‹ Essai sur VauvenarguesChapitre 16 sur 28 · LA RELIGION · texte numérisé non relu

LA RELIGION

Vauvcnargues a été toute sa vie un homme de loi. Jamais il ne perdit tout à fait l'espérance, (jui était pour lui le sentiment d'un bien prochain '.

S'il n'est pas demeuré fidèle au dogme dans lequel il avait été élevé, c'est que le dogme était une entrave aux manifestations de sa nature : « La foi est la consolation des misérables et le supplice des heu- « reux ■-. C'est elle (jui empoisonne leurs plaisirs, qui trahit leur félicité « présente, cjui leur donne des regrets sur le passé et des craintes sur « l'avenir; c'est elle, endn, qui tjTannise leurs passions et qui veut leur « interdire les deux sources d'où la nature fait couler nos biens et nos « maux, Famour-propre et la volupté, c'est-à-dire tous les plaisirs des « sens et toutes les joies du cœur '.

Cette opinion a ceci de commun avec l'irréligion de Voltaire qu'elle procède d'une nature avide de jouir et que toutes les défenses de jouir révoltent. Par ce côté, Vauvenargues est héritier de la tradition épicurienne c[ui défend l'instinct et la volupté contre le christianisme. Mais, comme Montaigne, il prend dans l'instinct et dans le plaisir, la règle fondamentale de la vie, parce que ni son instinct, ni son plaisir ne l'écartent sensiblement des actions sans lesquelles il n'y a plus de morale.

C'est avec sérieux et gravité qu'il aborde la question religieuse. Il le fait sans parti-[)ris, ne voulant de disputes ni avec les sophistes, ni avec les ignorants, ni avec les dévots ' ; il le fait sans aucune étroitesse, n'hésitant pas à mettre sur le même pied le jeu, la dévotion, le bel esprit'' et cela, avec un air dégagé ([u'il n'aura pas toujours.

Il voudrait demeurer neutre et veut i)araître supérieur: « L'incré-

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