‹ Essai sur VauvenarguesChapitre 23 sur 28 · ESSAI SUR VA L'VHXAKGUHS · texte numérisé non relu

ESSAI SUR VA L'VHXAKGUHS

éprouver ce (lu'on dit et non le contrefaire, croire soi-même ce (jii'on veut faire croire aux autres '.

Vauvenargues est un ennemi de tout ce (jui est emprunté -, de tout ce qui est copié ', de tout ce qui est artificiel '.

L'art est au génie, ce que l'esprit est au sentiment ; il peut le servir et le guider, non le suppléer : « Lorsqu'un auteur se jette de sang-froid « dans ces mouvements et ces écarts (pii n'appartiennent qu'aux passions « fortes et réelles, il court grand risque de marcher seul ; car le lecteur (( se lasse de ces transitions forcées, et de ces fréquentes hardiesses que « l'art s'efForce d'imiter du sentiment et qu'il imite toujours sans succès-'».

Toutefois, Vauvenargues ne rejette pas l'imitation ; mais l'idée qu'il s'en fait est singulièrement signillcative : « 11 ne faut i)as croire ([ue le « caractère original doive exclure l'art d'imiter : je ne connais point de « grands hommes (pii n'aient ado])té des modèles... Mais ces grands hom- « mes, en imitant, sont demeurés originaux parce qu'ils avaient à peu « prés le même génie ([ue ceux qu'ils prenaient pour modèles ; de sorte « qu'ils cultivaient leur propre caractère sous ces maîtres qu'ils consul- « taient, et qu'ils surpassaient quelquefois " ».

Alfred de Musset n'a pas conçu autrement l'imitation : « Quand on « se sent porté vers un ancien peintre par l'admiration, par la sympathie, « quand, en un mot, on sent comme lui, qu'on l'étudié, à la bonne heure; « qu'on le regarde, (ju'on l'interroge, qu'on recherche comment il ren- « dait sur la toile cette pensée, ce sentiment dont la nature vous est « commune avec lui ' ». Mais pour faire œuvre d'art, il ne sulHt pas d'avoir du génie et de se fonder sur une inspiration sincère et recueillie'*, il faut encore que ce génie soit libre.

A ce titre, Vauvenargues défend Racine à qui on reproche de n'avoir pas donné à ses héros le caractère de leur siècle et de leur nation : « Les grands hommes sont de tous les âges et de tous les pays^. « C'est être sévère que d'obliger tous les écrivains à se renfermer dans « les mœurs de leur temj)s ou de leur pays. On pourrait, si je ne me « trompe, leur donner un peu plus de liberté, et permettre aux peintres « modernes de sortir quelquefois de leur siècle, à condition qu'ils ne « sortiraient jamais de la nature '*• ».

Sans s'en rendre compte, Vauvenargues ébauche, à sa manière, une première Préface de Cromivell, en admirateur du théâtre de Voltaire, dans letjuel il sent bien l'influence de ce génie anglais, dont il n'est pas fâché

1 I. 278-279. Max. 113, 33.5, 385, II. «J. 1. 103. Rétl. 4«. 1. 280. § 11. Max. 727, 728. - I. 106. Réil. 50 a 1. 257. 2'- addition. i I. 107. Réfl. 51. Max. 276 fin. ■' I.

2.56-257. « I. 22. ' Œuvres complètes de Musset. Ed. Biro. VIII. p. 131. » II. 16-17. » I. 2.50. '» I. 285.

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qu'on lui trouve des rayons ', en novateur circonspect qui ne craint pas toutefois (l'être original et même singulier"-; mais à cette différence près qu'il plaide pour Racine, lequel est déjà au XYIII'"" siècle, la bête noire des précurseurs romantiques. Voulant affranchir le talent de la mode, de l'opinion et même de l'art, il ira par sa méthode subjective jusqu'à l'objectivité ; et, voyant qu'on juge des ouvrages tels qu'ils sont, sans égard pour le temps et pour les auteurs ', il demandera qu'on juge des actions des hommes selon les temps '•, posant ainsi, en principe, la première pierre de la critique historique.

I II. 133. 2 II. 18(;. ■5 I. 252. Miix. 339. « Miix. 383. Max. 8. II. '(. Dialoj,'ue 1.

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