Chapitre XXX. iij
pontificat déchiré & avili , ne pût jamais ni rançonner l'Angleterre, ni fe mêler des droits des couronnes.
Rome délivrée des troupes Françaifes , maîtrefTes pourtant encor du château de St. Ange , & retournée fous l'obéilTance de Jean XXIII. n'aimait point fon pape, & craignait l'empereur.
Lss villes d Italie divifées , ne mettaient prefque point de poids dans la balance. Venife, qui afpirait à là demination de l'Italie, profitait de fe s troubles & de ceux de l'églife.
Le duc de Bavière , pour jouer un rôle, protégeait le pape Corario réfugié à Rimini ; & Frédéric , duc d Autriche , ennemi fecret de l'empereur , ne fongeait qu'à le traverfer-
Sigifmond fe rendit maître du concile , en mettant des foldats autour de Confiance pour la fureté des pères. Jean XXIII. eut bien mieux fait de retourner à Rome , on il pouvait être le maître, que de s'aller mettre enrre p» les mains d'un empereur qui pouvait le perdre. Il fe ligua avec le duc d'Autriche , l'archevêque de Mayence & le duc de Bourgogne ; & ce fut ce qui le perdit. L'empereur devint fon ennemi. Tout pape légitime qu'il étaitj on exigea de Ini qu'il cédât la tiare, aufîî-bien que Lima & Corario. Il le promit folemnellement , & s'en repentit le moment d'après. Il fe trouvait prifonnier au milieu du concile même auquel il préfidait. Il n avait plus de reffource que dans la fuite, L'empereur le faifait obferver de près. Le duc d'Autriche ne trouva pas de meilleur moyen pour favorifcr l'évaîïon du pipe, que de donner au concile le fpec~tacle d'un tournoi. Le pipe au mi!i u du tumulte de la fête , s'enfuit , déguifé en portillon. Le duc d'Autriche part un moment après lui. Tous deux fe retirent dans une partie de la SuifTe qui appartenait encor à la maifon Autrichienne. Le pape devait être protégé par le duc de Bourgogne , puiffant par fes états & par l'autorité qu'il avait en France. Un nouveau fchifme ÏÔ ,. P a p
L3 aa8 Essai sur les mœurs.
allait recommencer. Les chefs d'ordre, attachés au pape, fe retiraient déjà de Confiance ; & le concile , par le fort des événemens, pouvait devenir une aflemblée de rebelles. Sigijjnond, malheureux en tant d'occafions , rêuffit en celle-ci. Il avait des troupes prêtes. Il fe faifit des terres du duc d'Autriche en Alfa ce, dans le Tirol , en Suiiie. Ce prince, retourné au concile, y demande à genux fa grâce à l'empereur. Il lui promet, en joignant les mains, de ne rien entreprendre jamais contre fa volonté. Il lui remet tous fes états , pour que l'empereur en difpofe en cas d'infidélité. L'empereur tendit enfin la main au duc d'Autriche, & lui pardonna, à condition qu'il lui livrerait laperfonnedu pape.
Le pontife fugitif eu faifi dans Fribourg, & transféré dans un château voifin. Cependant le concile inftruit fbn procès.
On l'accufe d'avoir vendu les bénéfices & des reliques, d'avoir empoifonné le pape fon prédéceiTeur , d'avoir fait maflacrer plufieurs perfonnes ; l'impiété la plus îicencieufe , la débauche la plus outrée , la fodcmie , le blafphême , lui furent imputés ; mais on fupprima cinquante articles du procès-verbal, trop injurieux au pontificat. Enfin, en préfence de l'empereur, on lut la fenrence de dépofition. Cette fentence porte que le concile fe réferve le droit de punir le pape pour fes crimes , fuivant la jufiice ou la miféricorde.
Jean XXIII. qui avait eu tant de courage quand il s'était battu autrefois fur mer & fnr terre, n'eut que de la réfignation quand on lui vint lire fon arrêt dans fa prifon. L'empereur le garda trois ans prifonnier dans Manheim , avec une rigueur qui attira plus de compaflion fur ce pontife, que fes crimes n'avaient foule vé comte lui de haine.
On avait dépoféle vrai pape. On voulut avoir les renonciations de ceux qui prétendaient l'être. Corario en- Jj. voya la Tienne ; mais le fier Efpagnol Lima ne voulut
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