Tile Live, XLIV
lait exposer la faiblesse d'Anlioclms si malhabile, si imprévoyant, si confiant dans l'attirail de ses troupes et dans les Corfanleriesde ses courtisans. « Toutes CCS troupes de dillërcnles armes, disait T. Quintius aux Achcens, tant de nations aux noms inconnus, Dahcs, Mèdes, Cadusiens, Élyma}ens, ne sont que des Syriens, race d'esclaves plutôt que de soldats. Et plût aux dieux, Achécns, que je pusse mettre sous vos yeux les allées et les venues de ce grand roi, tantôt de Démélriade à Lamia, tantôt de l'assemblée des Éloliens à Chalcis ? Vous verriez à peine dans son camp l'apparence de deux petites légions mal complètes. Vous verriez le roi, tantôt mendiant jjresque du blé aux Eloliens pour le mesurer à ses soldais, tantôt empruntant pour les solder de l'argent à usure, tantôt debout aux portes de Chalcis, bientôt chassé de là etrelournant en Elolie sans avoir rien fait que voir Chalcis et l'Euripe*. » Et ailleurs, Acilius Glabrion ajoute : « Ce roi qui a passé d'Asie en Europe pour porter la guerre contre le peuple romain n'a rien fait, en tout un hiver, de i)lus mémorable que de prendre, [lar amour, une épouse dans la maison d'un simple particulier, qui est obscur même chez les siens; maintenant nouveau mari, comme engraissé par
l.Titc Live, XXXV, 49.
niiLosopiiiE DE l'iiistoirr dans TITE LIVE. 145 les festins de noce, il vionl livrer balaille'. » Un instant auparavant, on voit par les discours d'Annibal combien le roi eut tort de s'aliéner Philippe et de ne pas porter la guerre en Italie. Celle qu'il fait n'est qu'une longue déroute. Il perd ou aban donne tous les postes oii il pouvait arrêter l'cnncmi. « il fallait défendre Lysimachie, lui dit Siipion, pour nous empêcher d'entrer dans la Chersonèse ou nous résister sur l'Hellespont, pour nous empêcher de passer en Asie, si vous vouliez nous demander la paix en nous inquiétant sur l'issue de la guerre; maintenant que vous nous avez accordé le passage en Asie, et que vous avez reçu non-seulement le frein, mais encore le joug, pouvez-vous discuter en égaux quand vous n'avez plus qu'à subir la loi du maître^? » En effet, la bataille de Magnésie fut une boucherie, l'épouvantail des chars armés de faux et des cavaliers bardés de fer hâta la déroute. Tout cet appareil ne fut qu'une proie. « Dès lors l'Asie, la Syrie et ses riches royaumes jusqu'au lever du soleil, furent ouverts à la domination romaine. Rien n'empêcha plus que, de Gadès à la mer Uouge, leur frontière ne fût bornée par l'Océan dont l'enceinte limite la terre, et que le genre humain ne vénérât le nom de Rome comme le premier après celui des dieux ^ »
l.TileLive,XXXVI,17.— 2./6.,X.\XVIi..3(3,-3./b.,XXXVl,17,
II. L'histoire de Rome au dedans est le progrès de la classe moyenne qui conquiert des droits et reçoit des terres. Ces deux idées sont dans les harangues, mais enflammées par la passion, telles qu'on les agitait au milieu du bruit de la place publi(iue. « Un vieillard avec les marques de tous ses maux se jette dans le Forum. Ses vêtements sales, son corps exténué, plus hideux encore par sa pâleur et sa maigreur, sa longue barbe, ses cheveux lui donnaient un air sauvage. On le reconnaissait pourtant, tout défiguré qu'il était ; on disait qu'il avait été centurion : la foule en le plaignant célébrait ses autres récompenses militaires. On lui demande pourquoi cet aspect, qui l'a ainsi défiguré ; et le peuple s'amassait autour de lui en forme d'assemblée. Pendant qu'il servait contre les Sabins, dit-il, non-seulement il avait perdu sa récolte par les ravages de l'ennemi, mais sa ferme avait été brûlée, tout son bien pillé, son troupeau enlevé; dans cette détresse on avait exigé de lui l'impôt. Il avait emprunté; sa dette grossie par l'usure l'avait dépouillé d'abord du champ de son père et de son aïeul, puis du reste de son bien, puis comme une lèpre avait atteint son corps. Emmené par son créancier, il avait trouvé, non un maître, mais un geôlier et un bourreau. En môme temps il montrait son dos meurtri par les coups récents des
verges '. » On com})ren(l niainlenaiil ces fortes paroles du peuple : « Ils disaient en frémissant (pic combattant au dehors pour la liiierlé et pour l'empire, ils élaionl au dedans traités en captifs et opprimés [lar l(>urs concitoyens, et que la liberté du peuple était plus en danger dans la paix que dans la guerre, parmi leurs concitoyens que parmi des ennemis. Que les patriciens lassent le service, que les i)alriciens prennent les armes, qu'ils aient les périls de la guerre, puisqu'ils en ont les récompenses. » Mais la misère moins que l'insulte touche des âmes libres. « Déjà, Romains, dit Canuléius, j'ai remar(jué souvent combien les patriciens vous méprisent, combien ils vous jugent indignes d'habiter avec eux dans la même ville, entre les mêmes murs; mais je le sens aujourd'hui mieux que jamais, en voyant avec quelle fureur ils s'emportent contre nos propositions. Eh quoi ! si l'on donne au peuple romain la liberté des suH'rages pour qu'il puisse confier le consulat à qui il voudra, si l'on ne retranche pas au plébéien digne de cet honneur suprême l'espoir de parvenir à cet honneur suprême, celte ville ne pourra subsister? C'en est fait de l'empire? Demander qu'un plébéien soit consul est un scandale, comme si l'on disait qu'un es-