C H A P I T R E IV
Grégoire VIL né à Soaneen Tofcane, de parens inconnus , élevé à Rome , reçu moine de Cluni fous l'abbé Odilon , député depuis à Rome pour les intérêts de fon ordre , employé après par les papes dans toutes ces affaires qui demandent de la fouplefïe & de la fermeté , & déjà célèbre en Italie par un zèle intrépide. La voix publique le déiignsit pour le fucceiïeur d'Alexandre IL dont il gouvernait le pontifical Tous les portraits ou flatteurs ou odieux que tant d'écrivains ont faits de lui , fe trouvent dans le tableau d'un peintre Napolitain , qui peignit Grégoire tenant une houlette dans une main & un fouet dans l'autre , foulant des fceptres à fes pieds , & ayant à côté de lui les filets Se les poiffons de St. lierre.
Grégoire engagea le pape Alexandre à faire un coup d'éclat inoui , à iommer le jeune Henri de venir comparaître à Rome devant le tribunal du St. Siège. C'eft le premier exemple d'une telle entreprife. Et dans (quel terris la hafarde-t-on ? Lorfque Rome était toute accoutumée par Henri III. père de Henri IV. à recevoir fes évêques fur un (impie ordre de l'empereur. C'était précifément cette fervitude dont Grégoire voulait fecouer îe joug. Et pour empêcher les empereurs de donner des loix dans Rome, ii voulait que le p^pe en donnât au empereurs. Cette hardiefle n'eut point de fuite. Il fembîe qu'Alexandre II. était un enfant perdu, qu'Hild(branddétachait contre l'empire avant d'engager la bataille. La mort à! Alexandre fuivit bientôt ce premier acle d'hoftilité.
E "ddebrand eut le crédit de fe faire élire & intronifer p2r le peuple Romain fans attendre la permifTion de l'empereur. Bientôt il obtint cette permiiïion , en promettant d'être fidèle. Henri IV. reçut fesexeufes. Son chancelier d'Italie alla confirmer à Rome l'élection du pape ; & Henri , que tous fes courtifans avertiraient de craindre Grégoire VIL dit hautement que cep^ne ne pou- J[ vait être ingrat à fon bienfaiteur ; mais à peine Grégolit " X
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%J z6 Essai sur les mœurs. *U
eft-il allure du pontificat , qu'il déclare excommuniés
tous ceux qui recevront des bénéfices des mains laïques , & tout laïque qui les conférera. Il avait conçu le defTein d'ôter à tous les collateurs féculiers le droit d'invertir les eccléfiaftiques. C'était mettre l'églife aux prifes avec tous les rois. Son humeur violente éclate en même tems contre Philippe I. roi de France. Il s'agiffait de quelques marchands Italiens que les Français avaient rançonnés. Le pape écrit une lettre circulaire aux évêques de France : « Votre roi , leur dit-il , eft moins » roi que tyran ; il parle fa vie dans l'infamie & dans » le crime; » & après ces paroles indifcretes , fuit la menace ordinaire de l'excommunication.
Bientôt après , tandis que l'empereur Henri eft occupé dans une guerre civile contre les Saxons , le pape lui envoie deux légats pour lui ordonner de venir répondre aux accufations intentées contre lui d'avoir donné ^ linveftituie des bénéfices , & peur l'excommunier en <â cas de refus. Les deux porteurs d'un ordre fi étrange trouvent l'empereur vainqueur des Saxons , comblé de gloire & plus puiffant qu'on ne Tefpérait. On peut fe figurer avec quelle hauteur un empereur de vingt-cinq ans , viclorieux & jaloux de fon rang , reçut une telle ambaflade. Il n'en fit pas îe châtiment exemplaire , que l'opinion de ces cems-là ne permettait pas , & n'oppofa en apparence que du mépris à l'audace : il abandonna ces légats indiferets aux infultes des valets de fa cour.
Prefqu'au même tems le pape excommunia encor ces Normans , princes de la Pouille & de la Calabre , (comme nous l'avons dit précédemment, ) Tant d'excommunications à la fois paraîtraient aujourd'hui le comble de l'imprudence : mais qu'on faffe réflexion que Grégoire VII. en menaçant le. roi de France , adreffait fa bulle au duc d'Aquitaine vafîal du roi , aufll puiffant que le roi même ; que 5 quand il éclatait contre l'empereur , % il avait pour lui une partie de l'Italie , la comteffe lii fcj