ESSAI S U K V A U V E N'A H G U E S
ports de l'honune, considéré individuellement, avec le monde extérieur ? Elle peut se diviser en trois parties :
La relig^ion (Cha]). V)
La philosophie morale (dhap. VI).
La politique ((Miap. VII).
Vauvenargues a toujours été attiré, malgré lui, vers un but qu'il conçut sous la forme de la gloire et que, toute sa vie, il sentit, mieux encore qu'il ne le concevait.
Par les sentiments qui grandissaient avec lui et (|ui n'étaient ni réfléchis, ni acquis ', il avait l'intuition de vérités « indépendantes de « nos conjectures et de nos frivoles discours- » ; car « nous ne nous don- « nons pas à nous-mêmes nos sensations ; donc, il y a quelque chose hors de nous qui nous les donne ' ».
11 existe une vérité réelle, universelle et souveraine, dans l'ordre de la(iuelle nous sommes compris '. L'homme ne saurait échapper aux lois qui gouvernent toute la nature : « Les hommes ne font qu'une société; « l'univers entier n'est qu'un tout ; il n'y a dans toute la nature qu'une « seule âme, un seul corps ■ ». Mais, puisqu'il est dans la nature de mettre en nous des sentiments supérieurs à nous-mêmes, il doit être selon ses lois de nous fournir l'occasion d'employer les talents qui sont en nous '"'. La nature doit nous instruire de ses lois et nous devons apprendre d'elle-même à nous bien conduire. 11 importe donc, en travaillant sur nous-mêmes, de nous préparer une destinée conforme à notre génie particulier et de taire, à notre nature, la place qu'elle doit tenir, pour être dans sa force.
Or, Vauvenargues a beau purifier son naturel et mettre sa peine à le suivre : il est inévitablement arrêté dans ses actions. A chaque mécompte, il est obligé de modifier à la fois l'opinion qu'il s'est faite sur la nature de la vérité qui existe en dehors de nous et l'opinion qu'il s'est faite sur les rapports que nous avons avec cette vérité. De sorte que ses vues métaphysiques, comme ses vues morales, dépendent de son expérience, en sont une conséquence et exercent, sur la direction de sa vie, une influence profonde. Vauvenargues hésite, tâtonne et ne parvient pas à se fixer.
Il conçoit que nous créons des réalités imaginaires pour autoriser notre ambition. Par nos désirs, par nos passions, nous établissons en dehors de nous, des lois conformes à nos passions et à nos désirs.
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Ici encore, c'est Mirabeau qui le guide et qui l'éclairé : « Personne « ne peut tout ce qu'il voudrait ; la nature ou la Providence ont pris « soin de nous laisser sur cela un ver qui se charge du malheur de tous « les hommes, si la raison ne le tue... je ne connais à cela qu'un remède, « c'est de ne vouloir à peu près que ce que l'on peut ' ». Vauvenargues cédera : « Je voudrais cfue chacun se mesurât à ses forces... je suis fortece ment persuadé que ce (ju'il y a de meilleur n'est pas fait pour tous les « hommes - ».
Toutefois, la force qui l'entraîne fait partie de sa nature. Reprenant sa conception intuitive d'un vérité réelle existant en dehors de nous, il va la soumettre au jugement de sa raison.
Vauvenargues formule dans la nécessité, l'explication rationnelle de notre imperfection et de notre dépendance. C'est par ce travail de sa raison, qu'il tue ce « ver » dont parle Mirabeau, (^'est dans la nécessité qu'il trouve le pourquoi logique de ses expériences ; c'est par elle qu'il apprend à se soumettre à son destin et à l'accepter.
Mais, cette conception n'occupe que sa raison. 11 lui faut encore contenter son cœur, jamais assouvi. L'expérience a ouvert son esprit ; elle lui a donné l'habitude de penser et de penser profondément. Elle n'a pas transformé sa nature. V Introduction à la connaissance de l'esprit humain n'est qu'un moment dans la vie de Vauvenargues. Sa raison semble satisfaite, mais il faut une certitude à son cœur. Cette certitude, Vauvenargues l'éprouve par les élans de sa foi. 11 se soumet à la réalité dans l'effort de sa raison ; il lui échappe et la dépasse par le sentiment.