‹ Essai sur un traitement méthodique de quelques maladies de la matriceChapitre 2 sur 9 · ESSAI · texte numérisé non relu

ESSAI

SUR UK

On a long-temps confondu sous le nom de Flueurs blanches une foule de maladies de la matrice, parce que l'écoulement était le phénomène le plus facilement observé : comme il est de ces flvx qui sont peu graves, que d'autres se lient à un état particulier de la constitution , trop souvent on se bornait à des moyens insignifians ou bien on agissait sur toute l'économie, on la fatiguait, on la détériorait sans tarir l'écoulement. Telle est malheureusement encore la conduite de quelques praticiens. En négligeant ainsi les sources de l'écoulement on le rend intarissable, de là l'épuisement, ou bien on laisse marcher la lésion qui le produit, d^ là trop souvent des dégénérescences de la matrice, le cancer et ses suites fatales. En allant aux vraies sources des flueurs blanches, c'est-à-dire en explorant les

organes génitaux de la femmeqiii sont accessibles aux sens, on découvre des lésions qui, attaquées de bonne heure, peuvent être guéries et qui plus lard seraient incurables.

Le siège des lésions qui produisent les sécrétions anormales appelées fhieurs blanches est varié : le vagin, l'extérieur du col de l'utérus, sa surface interne, celle du corps de cet organe, les trompes mêmes peuvent séparément donner lieu aux flueuis blanches, lesquelles prennent quelquefois leur source de tous ces points à-la-fois.

Il est facile de comprendre que si l'on parvient à agir directement sur ces divers points des oi-ganes génitaux, que si on va à toutes les sources, le traitement sera plus méthodique, plus rationnel, plus efficace; car ce sera alors la médication topique portée jusqu'à ses limites les plus avancées. On yansera les solutions de coDtiiuiilé, les inflammations, les engorgemens de l'utéi'us comme on panse les maladies toutà-fait externes. Le traitement sera alors complètement chirurgical. Mais, pour parvenir jusqu'aux sources les plus profondes des flueurs blanches, les moyens ordinaires ne suffisent pas. On porte les caustiques sohdes sur le vagin, le Gol de l'utérus; on peut faire encore sur ces parties diverses applications topiques: mais il n'y a que les liquides injectés qui parviennent jusqu'au

fond de la matrice. Les injections intra-utérines sont donc indispensables quand on vent agir directement sur la lésion qui produit les flueurs blanches dans les cas où cette lésion est au-dessus du col de l'utérus.

La nature de la lésion qui produit les flueurs blanches n'est pas toujours la même. S'il est vrai de (lire qu'un degré plus ou moins élevé d'inflammation préside à la plupart des maladies de l'utérus, il est plus vrai encore de dire qu'elles sont aggravées et entretenues par ce que les médecins appellent un vice, un virus, etc. Ce sont les vices scrofuleux vénérien, dartreux qui jouent ici le plus grand rôle. Cette différence dans la nature des lésions de l'utérus nécessite des différences dans la thérapeutique : ainsi les médications topiques ou autres doivent varier.

Ce que je viens de dire sur l'influence de la vérole, des scrofules, etc., dans la production des maladies de l'utérus, prouve que je n'exclus pas de leur thérapeutique les moyens indirects généraux, car il n'est guère possible de détruire des causes générales avec des modificateurs qui se bornent à une action topique; d'ailleurs j'ai déjà dit qu'il existait des flueurs blanches dues à un état de la constitution, or celles-là ne pour- 1 aient être guéries par des moyens locaux. Les caractères anatomiques des maladies aux-

quelles j'applique le traitemeut que je vais indiquer se réduisent à trois :

1° Augmentation de volume (engorgemens).

2° Changement de coloration (rougeurs).

3° Solutions de continuité , perte de substance [ulcérations).

Les engorgemens peuvent être avec ou sans déformation , avec déviation de la matrice ou sans déviation , ce qui est très rare. Ils sont aigus ou chroniques.

Les rougeurssonX toujours avec une augmentation plus ou moins considérable du volume du col utérin. Elles précèdent les ulcérationsou leur succèdent. Dans ce dernier cas, on trouve des taches irrégulières sur le col, elles ont la couleur de celles quisuccèdent aux chancres, auxpustules,après la disparution de ces symptômes syphilitiques.

La rougeur a des teintes et une étendue différentes selon les périodes, l intensité, la nature de la lésion du col : c'est un rouge rutilant quand il y a une métrite du col qui persiste après un avortement ou un accouchement. On sait que ces deux actes ne peuvent s'accomplir sans une congestion plus ou moins prononcée de l'utérus; eh ! bien , cette congestion peut persister et se constituer en inflammation chronique, c'est ce qui arrive quand, après un avortement, une femme s'est trouvée dans des conditions hygié-

niques défavorables, quand elle porte en ©lie un des vices dont j'ai déjà parlé.

Si la rougeur présente cette teinte, il y a, en même temps, turgescence du col et une indication positive des évacuations sanguines.

Quelquefois la rougeur n'est pas uniforme; sur un fond rouge sont de petits points d'un rouge plus foncé: c'est la rougeur fointillée^ elle coïncide avec une inflammation très rebelle.

Il y a quelquefois sur le col des taches plus ou moins larges qui sont d'tm rouge vineux plus oii moins foncé et qui se lient toujours à des lésions très anciennes.

Les ulcérations peuvent présenter deux aspects : elles sont simples, très superficielles; la muqueuse semble seulement dépolie, c'est la vraie exulcération. Elle est quelquefois si superficielle qu'il est difficile de la distinguer des rougeurs qui sont sans solution de continuité. Cette forme d'ulcération coïncide le plus souvent avec la vaginite ou en est la suite. On voit quelquefois l'inflammation commencer à l'orifice vulvaire du vagin, s'étendre dans ce canal, envahir le col, se propager dans la matrice et filer jusqu'aux ovaires. Les inflammations vénériennes suiventordinairement celle marche: c'est la vraie bleimorrhagie des femmes. Chez l'homme, quelquefois la blcnnorrhagie suit une marche analo-

giie:de la fosse naviculaire du gland, elle se propage à l'urèthre, séjourne dans la portion prostatique, et file quelquefois parles canaux déférens jusqu'aux testicules pour produire l'orchite. C'est vers la prostate que l'inflammation persiste le plus souvent et le plus long-temps; de là ces écoulemens si longs, si difficiles à tarir (ce sont les flueuTs blanches de l'homme); de là encore ces engorgemens de la prostate qui plus tard entravent d'une manière si fâcheuse le cours des urines. C'est aussi à la matrice que se fixe le plus souvent l'inflammation blennorrhagique; de là les écoulemens si difficiles à arrêter; de là aussi la plupart des engorgemens utérins.

JJulcération granuleuse est plus profonde, elle présente l'aspect d'une plaie à la période de suppuration, quand elle est semée de bourgeons charnus. Cette ulcération est beaucoup plus rebelle que l'autre ; elle peut lui succéder. Elle coïncide ordinairement avec un engorgement considérable du col. Ce sont les femmes qui ont eu des enfans qui offrent le plus souvent l'ulcération granuleuse. J'ai remarqué que les avortemens y prédisposaient davantage que les accouchemens à terme. Il semble que le mal vient ici du fond de la matrice : c'est, en effet, dans le museau de tanche qu'on aperçoit d'abord l'ulcération. Souvent, en relevant une lèvre du col

avec une pince, on découvre une ulcération dont on ne soupçonnait pas l'étendue : la lèvre postérieure est plus souvent affectée que la lèvre antérieure, ce qui fait supposer naturellement que l'humeur venue de la matrice a une influence sur la production de l'ulcération. Celte humeur n'a pas toujours la même consistance, la même couleur, aussi le mot flueur blanche ne désigne-t-il pas convenablement tous les écoulemens, car les uns sont plus ou moins jaunâtres, verdâtres; d'autres sont complètement purulens, et par conséquent très opaques, tandis qu'il en est qui sont muqueux et plus ou moins transparens. Plus la transparence se prononce, moins l'affection est grave.

Mais j'ai hâte de passer au traitement qui est le sujet de ce travail : je n'exposerai ici que celui de mon service à Lourcine.

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