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Chapitre XXXI

fon maître; m.is ayant appris avec quelle grandeur d'ame Jean. Hus érait mort , il eut honte de vivre. Il fe rétracta publiquement 8c fut envoyé au bûcher. Voggio Florentin , fecretaire de Jean XXIII. 8c l'un des premiers restaurateurs des lettres , préfent a fes interrogatoires & à fon fupplice, dit qu'il n'avait jamais rien entendu qui approchât autant de l'éloquence des Grecs & des Romains, que les difeours de Jérôme à fes juges. « Il parla , dit-il , » comme Socrate , & marcha au bûcher avec autant » d'alégreffe que Socrate avait bu la coupe de ciguë. »

Puifque le Poggio a fait cette comparaifon , qu'il me foit permis d'ajouter , que Socrate fût en eiFet condamné comme Jean Hus & Jérôme de Prague , pour setre attiré l'inimitié des fophiftes & des prêtres de fon tems ; mais quelle différence entre les moeurs d'Athènes 8c celles du concile de Confiance; entre la coupe d'un poifon doux , qui loin de tout appareil horrible 8c infâme , iaiffait expi- 1 rer tranquillement un citoyen au milieu de fes amis, & le fupplice épouvantable du feu , dans lequel des prêtres , minières de clémence 8c de paix , jettaient d'autres prêtres , trop opiniâtres fins doute , mais d'une vie pure 8c d'un courage admirable !

Puis-je encor obferver que dans ce concile un homme aceufé de tous les crimes, ne perdit que des honneurs; & que deux hommes aceufés d'avoir fait de faux argumens , furent livrés aux flammes ?

Tel fut ce fameux concile de Confiance, qui dura depuis le premierNovembre 141 3 jufqu'auao Mais 1418.

Ni l'empereur, ni les pères du concile n'avaient prévu les fuites du fupplice de Jean Hus & ftEiéronymc. Il fortit de leurs cendres une guerre civile. Les Bohémiens crurent leur nation outragée. Il imputèrent la mort de leurs compatriotes à la vengeance des Allermns retirés de l'univerfité de Prague. Ils reprochèrent à l'empereur la violation du droit des gens. Enfin , peu de tems après , quand Sigifmond voulut fuccéder en Bohême, à Vencejlas

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136 Essai sur les Mœurs. £

fon frère, il trouva que tout empereur, tout roi de Hongrie qu'il érait, le bûcher de deux citoyens lui fermait le chemin du trône de Prague. Les vengeurs de Jean Hus étaient au nombre de quarante mille. C'étaient des animaux fauvages que la févérité du concile avait effarouchés & déchaînés.

Les prêtres qu'ils rencontraient , payaient de leur fang la cruauté des pères de Confiance. Jean , fur-nommé Ziska , qui veut dire borgne , chef barbare de ces barbares , battit Sigifmond plus d'une fois. Ce Jean Ziska , ayant perdu dans une bataille l'œil qui lui refiait, marchait encor à la tête de< fes troupes , donnait fes confeils aux généraux , & affiliait aux victoires. Il ordonna qu'après fa mort on fît un tambour de fa peau. On lui obéit. Ce relie de lui même fut encor long-tems fatal à Sigifirio nd , qui put à peine en feize années réduire la Bohê- | me , avec les forces de l'Allemagne & la terreur des £' croifades. Ce fut pour avoir violé fon fauf-conduit qu'il efïuya ces feize années de défolation.

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