rivalité peut-il y avoir entre moi et un homme qui n’a pas même l’àge de mon fils? Quand j’étais » dictateur dans la force de l’dge, et dans une carrière de grandes actions, personne, ni dans le sénat ni devant le peuple, ne m’entendit m’opposer à ce que le maître de la cavalerie qui m’attaquait reçût, chose inouïe jusqu’alors, un com- . mandement égal au mien. J’ai voulu obtenir, par des actions plutôt que par des paroles, que celui

qui m'avait été égalé par jugement des autres

me mit par son propre aveu au-dessus de lui-

meme. Ce n’était pas pour entrer en lice et en rivalité, après avoir épuisé tous les honneurs, avec un jeune homme qui est dans la fleur de l’Age; sans doute, pour que si on lui refuse cette province d’Afrique, on me la décerne à moi qui suis fatigué non-seulement d’agir, niais de vivre ! Avec cette gloire (pie j’ai acquise, je vivrai désormais et je mourrai ; j’ai empêché Annihal de vaincre, afin que vous, qui êtes maintenant dans la vigueur de l’ûgc, vous puissiez non-seulement

• lui résister, mais le vaipere *. » Fabius dédaigne si fort et repousse si loin les soupçons de jalousie qu’il les justifie; il se convainc en se disculpant. Ce jeu de passion est habilement exprimé. Mais un trait de comédie sérieuse est-il un portrait?

* J’avoue que depuis que je lis celle harangue je vois moins clairement la figure si nette qu’avait, tracée Plutarque. 11 me semble même que ce ton altier et cette dextérité d'éloquence s’ajustent mal au caractère déjà construit; le biographe curieux et minutieux est plus exact que l’historien orateur.

« Scipion, dit Tite Live 2 , non-seulement fut admirable par ses vertus véritables, mais encore,

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