CHAPITRE TRENTE-DEUXIEME
De l'état de l'Europe , vers le teins du concile de Conjtance. De l'Italie»
N réfléchiffant fur ce concile même , tenu fous les yeux d'un empereur , de tant de princes & de tant d'ambaiTadeurs , fur la dépofition du fcuverain pontife, fur celle de Vencejïas, on voit que l'Europe catholique était en effet une immenfe & tumukueufe république, dont les chefs étaient le pape & l'empereur, & dont les membres défunis font des royaumes, des 41 provinces , des villes libres fous vingt gouvernemens pi diffirens. Il n:y avait aucune affaire dans laquelle l'ern- IB & , 1
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pereur & le pape n'entraifent. Toures les parties de la chrétienté le correfpondaient même au miiieu des difcordes. L'Europe était en grand ce qu'avait été la Grèce , à la politefîe près.
Rome & Rhodes étaient deux villes communes à tous les chrétiens du rit latin , & ils avaient un commun ennemi dans le fultan des Turcs. Les deux chefs du monde catholique , l'empereur & le pape , n'avaient précifément qu'une grandeur d'opinion, nulle puuTance réelle. Si Sigifmond n'avait pas eu la Bohême & la Hongrie, dont il tirait encor très-peu dechofe, le titre d'empereur n'eût été pour lui qu'onéreux. Les domaines de l'empire étaient tous aliénés. Les princes & les villes d'Allemagne ne payaient point de redevance. Le corps Germanique était aulïï libre , mais non fi bien réglé qu'il l'a été par la paix de Veitphalie. Le titre de rci d'Italie était auîTi vain que celui de rci ' d'Allemagne. L'empereur ne pofTédait pas une ville au - delà des Alpes.
- C'eft toujours le même problême à refondre , comment l'Italie n'a pas affermi fa liberté, & n'a pas fermé pour jamais l'entrés aux étrangers. Elle y travailla toujours , & dut fe flatter alors d'y parvenir. Elle était floriffante. La maifon de Savoye s'aggrandiffait fans être encor puiffante. Les fouverains de ce pays, feudataires de l'empire , étaient des comtes. Sigifmond qui donnait au moins des titres, les fit ducs en 141 6. Aujourd'hui ils font rois indépendans malgré le titre de feudataires. Les Vifcontis pofiedaient tout le Milanais y & .ce pays devint depuis encor plus confidérabîe fous les S forces.
Les Florentins industrieux étaient recommandées par la liberté , le génie , & le commerce. On ne voit que de petits états jufqu'aux frontières du royaume de Naples, qui tous afpirent à la liberté. Ce fyftêrhé de l'Italie dure depuis la mort de Frédéric IL jufqu'aux tems
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p 2-3:8 Essai sur les mœurs. K
des papes Alexandre VI. & Jules II. ce qui fait une période d'environ rrois cents années. Mais ces trois cents années Te font paifées en faéhons , en jaloufies , en petites entreprifes d'une ville fur une autre , & de tyrans qui s'emparaient de ces villes. C'eft l'image de l'ancienne Grèce, nuis image barbare. On cultivait les arts, & on confpirait : mais on ne favait pas combattre comme aux Thermopyles , & à Maraton.
Voyez dans Machiavel l'hifroire de Cajîracani tyran de Lucques & de Piftoie , du tems de l'empereur Louis de Bavière. De pareils deffeins heureux ou malheureux font l'hiftoire de toute l'Italie. Lifez la vie d'E^elino (V Aromano tyran de Padoue , très-naïvement & trèsbien écrite par Pietro Gerardo fon contemporain : cet écrivain , affirme que le tyran fit périr plus de douze mille citoyens de Padoue au treizième fiècle. Le légat qui le combattit en fît mourir autant de Vicence , de Vérone 8c de Ferrare. Eftelino fut enfin pris prifonnier , & toute ù famille mourut dans les plus affreux fupplices. Une famille de citoyens de Vérone nommée Scala, que nous appelions Y Efcale , s'empara du gouvernement fur la fin du treizième fiède, & y régna cent années. Cette famille fournit vers l'an 1330, Padoue, Vicence, Trevize, Parme, Brefcia & d'autres territoires. Mais au quinzième fiècle il ne relia pas la plus légère trace de cette puiffance, Les Vijcontis , les S forces ducs de Milan , ont paffé plus tard & fans retour. De tous les feigneurs qui partageaient la Romagne, l'Ombrie, l'Emilie, • il ne relie aujourd'hui que deux ou trois familles devenues fujettes du pape.
Si vous cherchez les annales des villes d'Italie, vous n'en trouverez pas une dans laquelle il n'y ait eu des confpirations conduites avec autant d'art que celle de Catilina. On ne pouvait dans de fi petits états ni s'é- ;;; lever , ni fe défendre avec des armées. Les affaffinats , les L Ju empoifonnemens y fuppléèrent fouvent. Une émeute du J|