‹ Essai sur Tite Live (volume 4)Chapitre 83 sur 103 · Tite Live. XXyjlI, W. — >. lb., XXVI · texte numérisé non relu

Tite Live. XXyjlI, W. — >. lb., XXVI

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dès sa jeunesse, il s’arrangea habilement pour

les mettre en lumière. Ce qu’il proposait à la . multitude, il l’avait vu par des visions nocturnes ou conçu par une inspiration divine, soit que.,

son esprit lui-même fût possédé par une certaine superstition, soit pouf qu'on accomplît ses or- / dres et ses projets sans retard, commé venant d’un oracle. Dès le commencement, préparant les 'esprits à cette croyance, du jour où il prit la toge virile, il ne Ht jamais une action privée ou publique sans aller au Capitole s’asseoir dans le ' temple et y passer quelque temps, presque tou-

jours seul et sans témoins. Cet usage, qu’il garda . * toute sa vie, par politique ou sans dessein, ren- \ 8it croyable à quelques-uns l’opinion commune: qu’il était d’origine divine.... Lui-même ne démentit jamais cette croyance ; il l’augmenta plutôt par l’art qu’il eut de ne rien affirmer et de ne rien nier sur ce sujet. » Cette conduite annonce ( le naturel ambitieux et le génie inspiré. Scipion agit « non par réflexions lentes, mais par illuminations subites ». C’est ainsi qu’il tranche la guerre d’Espagne en marchant sur Carthagène, et la guerre punique en marchant sur Carthage.

C’est ainsi que « tout à coup », dit Tite Live, il • demande et obtient avant l’âge l’odilité pour lui

et pour son frère, puis le commandement en Espagne. L’inspiration est un raisonnement ailé'.

Scipion est un de ces brillants esprits qui franchissent les difficultés par des élans d’invention, calculent par divination, suppriment le péril par l'audace et improvisent la victoire. Il a foi en luimême, parce qu’il a conscience de son ascendant. Il est héroïque, parce que les dangers communs ne lui semblent pas devoir l’atteindre. Il va sur deux vaisseaux exhorter Syphax à l’ailiance de Rome, se livre à lui, et dîne assis sur le même lit que l’envoyé de Carthage. Aimable,

néanmoins, et charmant parce que le génie naturel est toujours flexible etXacile. Tite Live parle quelque part de son port majestueux, qu’embellissait la fleur de la jeunesse, et qui le faisait res-

sembler aux dieux immortels K « Telle était la

douceur et la souplesse de son esprit que non-

'seulement Syphax, un barbare étranger aux mœurs romaines , mais Asdrubal , un ennemi acharné, se laissèrent gagner au charme de son ■entretien. Asdrubal disait tout haut qu’il lui avait paru plus admirable dans la familiarité d’une entrevue que par toutes ses actions guer- •' rières, et ne doutait plus que Syphax et son royaume ne fussent au pouvoir des Romains, tant Scipion avait d’art pour se concilier les esprits 2 . « Mais l’inspiration ji ses inégalités et ses *’

K Tite Live, XXXVIII, 35. — 2. Ib., XXXVIII, 18,

langueurs; entre lesgoups de génie son! des intervalles. Ainsi Scipion laisse échapper d’Espagne Asdrubal et la grande armée qui faillit perdre Rome; et Tite Live remarque qu’après la ' v

défaite d’Annibal il resta au-dessous de lui-même.

Son second consulat est d’un homme ordinaire. Selon Polybe, le protégé de sa famille, il passait dans le public pour n’êlre ni tempérant ni appli- .. qué aux affaires ; il renvoya Caton, disant qu’il n’aimait pas un questeur si exact. Du moins il détendait la discipline, tour à tour indulgent et sévère; à Sucrone, ses soldats, gâtés par Foisiveté et la mollesse, se révoltèrent; à Lucres, il souffrit que Pléminius, son lieutenant, exerçât la plus détestable tyrannie. Il n’a pas Faustérifé stricte, Fexactitude administrative d’un Romain, . mais plutôt la négligence, le goût du beau, la magnificence d’un artiste. « On lui reprochait des mœurs qui ne convenaient pas à un général romain, encore moins à un homme de guerre. Il se promenait en manteau et en sandales dans le gymnase, donnant son temps aux livres et à la palestre. Toute sa suite jouissait aussi mollement que lui des délices de Syracuse 1 . » De tels génies ne peuvent souffrir l’humiliation de l’égalité ni de la contrainte des lois. Ils naissent les

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