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Or, toutes les qualités qu'il exige d'un orateur ou que Démosthène exige en son nom ', sont des qualités éminemment personnelles ; elles sont l'expression d'un tempérament individuel. L'éloquence de Vauvenargues, aux mêmes titres que celle de J.-J. Rousseau, fait éclore des germes lyriques ; et c'est par l'émotion lyricfue qu'elle communique, ([u'elle a tant de prise sur les âmes.
Ici encore, Vauvenargues est arrêté par sa raison et se rattache au passé ; mais il s'y rattache d'une manière dans laquelle éclate toute sa modernité.
Ennemi des nouveautés artificielles qui suent l'etïort -, il veut qu'on retourne aux anciens modèles, (fu'on redise les vieilles vérités et qu'on imite les grands maîtres '. Et la tormulc qu'il donne à sa réforme: <( Un livre bien neuf et bien original serait celui qui ferait aimer de « vieilles vérités * » contient comme un pressentiment de ce qui deviendra le point de départ du romantisme.
Car, c'est en les rajeunissant par l'expression que Vauvenargues veut faire aimer ces vieilles vérités: « Lorsqu'on est pénétré de quelque « grande vérité et qu'on la sent vivement, il ne faut pas craindre de la « dire, quoique d'autres l'aient déjà dite. Toute pensée est neuve, quand « l'auteur l'exprime d'une manière qui est à lui ■■ ».
« Rien n'est trop vieux pour les hommes éloquents, car il n'y a « rien qu'ils ne puissent rajeunir et rendre encore agréable par la force « et le charme de leurs expressions "^ ».
Et noius avons ici, en raccourci, la conception que se fait la criti- {(ue contemporaine du romantisme : « Exprimer des vérités générales « dans une forme individuelle ». André Chénier, déjà, avait dit : « Sur « tles pensers nouveaux, faisons des vers antiques » ; et il a fait soiivent tout le contraire, des pensers antiques sur des vers n-ouveaux. Cette expression contient le dernier mot de Vauvenargues. Il en a senti toute l'importance ; il en a fait la base sur laquelle se fondent l'existence et la vitalité de toute œuvre d'art : « Les plus grands poètes de l'antiquité, tels « qu'Homère, Sophocle, Virgile, se trouveraient confondus avec une « foule d'écrivains médiocres, si on ne jugeait d'eux que par le plan de « leurs poèmes, et par l'invention du dessin, et non par l'invention du « style, par leur harmonie, par la chaleur de leur versification, et enfin « par la vérité de leurs images " ».
« Les plus mâles pensées ne peuvent être rendues que par des « paroles, et nous n'avons encore aucun exemple d'un ouvrage cjui ait
1 II. 13. -i II. B3 et varianie 1, Max. 220. .596. :'■ Max. 272. 399. '' Max. 400.
•'' Max. 398, 703. II. 13. Max. 734, 736. » II. 63. Max. 702. , !. 236. § 2.
106 ESSAI su H VAUVENAIUIUKS
« passé à la |)ostérité sans réIo([ucncc dans l'expression ' ». C/est par la lorme que Vauvenar^Hies résume tout Tart d'inventer: « Inventer n'est « pas créer la matière de ses inventions, mais lui donner la forme - ». (k^te forme trahit la conception individuelle d'une vérité générale et c'est par elle (pie la personnalité se manifeste. Vauvenargues sent cela, avec toute la sûreté de l'homme (jui a abordé, en moraliste, les productions littéraires, remontant sans effort à leur caractère particulier, aimant à trouver un individu derrière l'ccuvre, non un écrivain ' et chez ([ui l'expression n'a jamais été à la hauteur du sentiment. Il faut ([ue cette forme se fonde sur la nature (jui doit être le modèle de nos inventions '; le don de saisir les vérités contenues dans le sein de la nature est le génie dont l'invention est l'unicpie preuve '.
Toute (cuvre devient ainsi l'expression du génie (jui la conçoit et ([ui l'exécute ; par là même, l'expression de la personnalité, car le génie, tel (pie le conc'oit Vauvenargues, est un ensemble de (pialités qui trahissent la nature morale dans ce ({u'elle a de plus individuel : « Un homme « (pii est maîtrisé par la j)cnte de son esprit et par les imjîressions parti- « culières et personnelles ({u'il re("oit des choses, ne peut ni ne veut « dérober son caractère à ceux qui l'épient '' ».
Mais, ces qualités, encore faut-il les avoir: « La grande poésie « demande nécessairement une grande imagination, avec un génie fort et « plein de feu ; or, on n'a point cette grande imagination et ce génie vigou- « reux, sans avoir en même temps de grandes lumières et des passions « ardentes, (jui éclairent l'âme sur toutes les choses de sentiment ^ ».
Et Vauvenargues croit bien (pie l'art de penser et d'écrire n'est, à son éi)oque, qu'un métier mécanique, comme l'arpentage ou l'orfèvrerie, dans lequel on s'engage par dés(jeuvrement et par intérêt et non par le seul instinct du génie'*. Aussi voudrait- il que « ceux qui se mêlent de « faire des vers voulussent considérer que l'objet de la poésie n'étant « point les difficultés vaincues, le public n'est pas obligé de tenir compte « aux gens sans talent de la très grande ])eine (|u'ils ont à écrire '».
Le génie indispensable à celui (pii veut écrire doit se fonder tout entier sur la sincérité. Il faut suivre la nature, c'est-à-dire, obéir aux mouvements du moi individuel : « Il faut écrire parce (pie l'on pense, « parce (pie l'on est pénétré de (piel(|ue sentiment, ou fraj)])é de (piehfue « vérité utile "' ». Il faut être pénétré des pensées ([u'on propose, des sentiments (pi'on veut inspirer, de l'enthousiasme (pie l'on veut faire naître ;
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» 1. 279. S 10. ,\Iiix. 652. II. 12. •« I. 277. S '■'. >l;.x. (i7<).