CHAPITRE QUATRIEME
De V Empire , de V Italie , de l'empereur Henri IV. 6- de Grégoire VII. De Rome & de l'Empire dans l'onzième Jiècle. De la donation de la comtejji Mathilde De la fin malheureufe de l'empereur Henri IV. & du pape Grégoire VII.
L eft tems de revenir aux ruines de Rome & à cette ombre du trône des Céfars qui reparaifTait en Allemagne.
On ne favait encor qui dominerait dans Rome , & quel ferait le fort de l'Italie. Les empereurs AHemans fe croyaient de droit maîtres de tout l'Occident ; majs à peine étaient-ils fouverains en Allemagne, où le grand gouvernement féodal des feigneurs & des évêques commençait à jeter de profondes racines. Les princes Normans, conquérans de la Fouille 3c de la Calabre , formaient une nouvelle puiiTance. L'exemple des Vénitiens infpirait aux grandes viltes d'Italie l'amour de la liberté. Les papes n'écaient pas encor fouverains & voulaient l'être.
Le droit des empereurs de nommer les papes commençait à s'affermir ; mais on fent bien que tout devait changer à la première circonitance fa. orable. Elle arriva bientôt, à la minorité de l'empereur Henri IV. reconnu du vivant de Henri III. fon père , pour fon fucce/Teur.
Dès le tems même de Henri III. la puiiTance impériale diminuait en Italie. Sa four, comteffe ou ducheffe de Tdfcane , mère de cette véritable bienfaitrice des papes , la comteffe Mathilde d'E fie, contribua plus que perfonne à foulever l'Italie contre fon frère. File pofledait avec le marquifat de Mantoue ia Tofcane & une
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|P 24 Essai sur les mœurs.
partie de la Lombardie. Ayant eu l'imprudence de venir à la cour d'Allemagne , on l'arrêta long-tems prifonnière. Sa fille la comteffe Mathilde hérita de fon ambition & de fa haine pour la maifon impériale.
Pendant la minorité de Henri IV. les brigues, l'argent & les guerres civiles firent pîufieurs papes. Enfin , on élut en 1054. Alexandre IL fans consulter la cour impériale. En vain cette cour nomma un autre pape : fon parti n'était pas le plus fort en Italie. Alexandre IL l'emporta , & chaffa de Rome fon compétiteur.
Henri 1 V. devenu majeur , fe vit empereur d'Italie & d'Allemagne prefque fans pouvoir. Une partie des princes féculiers & eccléfiaftiques de fa patrie fe liguèrent contre lui : & l'on fait qu'il ne pouvait être maître de l'Italie qu'à la tête d'une armée , qui lui manquait. Son pouvoir était peu de chofe , fon courage était au deffus de fa fortune.
Quelques auteurs rapportent qu'étant accufé dans la diète de Vurtzbourg d'avoir voulu faire affafiiner les ducs de Sou-ibe & de Carinthie , il offrit de fe battre en duel contre l'accufateur , qui était un fimple gentilhomme. Le jour fut déterminé pour le combat : & l'accufateur, en ne paroiffînt pas , juftifia l'empereur.
Dès que l'autorité d'un prince elt conteftée , fes mœurs font toujours attaquées. On lui reprochait publiquement d'avoir des makreffes , tandis que les moindres clercs en avaient impunément. Il voulut fe féparer de fa femme , fille d'un marquis de Ferrare , avec laquelle il difait n'avoir jamais pu confommer fon mariage. Quelques emportemens de fa jeuneiïe aigriffaient encor les eforits , & fa conduite affaiblirait fon pouvoir.
Il y avoit alors à Rome un moine de Cluni , devenu cardinal, homme inquiet, ardent, entreprenant, qui favait mêler quelquefois l'artifice à l'ardeur de fon zèle 41 pour les prétentions de i'éghfe. Hildebrand était le nom ^ de cet homme audacieux , qui fut depuis ce célèbre
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