VIVANT
Les instrumens nécessaires sont : i° un spéculum à deux valves, 2°une petiteseringue, ne contennnt que vingt grammes de liquide, 3° une canule en argentdontlesdiamètresont un bon tiers de moins que la sonde de femme. Cette canule est droite et terminée par un petit renflement olivaire percé en arrosoir. On doit avoir des canules plus déliées pour injecter les femmes qui n'ont pas eu d'enfans. Il est important que cet instrument introduit dans le col ne le remplisse pas en entier, afin que l'injection puisse facilement retomber dans le vagin; de cette manière le liquide se met d'abord en contact avec la parois interne de la matrice, et en retournant par le col, modifie sa surface interne. On a songé à remplacer cette canule par une sonde à double courant, ce qui augmenterait le volume de l'instrument, et ce qui empêcherait l'intérieur du col d'être en contact avec le liquide quand il retourne dans le vagin d'injection ne serait donc pas complète. D'ailleurs le retour du liquide ne s'opérerait pas par le second conduit, il faudrait pour cela qu'il fut plus abondant et que la canule fût bien adaptée
au col, ce qui serait urt double inconvénient, ce qui faciliterait le passage du liquide dans les trompes.
Dans les commencemens, j'ai injecté dans l'utérus la même décoction de feuilles de noyer qui me servait pour les injections intra-vaginales. Comme je l'ai déjà dit, j'ai aussi injecté de la liqueur de Van-Swieten. Mais le liquide que j'emploie le plus souvent est composé ainsi qu'il suit :
lodure de polass. . ciuq ceriligrammcs (g j)
Iode deux centigrammes, cinq mill, fgs.)
Eau trente gramm. cinquante-neuf cent.( 5 j )
La femme est placée comme pour l'application ordinaire du spéculum. Celui-ci une fois introduit, et le col mis à découvert, on donne son manche à tenir à un aide, ou bien en le passant à une anse de ruban, la malade peut le tenir, et on se dispense de l'aide. Un bassin est placé sous le siège de la femme , une injection intra-vnyinale est d'abord faite comme je l'ai indiqué; elle sert à nettoyer, à débarrasser le col des mucosités, des humeurs qui l'obstruent. C'est alors qu'on enfonce la canule dans la matrice : il faut qu'elle entre sans rencontrer de la résistance. On adapte la canule à la petite seringue et on pousse le piston doucement avec, tout juste,
la force employée pour line injection ordinaire dans le conduit atiditif. Quand l'injection est bien faite, on observe que, dans les premiers instans,il ne coide rien dans le vagin , mais bientôt on voit refluer le liquide.
11 faut expulser avec soin l'air contenu dans la seringue.
D'autres précautions doivent être prises :
1° A l'approche des règles, an moins trois jours avant, on s'abstiendra de ces injections, on ne les reprendra que trois jours après l'entière cessation du flux menstruel.
a° On devra attendre six mois après l'accouchement et l'avortement.
3° La femme devra être à jeun.
On peut, avant d'en venir aux itjjections intrautérines, en pratiquer dans le vagin avec la décoction de feuilles de noyer, après trois mois de l'accouchement ou de l'avortement. Ces dernières injections ont de très bons effets, elles préparent la malade à recevoir des injections pins profondes.
Je demande maintenant aux chirurgiens qui ont à se plaindre de ces dernières injections, s'ils ont suivi les règles que je trace ici, s'ils ont eu la prudence que je conseille. L'omission de ces préceptes peut compromettre la méthode et la santé d'une femme. Un de mes élèves a injecté une ma-
lade qui avait été incomplètement interrogée sur ce qui avait précédé sa maladie de matrice. Elle venait d'avorier. L'injection intra-utérine a produit des effets remarquables. Voici l'observation telle qu'elle a été recueillie par M. D'Astros.
« Joséphine Pi. . . ., âgée de vingt-quatre ans, cuisinière, née à Besançon, habite Paris depuis six ans : tempérament sanguin. Elle est mariée et a eu un premier enfant il y a trois ans: de plus cette femme avorte le 20 du mois de mai, à trois mois et demi. Elle entre dans nos salles le 3 juin: elle dit n'avoir jamais été malade ; son premier accouchement a été heureux, elle s'est parfaitement rétablie; mais depuis sa fausse-couche elle sent des tiraillemens dans les aines, douleurs des reins , une pesanteur sur le fondement , avec chaleur vive vers le col de l'utérus. Examinée au spéculum, le vagin paraît sain, mais le col fortement engorgé présente une large ulcération qui occupe toute la lèvre postérieure du museau de tanche et un peu la lèvre antérieure. L'ulcération n'est pas profonde, sa surface non granulée. Des renseignemens précis n'ayant pas été |)ris sur l'époque exacte de son avortement, elle est d'abord soumise aux injections vaginales de décoction de feuilles de noyer, deux fois la semaine. Le 16 juin on fait pour la première fois une injection intra-utérine avec la
solution iodée, après l'injection vaginale ordinaire. La malade n'éprouve aucun accident. Le 19, nouvelles injections intra-vaginale et intra-utérine, la malade ne ressent aucune douleur au moment de l'injection; mais une heure après elle accuse des coliques assez fortes étendues à tout le ventre ; elles avaient débuté par l'hypogastre, l'application de la main est douloureuse, le soir il y eut un peu de fièvre; cataplasmes chauds laudanisés, lavement émoUient, repos, les douleurs durent toute la nuit.
«Le 20, les coliques sont calmées, la malade accuse un point de côîé vers la partie moyenne <lu flanc gauche, la pression augmente légèrement la douleur, il y a de la fièvre. Vingt sangsues sont appliquées sur le point douloureux, cataplasmes, diète, repos.
a Le 21, le point de côtéa presque entièrement disparu; mais la malade dit sentir ses deux jambes, à partir du genou, et ses pieds beaucoup plus froids que le reste du corps. Il n'y a plus de fièvre, on continue les cataplasmes sur le côté, des bouteilles remplies d'eau bouillante sont placées à ses pieds, légers alimens, repos. Le lendemain, la sensation de froid de beaucoup diminuée, disparaît entièrement le 23.
« Le 5 juillet, sans causeconnue (lesinjeclions n'ayant pas encore été reprises) la malade resr
sent quelques maux de reins; elle n'en parle que le 7, et accuse en même temps les symptômes déjà observés : point de côté vers le milieu du flanc gauche, sensation de froid aux membres inférieurs depuis le genou; ils sont en effet plus froids au toucher; céphalalgie, pas de fièvre, selles difficiles, repos. Une bouteille d'eau de Sedlilz, compresses froides sur la tête, cataplasmes sinapisés aux jambes. Légers alimens.
a Le 8, pas d'améhoration , le purgatif n'a pas produit de selles. Même état que la veille. Soixante-quatre grammes d'huile de ricin, bain de pieds sinapisé, compresses froides sur la tête; repos.
« Le 9, la malade a eu deux selles assez abondantes; elle se trouve mieux, la chaleur est revenues aux jambes, les pieds sont encore froids. Cataplasmes sinapisés.
« Le 10, même état; les deux mains sont pâles et froides; la malade se plaint de ne pas aller à la selle. Lavement purgatif. Il n'y a pas eu de fièvre.
«Le II elle 12, mieux- marqué, céphalalgie peu intense, les extrémités sont moins froides.
« Le la malade croit ressentir tous les jours à-peu-près à la même heure (8 heures du matin), un redoublement dans les symptômes observés. Le quinquina est prescrit par M. Vidal à la dose d'un décigramme en deux pilules.
« Dès le lendemain, i5, le froid des extrémités disparaît presque entièrement et n'existe plus le i6.
«Le 17, la malade va tout-à-fait bien. Les injections ne sont pas reprises encore. »
Cette observation répond à une objection qui nous a été faite. On a dit que nos injections ne parvenaien t pas dans la matrice. Ceux qui veulent qu'il y ait accident pour preuve de l'arrivée de liquide dans l'utérus seront convaincus, je pense, que cette fois au moins, il y est arrivé. Celte observation prouve encore l'importance des préceptes posés et des précautions conseillées par nous. Il eût été facile de croire ici à ime péritonite, tandis qu'il n'y a eu en réalité que des phénomènes nerveux. Je ne blâme pas l'application de sangsues qui a été faite, car elle n'a pas nui; mais pour moi je m'en serais dispensé.
A. Effets des injections intra-utérines.
Les injections intra-utérines, comme toutes les injections faites dans des parties vivantes, développent quelquefois des phénomènes plus ou moins apparens , plus ou moins sensibles. Je diviserai ces phénomènes en instantanés , primitifs et consécutifs.
Phénomènes instantanés. — Ce sont ceux qui se produisent au moment même où le liquide est en contact avec la surface interne de la
matrice. Le plus souvent les femmes injectées n'accusent aucune douleur ; elles semblent même étrangères à ce qui se passe. Quelquefois elles disent qu'elles éprouvent un sentiment de brûlure qui part du bassin et monte vers l'ombilic. Il arrive aussi que les douleurs se manifestent dans une région ou dans les deux régions iliaques. Ceux qui ont étudié avec quelque soin les maladies de matrice ne seront pas étonnés de cette différence de sensibilité qu'elle présente aux injections. Il en est de même pour la cautérisation qui quelquefois ne produit aucune douleur, tandis que d'autres fois elle donne lieu à de vrais accidens. Deux femmes ont seulement accusé des douleurs réellement vives, au moment de l'opération. On doit alors cesser de pousser et se contenter d'une demi-injection.
Phénomènes ■primitifs. — La plupart des femmes travaillent, causent après les injections, et rien ne leur rappelle qu'elles ont été faites. Il en est, en très petitnombre, qui, arrivées à leur lit, sont obligées de se coucher, parce que la douleur instantanée continue, s'étend, et devient plus vive. D'autres femmes éprouvent des coliques une heure après l'injection. Ces douleurs abdominales ont été quelquefois assez vives pour élever le pouls, et donner lieu à des symptômes de réaction, ce qui a alarmé quelques praticiens.
Les coliques cessent quelquefois trois heures, six heures après l'injection ; on les voit aussi durer toute une journée, rarement deux jours: une seule femme offre ce phénomène; mais le second jour les douleurs sont très modérées; elles permettent à la malade de se lever, de se promener, ou de vaquer à ses occupations. Je noterai que, chez cette malade, l'ouverture du col est étroite et qu'il ressort moins du liquide injecté que chez les autres.
Qu'on note bien que tout cela est exceptionnel , que les coliques ne se déclarent pas sur un dixième des femmes injectées.
Ces coliques se calment et disparaissent spontanément. Les sangsues appliquées sur l'abdoïnen, les potions calmantes, antispasmodiques , les bains, ne hâtent pas sensiblement leur disparition. Cependant le moral des femmes est plus rassuré quand elles voient qu'on s'occupe de leur douleur et qu'on leur offre un moyen pour les calmer. Mais le meilleur de tous les caïmans , c'est la confiance qu'on leur inspire. C'est ici que l'influence du chirurgien se manifeste hautement. Heureux celui qui sait trouver et dire ce qu'il faut à chaque malade. Ce qu'il y a de bien constaté , c'est que le nombre, l'intensité et la durée de ces coliques diminuent dans nos salles à mesure que ces injections se pojtu-
larisent. J'ai déjà parlé de ce phénomène quand il a été question des injections intra-vaginales. Celles-là on ne les accusera pas de pénétrer dans la matrice : eh bien ! quand je commençai à les appliquer d'une manière générale dans les salles de Lourcine , il était très fréquent d'observer des coliques beaucoup plus vives que celles qu'éprouvent les femmes soumises aux injections intra-utérines. Qu'on ne dise pas que c'est un effet de l'habitude si maintenant elles les supportent, car je répondrai, comme je l'ai déjà fait, que tous les jours arrivent de nouvelles malades qui, à leur première injection , ne souffrent nullement; c'est qu'elles savent déjà à quoi s'en tenir sur ce moyen. On sait avec quelle rapidité on fait et on défait la réputation d'un moyen thérapeutique dans une réunion de femmes. Dans les commencemens j'eus à lutter contre leurs préventions; elles manquaient de confiance en ce moyen; aussi les coliques furent-elles très fréquentes.
Ceci prouve la nature de ces coliques ; il est évident qu'elles sont nerveuses , qu'elles ne sont pas dues à une péritonite , et pour les expliquer , il n'est pas nécessaire de supposer le passage du liquide dans l'abdomen. Est-ce que les douleurs produites par les injections de l'hydrocèle sont dues au passage du liquide dans
l'abdomen? Est-ce que les céphalalgies après l'injection de l'oreille par la trompe d'Eustachesont dues au passage de l'air ou du liquide dans la cavité crânienne. J'ai remarqué avec une vraie surprise mêlée d'un sentiment pénible des hommes naguère passionnés contre la doctrine physiologique , admettre avec une facilité incroyable des péritonites qu'on guérit du jour au lendemain avec quelques sangsues, un bain, une potion antispasmodique ou rien du tout! J'ai noté aussi que, parmi ceux qui ont le plus crié au danger des injections intra-utérines, se trouvaient des hommes qui ont accueilli avec une certaine faveur une torture importée dans la capitale par un chirurgien des départemens, laquelle torture consiste à écraser des articulations pour guérir une simple difformité! 11 a fallu bien des victimes pour les éclairer. Mais j'allais entrer dans la polémique, et il ne me^convient pas d'en faire aujourd'hui, car en commençant j'ai dit que je ne discuterais pas la quatrième cause d'erreur. Il serait très beau de se donner maintenant des airs de modérateur. Je renvoie ces hommes à mes prolégomènes(i) et à tout ce que j'ai écrit, on verra que ce rôle, je l'ai choisi et tenu bien avant eux. Ce n'est pas moi qui ai aidé et applaudi ceux qui coupaient si lestement le col de l'utérus. En
(i) Trailè de pathologie externe et de médecine opératoire.
appelant les phéîiotnènes primilifs dos accidetis un peut jeter de la défaveur sur les injections intra-utérines i mais on pourrait en faire de même pour toutes les injections , et demander aussi leur proscription générale. Ainsi les injections de la trompe d'Eustache causent de la céphalalgie plus souvent que les injections inlrautérines des coliques; hé bien! faut-il les proscrire? il faudra proscrire encore les injections dans la vessie, car elles sont souvent très douloureuses. Il n'y a pas jusqu'au lavement dont il faudra s'abstenir. Les purgatifs devront aussi être bannis, car ils donnentsouvent de violentes coliques. Et d'ailleurs, quel est le modificateur un peu énergique qui ne produit pas des phénomènes primitifs (\\\\ pourraient être appelés acctdens si on voulait fausser le langage médical et si on observait légèrement?
Phénomènes consécutifs. — Les coliques n'ont jamais persisté jusqu'au troisième jour. Il y a dans la salle Saint-Alexis, à Lourcine, une femme qui conserve une douleur dans une des régions iliaques; mais elle est entrée à l'hôpital avec cette douleur ; ainsi les injections ne peuvent ici être accusées.
Les phénomènes les plus importans sont ceux qui se passent du côté du col. Il est évident que, sous l'influence de ces injections, son volume
diminue beaucoup plus rapidoinent. Or, on sait que c'est là un résultat très désirable; car tant que l'engorgement du col persiste, l'ulcération demeure; ou bien si elle disparaît, c'est pour revenir, car le fond sur lequel était l'ulcère est mauvais et malade. La couleur des ulcérations change très vite, elles passent vite au rouge très clair, et les granulations s'affaissent.
Mais je vois que j'allais parler des résultats cliniques, et ce n'est pas l'objet de ce travail. Il faut encore du temps, et bien du temps, pour dire quelles sont celles des affections que j'ai énumérées en commençant qui peuvent être plus facilement guéries par les injections intra-utérines; aujourd'hui je les traite presque toutes par ce moyen, plus tard je viendrai à faire les exceptions , et je pourrai offrir des résultats pratiques qui, je l'espère, ne laisseront plus de doute sur \ efficacité à.e ce moyen qui doit être manié avec unecertaine habileté et beaucoup de prudence. Je n'avais à traiter ici que de son innocuité : quand cette question sera résolue, et que la valeur thérapeutique de ces injections sera reconnue, naîtra une autre question, celle de la priorité. Alors on verra peut-être parmi les prétendans à la gloire de l'innovation les hommes qui ont le plus calomnié, le plus compromis celte méthode; ce qui ne m'étonnera pas le moins du monde.