Chapitre XXXII. 2.39 Ç
peuple faifait un prince : une autre émeute le faifait tomber. C'eft ainfi que Mantoue, par. exemple, pafTa de tyrans en tyrans jufqu'à la maifon de Goniague, qui s'y établit en 132,8.
Venife feule a toujours confervéfa liberté , qu'elledoit à la mer qui l'environne, & à la prudence de fon gouvernement. Gènes fa rivale lui fit la guerre, & triompha d'elle fur la fin du quatorzième fiècle; mais Gènes enfuite déclina de jour en jour, & Venife s'éleva toujours jufqu'au tems de Louis XII. & de l'empereur AîaximUien, où nous la verrons intimider l'Italie, & donner de la jalonne à toutes les puiffances qui confpirent pour la détruire. De tous les gouvernemens , celui de Venife était le feul réglé , fiable , & uniforme : il n'avait qu'un vice radical, qui n'en était pas un aux yeux du fénat; c'eft qu'il manquait un contrepoids à la puiffance patricienne, & un encouragement aux plébéiens. Le me- ]| rite ne peut jamais dans Venife élever un îimple citoyen , comme dans l'ancienne Rome. La beauté du gouvernement d'Angleterre , depuis que la chambre des communes a part à la légifiation , confifte dans ce contrepoids & dans ce chemin toujours ouvert aux honneurs pour quiconque en efr digne.
Pifé, qui n'efl aujourd'hui qu'une ville dépeuplée dépendante de la Tofcane , était au treizième & quatorzième fiècles une république célèbre, & mettait en mer des flottes aufîi ccnfidérabîes que Gènes.
Parme & Plaifance appartenaient aux Vifcov.tis. Les papes réconciliés avec eux, leur en donnèrent l'inveflirure, 1 parce que les Vifcontis ne voulurent pas alors la demander aux empereurs, dont la puiiï'ance s'anéantiifair | en Italie. La maifon d'Eflc , qui avait produit cette fameufe comteffe îAaihildz , bienfaitrice du S,t. Siège,, poifédait Ferrare & Modène. Elle tenait Ferrare de jj l'empereur Othon III. & cependant le St. Siège pré- i| tendait des droits fur Ferrare, & en donnait quelque- j| \ô . '• p
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fois l'inveftiture, ainfï que de plufieurs états de la Rcmagne ; fource intari/Fable de confufion & de trouble.
Il arriva que pendant la trafmigration du St. Siège, des bords du Tibre à ceux du Rhône , il y eut deux puiffances imaginaires en Italie , les empereurs & les papes , dont toutes les autres recevaient des diplômes pour légitimer leurs ufurpa*ions ; 6c quand la chaire pontificale fut rétablie dans Rome, elle y fut fans pouvoir réel, & les empereurs furent oubliés jusqu'à. Maximilien I. Nul étranger ne poflédait alors de terrain en Italie. On ne pouvait plus appeller étrangères la maifon ixAuji u établie à Naples en 1166, &c celle iïArragon fouveraine de Sicile depuis 12.87. Ainfi l'Italie, riche remplie de villes florilTantes, féconde en hommes de génie , pouvait fe mettre en état de ne recevoir jamais la loi d'aucune nation. Elle avait même un avantage fur ^1 l'Allemagne, c'eft qu'aucun évêque, excepté le pape , ne s'était fait fouverain , & que tous ces difFérens états ; i gouvernés par des féculiers en devaient être plus propres à la guerre.
Si les divifions dont naît quelquefois la liberté publique , troublaient l'Italie elles n'éclataient pas moins en Allemagne , où les feigneurs ont tous des prétentions à la charge les uns des autres. Mais comme vous l'avez déjà remarqué , l'Italie ne fit jamais un corps , & l'Allemagne en fit un. Le flegme germanique a confervé jufqu'ici la conftitution de l'état faine & entière. L'Italie moins grande que l'Allemagne n'a jamais pu feulement fe former une conflituttion : & à force d'efprit & de fincfle elle s'eit trouvée partagée en plufieurs états affaiblis, fubjugués & enfanglantés par des nations étrangères.
Nsples & Sicile, qui avaient formé une pui /Tance formidable fous les conquérans Normans ; n'étaient plus, depuis les vêpres ficiliennes, que deux états jaloux l'un de l'autre, qui fe nuifaient mutuellement. Les faib'ieifes de Jeanne I. ruinèrent Naples ; & la Provence [J dont I