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Chapitre XXXII. *4i

dont elle était fouveraine. Les faibleffes plus honteufes encor de Jeanne IL achevèrent la ruine. Cette reine, la dernière de la race que le frère de Saint Louis avait tranfplantée en Italie, fut f;ns aucun crédit, ainfï que fon royaume , tout le tems qu'elle régna. Elle était fœur de ce Lancelot qui avait fait trembler Rcme dans le tems de l'anarchie qui précéda le concile de Confiance : mais Jeanne IL fut bien loin d'être redoutable. Des intrigues d'amour & de cour firent la honte & le malheur de fes états. Jacques de Bourbon fon fécond mari efluya fes infidélités, & quand il voulut s'en plaindre, on le mit en prifon. Il fut trop heureux de s'échapper, & d'aller cacher fa douleur, & ce qu'on appellait fa honte, dans un couvent de cordeliers à Befançon.

Cette Jeanne II ou Jeannette, fut , fans le prévoir, la caufe de deux grands événemens. Le premier fut l'élévation des Sforjes au duché de Milan ; le fécond , la guerre portée par Charles VIÏL & par Louis XII. en Italie. L'élévation des Sjor^es efl un de ces jeux de la fortune , qui font voir que la terre n'appartient qu'à ceux qui peuvent s'en emparer. Un payfan nommé Jacomu^io , qui fe fit foldat , & qui changea fan nom en celui de Sfcr^a , devint le favori de la reine , connétable de Naples , gonfalonnier de l'églife; & acquit allez de richeffes pour biffer à un de fes bâtards de quoi conquérir le duché de Milan.

Le fécond événement fi fu nèfle à l'Italie & à la France, fut caufé par des adoptions. On a déjà vu Jeanne I. adopter Louis I. de la féconde branche d'Anjou , frère du roi de France Charles V. Ces adoptions étaient un relie des anciennes îoix romaines ; elles donnaient le droit de fuccéder , & le prince adopté tenait lieu de fils ; mais le confentement des barons y était néceffaire. Jeanne IL adopta d'abord Alphonfe V. à'Arragon , fur nommé par les Efpagnols , le Sage & le Magnanime. Ce fage & magnanime prince ne fut pas plutôt reconnu un. IL 0

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l'héritier de Jeanne > qu'il la dépouilla de toute autorité , la mit en prifon , & voulut lui ôter la vie. François Sfor^e , le fils de cet illuftre villageois Jacomu^io , fignala fes premières armes , & mérita la grandeur où il monta depuis , en délivrant la bienfaitrice de fon père. La reine alors adopta un Louis d'Anjou , petit- fils de celui qui avait été (i vainement adopté par Jeanne T. Ce prince étant mort , elle inflitua pour fon héritier en 143 5 René d'Anjou frère du décédé. Cette double adoption fut long-tems un double flambeau de difeorde entre h France & l'Efpagne. Ce René d'Anjou Rappelle pour régner dans Napîes par une mère adoptive , & en Lorraine par fa femme , fut également malheureux en Lorraine & à Naples. On l'intitule roi de Naples, de Sicile , de Jêrufalem , d'Arragon de Valence , de Majorque , duc de Lorraine & de Bar. Il ne fut rien de tout cela. C'eft une feurce de la confufion dans nos £-| hiltcires modernes , qui les rend fouvent défagréables , & peut-être ridicules , que cette multiplicité de titres inutiles fondés fur des prétentions qui n'ont point eu d'effet. L'hiftcire de l'Europe efr devenue un immenfe procès-verbal de contrats de mariage , de généalogies , & de titres difputés , qui répandent par-tout autant d'obfcurité que.de féchereiïe, & qui étoui'Fent les grands événemens , la connaiifence des loix , & celle des mœurs , objets plus dignes de l'attention.

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