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Chapitre XXVIII. a

France. L'Europe fut inondée de ces dignités héréditaires, de maréchaux , de grands veneurs, de chambellans d'une province. Il n'y eut pas jufqu'au grand- maître des gueux de Champagne qui ne fut une prérogative de famille.

Au refte la dignité impériale, qui par elle-même ne donnait alors aucune puiiTance réelle , ne reçut jamais plus de cet éclat qui impofe aux peuples , que dans la cérémonie de la promulgation de la bulle d'or. Les trois électeurs ecdéfiaftiques, tous trois archi-chanceliers , y parurent avec les fceaux de l'empire. Mayence portait ceux d'Allemagne ; Cologne , ceux d'Italie ; Trêves , ceux des Gaules. Cependant l'empire n'avait dans les Gaules que la vaine mouvance des reftes du royaume d'Arles, de la Provence, du Dauphiné, bientôt après confondus dans le vafte royaume de France. La Savoie qui était à la maifon de Maurienne , relevait de l'empire ; H j la Franche-Comté, fous la protection impériale, était

indépendante. £|

L'empereur était nommé dans la bulle le chef du monde, caput orbis. Le dauphin de France, fils du malheureux Jean de France , affiliait à cette cérémonie , & le cardinal à'Albe prit place au deflus de lui; tant il eft vrai qu'alors on regardait l'Europe comme un corps à deux têtes ; & ces deux têtes étaient l'empereur & le pape ; les autres princes n'étaient regardés aux dièces de l'empire & aux conclaves, que comme des membres qui devaient être des vaffaux. Mais,, obfervez combien ces ufages ont changé ; les électeurs alors cédaient aux cardinaux , ils ont depuis mieux fenti le prix de leur dignité; les chanceliers ont long-tems pris le pas fur ceux qui avaient ofé précéder le dauphin de France. Jugez après cela s'il efl quelque chofé de fixe en Europe.

On a vu ce que l'empeieur poffédait en Italie. Il n'était en Allemagne que fouverain de fes états héréditaires. Cependant il parle dans fa bulle en roi defpotique ; il y fait tout de fa certaine fcience & pleine

ai6 Essai sur les mœurs.

puijfanct , mots infoutenables à la liberté germanique, qui ne font plus fourîerts dans les diètes impériales , où l'empereur s'exprime ainfi : Nous femmes demeurés d'accord avec les états , & les états avec nous. • Peur donner quelqu'idée du faite qui accompagna la cérémonie de la bulle d'or, il fuifira de favoir que le duc de Luxembourg & de Brabant , neveu de l'empereur , lui fervait à boire; que le duc de Saxe, comme grand maréchal, parut avec une mefure d'argent pïeine d'avoine, que lélecleur de Brandebourg donna à laver à l'empereur & à l'impératrice; & que le comte Palatin pofa les plats d;or fur la table , en préfence de tous les grands de l'empire.

On eût pris Charles VI. pour le roi des rois. Jamais Conflantin , le plus faftueux des empereurs , n'avait étalé des dehors plus éblouiflans. Cependant Charles VI. tout empereur Romain qu'il affectait d'être , avait fait $± ferment au pape Clément VI. avant d'être élu, que jjj s'il allait jamais fe faire couronner à Rome , il n'y coucherait pas feulement une nuit ,. & qu'il ne rentrerait jamais en Italie , fans la permifllon du St. Père ; & il y a encor une lettre de lui au cardinal Colombier, doyen du facré collège, datée de l'an 1355, dans laquelle il appelle ce doyen, votre majeflè.

Aufïï laida-t-il à la maifon de Vifconti l'ufurpation de Milan & de la Lombardie , aux Vénitiens Padoue , autrefois la fouveraine de Venife, mais qui alors était fa fujette , ainfi que Vicence & Vérone. Il fut couronné roi d'Aries dans la ville de ce nom , mais c'était à condition qu'il n'y réitérait pas plus que dans Rome. Tant de changemens dan&les ufages & dans les droits , cette opiniâtreté à fe confarver un titre, avec fi peu de pouvoir, forment l'hilïoire du bas empire. Les papes ['érigèrent en appellent Charlemagne ce enfuite les Oihons dans la faible Italie. Tous les papes le dérruifirent autant qu'ils le 9' purent. Ce corps qui s'appeUait & qui s'appelle encor

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