‹ Essai sur VauvenarguesChapitre 6 sur 28 · ESSAI SU15 VAL'VKNAKOUHS · texte numérisé non relu

ESSAI SU15 VAL'VKNAKOUHS

était lioinnic, faible et vaniteux, mais sans aucune espèce de bassesse et d'une vanité (jui allait au grand.

Il y a chez Vauvcnargues, dcrrièrG son ardeur de vivre, de s'imposer, de jouir d'une grande célébrité, une certaine pose, une crainte constante d'être méprisé et une pointe de dégoût de ce qu'on trouve dans la vie, parce que les événements ne lui apportèrent Jamais ce qu'il en avait attendu. C'est là le côté de son caractère qui a donné à sa pensée, à mesure qu'il prenait conscience de lui-même et ([u'il se découvrait davantage, une amertume souvent profonde et extrême comme ses élans courageux et émouvants vers un idéalisme libérateur.

Vauvenargues a trop joué, du moins dans son attitude et avec un accent un ])eu hautain, avec cette ré])utation dont il voulait nous faire croire (|u'il pouvait aisément se passer et après laquelle il ne voulut pas courir. Ayant trop présumé de ses j)ro])res forces, la fierté de son caractère, qu'il avait voulu en vain dissimuler, lui imposa cette vanité qui consistait à résister au pouvoir de la fortune.

Il était extrêmement sensible, se laissant aller à son humeur mélancolique et mobile, avec des inconséquences et un besoin de contradiction dans l'esprit.

Grand diplomate et éloquent, il avait plus d'ascendant sur l'esprit des autres que sur le sien propre. 11 avait le ridicule en horreur et haïssait la médiocrité, poursuivant la grandeur sous toutes ses formes et jusque dans le crime, ne craignant pas d'être original, mais sans jamais sortir de son naturel. Il fuyait les esprits violents et impérieux ([ui robligeaient à s'écarter des voies où sa nature se plaisait à demeurer; il fut quelquefois épineux et injuste, mais d'une grande noblesse de sentiments, préoccupé du sérieux de la vie, avide de toucher le vrai et d'être bien convaincu.

Il ne fut jamais satisfait,' parce qu'il ne trouva réalisé nulle part ce que son esprit trop ardent lui avait promis. Il ne se sentit jamais tout à fait à l'ai.se, et, sans vouloir abandonner ni le soin de sa fortune, ni celui de cultiver son esprit, ni l'objet de ses passions, il se débattit jiour échapper aux influences et demeurer maîti-e de soi.

« Caractère dominateur, âme sublime, élocjuente et vraie, esprit de « profondeur et de sentiment ' », le génie de Vauvenargues ne trouva jamais un champ projîice à son épanouissement.

Ce ([u'il ne faut pas j)erdre de vue, c'est ([ue Vauvenargues a été malade toute sa vie. Il est inutile de revenir, à ce sujet, s:ir la (juestion de savoir jusqu'à quel point la maladie, dans ses rapports avec la pensée^ est cause ou effet.

' Li'Itr-i's <ip Voltaire ii Viiii\cii;irgiies.

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Vauvcnargiies a énormément souHert de sa faiblesse générale de constitution, de ses yeux et de ses blessures :

« Jg vais à Paris, unicjuement pour consulter sur mes yeux et sur « d'autres infirmités qui me rendent la vie amère ' ».

« Le défaut de santé est la plus rude afiliction que puissent éprou- « ver les hommes - ».

C'est évidemment dans cette prédisposition à la maladie qu'il faut chercher l'explication de l'importance ([ue donne Vauvenargues, dans la formation des idées, à une heureuse disposition des organes.

D'autre part, l'effort soutenu par Vauvenargues, cette concentration de sa pensée sur un seul objet, cette chasse à la vérité qui lui échappe toujours, une tension constante vers le grand, pour se libérer de ce qui est petit, une exaltation soutenue dans le courage, la volonté de tenir captive une raison qui le tyrannise en lui fournissant toujours le compte qu'elle réclame, tout cela, laborieusement conduit dans une solitude morale presque complète ^, par un individu étouffé et à l'étroit dans la sphère que lui trace son destin, alors qu'il voudrait déployer ses énergies dans une carrière sans bornes, dut singulièrement affaiblir le sj'stème nerveux de Vauvenargues et hâter sa fin si prématurée.

Comme chez Nietzsche, l'état physi(iue de Vauvenargues a fortement contribué à donner à sa pensée cette exaltation fiévreuse qui la caractérise quelquefois et il faut encore lui attribuer l'humeur changeante et l'incapacité de rien entreprendre, malgré la volonté qui est très grande.

Mais, l'état moral de Vauvenargues a exercé une fâcheuse influence sur sa santé. N'ayant jamais pu réaliser ce qu'il portait en lui, il a « été « tourmenté, par la rigueur de sa condition et le désir de changer de « fortune, inexorablement jusqu'à la mort '' ».

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