Chapitre XXVIII. 117 Q
le faint empire Romain, n'était en aucune manière, ni faint , ni Romain , ni empire.
Les électeurs dont les droits avaient été affermis par la bulle d'or de Charles IV. les firent bientôt valoir contre fon propre fils , l'empereur Vencejlas , roi de Bohême.
La France & l'Allemagne furent affligées à la fois d'un fléau fans exemple. Le roi de France & l'empereur avaient perdu prefqu'en même tems l'ufage de la raifon. D'un côté , Charles VI. par le dérangement de (es organes , caufait celui de la France ; de l'autre, Vencejlas, abruti par les débauches de la table , laifTait l'empire dans l'anarchie, charles VI. ne fut point dépofé. Ses parens défolèrent la France en fon nom ; mais les barons de Bohême enfermèrent Vencejlas , qui fe fauva un jour tjud nud de fa priion , & les électeurs en Allemagne ie ,1 déposèrent juridiquement par une fentence publique. La Jk fentence porte feulement qu'il eft dépofé comme: wgil- ù\ gent , inutile , dijfipateur & indigne. S
On dit que quand on lui annonça fa dépofitien , il ik écrivit aux villes impériales d'Allemagne, qu'il n'exigeait i» d'elles d'autres preuves de leur fidélité que quelques ton- ij neaux de leur meilleur vin.
L'état déplorable de l'Allemagne femblait laiffer le j| champ libre aux papes en Italie. Mais les républiques & les principautés qui s'étaient élevées , avaient eu le tems de s'affermir. Depuis Clément V. Rome était étrangère aux papes. Le Limoufin Grégoire XI. qui enfin j transféra le St. Siège à Rome , ne favait pas un mot d'italien.
Ce pape avait de grands démêlés avec la république de Florence , qui établirait alors fon pouvoir en Italie. Florence s'était liguée avec Bologne. Grégoire, qui pat l'ancienne conceffion de Matkilde , fe prétendait feigneur jt immédiat de Bologne, ne fe borna pas à fe venger par jj des cenfures. Il épuifa fes tréfors pour payer les condot- W tieri , qui louaient alors des troupes à qui voulaient les j«.
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acheter. Les Florentins voulurent s'accommoder & mettre les papes dans leurs intérêts. Ils crurent qu'il leur importait que le pontife réfidât à Rome. Il fallut donc perfuader Grégoire de quitter Avignon. On ne peut concevoir comment , dans des tems où les efprits étaient û éclairés fur leurs intérêts , on employait des refforts qui paraiiTent aujourd'hui fi ridicules. On députa au pape Stt. Catherine de Sienne, non-feulement femme à révélations, mais qui prétendait avoir époufé Jesus-Christ folemnellement , & avoir reçu de lui à fon mariage un anneau & un diamant. Pierre de Capoue fon confeffeur , qui a écrit fa vie , avait vu la plupart de fes miracles : J'ai été témoin , dit-il , qu'elle fut un jour transformée en homme , avec une petite barbe au menton ; & cette figure, en laquelle elle fut fubitement changée, était celle de Jesus-Christ même. Telle était l'ambaffadrice ^, que les Florentins députèrent. On employa d'un autre côté les révélations de Ste. Brigite née en Suède , mais établie à Rome , & à laquelle un ange diâa plufieurs lettres pour le pontife. Ces deux faintes divifées fur tout le refte, fe réunirent pour ramener le pape à Rome. Brigite était la fainte des cordeliers , & la Vierge lui révélait qu'elle était née immaculée ; mais Catherine était la fainte des dominicains , & la Vierge lui révélait qu'elle était née dans le péché. Tous les papes n'ont pas été des hommes de génie. Grégoire était-il fimple ? Fut-il ému par des machines proportionnées à fon entendement ? Se conduifit-il par politique ou par faibîeffe ? Il céda enfin , & le St. Siège fut transféré d'Avignon à Rome, au bout de foixante - douze ans ; ruais ce ne fut que pour plonger l'Europe dans de nouvelles diffentions.
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