Chapitre XXXIII. 145 Q
Spencer gouvernait indignement le roi d'Angleterre } fa femme fe prépare à faire . la guerre. Elle marie fon fils à la fille du comte de Hainaut & de Hollande. Elle engage ce comte à lui donner des troupes. Elle repafTe enfin en Angleterre , & fe joint à main armée aux ennemis de fon époux. Son amant Moriimer était avec elle à la tête de fes troupes , tandis que le roi fuyait avec fon favori Spencer,
La reine fait pendre à Eriftol le père du favori , âgé de quatre-vingt-dix ans. Elle punit enfuite du même fupplice dans Herford le favori lui-même , tombé dans {es mains : mais elle exerça dans ce fupplice une vengeance que la bienféance de notre fiècle ne permettrait pas ; elle fit mettre dans l'arrêt qu'on arracherait au jeune Spencer les parties dont il avait fait un coupable ufage avec le monarque : l'arrêt fut exécuté à la potence ; elle ne craignit point de voir l'exécution. Froijj'ard ne fait point difficulté d'appeller ces parties par leur nom propre. Il y a loin de ces tems à des tems polis.
Enfin le roi , abandonné , fugitif dans fon royaume , eft pris , conduit à Londres, infulté par le peuple, enfermé dans la cour , jugé par le parlement , Qc dépofé par un jugement folemnel. Un nommé Truffe! lui fignina fa dépofition en ces mots rédigés dans les actes : « » Moi Guillaume Trujfel , procureur du parlement » & de la nation , je vous déclare en leur nom & en leur » autorité , que je renonce , que je révoque , & re- » tracte l'hommage à vous fait , & que je vous prive » de la puiffance royale. » On donna la couronne à fon fils , âgé de quatorze ans ; & la régence à la mère affiliée d'un confeil. Une penfion d'environ foixante mille livres de notre monnoie fut affignée au roi pour vivre.
Edouard IL furvécut à peine une année à fa difgrace. On ne trouva fur fon corps aucune marque de mort violente. On dit qu'on lui avait enfoncé un fer brûlant dans les entrailles à travers un tuyau de corne.
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O 14.6 Essai sur les mœurs. Ç
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Le fils punit biemôt la mère. Edouard III. mineur encor , rnjis impatient &: capable de régner , faifit un jour aux yeux de fa mère, ion amant Mortimer , comte de la Marche. Le parlement juge ce favori fans l'entendre , comme les Spencers l'avaient été. Il périt par le fupplice de la potence , non pour avoir déshonoré le lit de fon roi , l'avoir détrôné &: l'avoir fait affaiïiner , mais pour les coneuffions , les malversations dont font toujours aceufés ceux qui gouvernent. La reine , enfermée dans le château de Rifin avec cinq cents livres fterîings de penfion , différemment malheureufe, pleura dans la folitude fes infortunes plus que fes fautes.
Edouard III. maître , & bientôt maître abfolu , commence par conquérir l'Ecoffe ; mais alors une nouvelle fcène s ouvrait en France. L'Europe en fufpens ne favait fi Edouard aurait ce royaume par les droits du fang ou 41 par ceux des armes.
La France , qui ne comprenait ni la Provence , ni le Dauphiné , ni la Franche-Comté , était pourtant un royaume puiffant ; mais fon roi ne l'était pas encor. De grands états , tels que la Bourgogne , l'Artois , la Ftandre , la Bretagne , la Guienne , reîevans de la couronne , faifaient toujours l'inquiétude du prince beaucoup plus que fa grandeur.
Les domaines de Philippe le Bel , avec les impôts fur fes fujets immédiats, avîient monté à cent foixante mille livres de poids. Quand Philippe le Bel fit la guerre aux Flamans en 1302 , & que prefque tous les vaffaux de la France contribuèrent à cette guerre , on fit payer le cinquième des revenus à tous les féculiers que leur état difpenfait de faire la campagne. Les peuples étaient malheureux , & la famille royale l'était d'avantage. Rien n'efrplus connu que l'opprobre dont les trois enfans de l hilippe le Bel fe couvrirent à la fois , en aceufant leurs femmes d'aduhère en plein parlement. Toutes trois furent condamnées à être enfermées. Louis
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Fï Chapitre XX XIïI. M7
Butin l'aine fit périr la fienne , Marguerite de Bourgogne ' par le cordeau. Les amans de ces princeffes furent condamnés à un nouveau genre de fupplice ; on. les écorcha vifs. Quels tems ! & nous nous plaignons encor du
nôtre !
Après la mort de Louis Butin , qui avait joint la Navarre à la France comme fon père, la quefHon de la loi falique émut tous les efprits. Ce rci ne laiffait qu'une fille. On n'avait encor jamais examiné en .Franco fi les filles devaient hériter de la couronne ; les loix ne s'étaient jamais faites que félon le befoin préfent. Les anciennes loix faliques étaient ignorées : l'ufage en tenait lieu, & cet uiage variait toujours en France. Le parlement fous Philippe le Bel avait adjugé l'Artois à une fille au préjudice du plus prochain mâle. La fucceffion de la Champagne avait tantôt été donnée aux filles , & tantôt elle leur avait été ravie. Philippe h Bel n'eut la Champagne que par fa femme, qui en avait exclu les princes. On voit par-là que le droit changeait comme la fortune , & qu'il s'en fallait beaucoup que ce fut une loi fondamentale de i'état d'exclure une fille du trône de fon père.
Dire, comme tant d'auteurs , que la couronne de France ejlfi noble qu'elle ne peut admettre de femme:, c'efÈ, me femble , une puérilité. Dire avec Mé(érai\ que l'imbécillité du fexe ne permet pas aux femmes de régner, c'eîl être doublement injufte. La régence de la reine Blanche, & le règne glorieux de tant de femmes dans prefque tous les pays de l'Jiurope , réfutent afiez la eroflîéreté de Mé7terâi. D'ailleurs l'article de cette ancienne loi , qui ôte toute hérédité aux filles en terre falique , femble ne la leur ravir que parce que tout feigneur faîien était obligé de fe trouver en armes aux aflembîées de la nation. Or, une reine n'eft point obligée de porter les armes , la nation les porte pour elle. Ainfi on peut dire que la loi falique , d'ailleurs fi peu connue , regardait les autres fiefs & non la couronne.
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C'était fi peu une loi pour les rois, qu'elle a été rédigée fous le titre de allodiis , des alhuds. Si d'eu, une loi des anciens faliens , elle a donc été faite avant qu'il y eut des rois de France. Elle ne regardait donc paint ces rois.
De plus il eft indubitable que plufieurs fiefs n'étaient point loumis à cette loi , à plus forte rnifon pouvait-on alléguer que la couronne n'y devait pas être aflujettie.
On a toujours voulu fortifier les opinions quelles qu'elles fuflent , par l'autorité des livres facrés. Lespartifans de la loi falique ont cité ce paffrge , que les lys ne travaillent, ni ne filent,, & de là ils ont conclu que les filles qui doivent filer ne doivent par régner dans le royaume des lys. Cependant les lys ne travaillent point, & un prince doit travailler. Les léopards d'Angleterre & les tours de Caftille ne filent pas plus que les lys de France , ^ & les filles peuvent régner en Caftiîle & en Angleterre.
De plus les armoiries des rois de France ne refiemblèrent J| jamais à des lys , c'était évidemment le bout d'une hallebarde telles qu'elles font décrites dans les mauvais vers de Guillaume le Breton. Cùjbitis in medio uncum emittït acutum. L'écu de France eft un fer pointu au milieu de la hallebarde.
Toutes les raifons contre la loi falique furent opiniâtrement foutenues par le duc de Bourgogne, oncle de la princefie fille de Mutin , & par pluiieurs princelîes du fang. ' Louis Butin avait deux frères , qui en peu de tems lui fuccédèrent , comme on fait , l'un après l'autre , VàïnéyFkilippe le Long, & Charles le Bel le cadet. Charles alors, ne croyant pas qu'il touchait à la couronne , combattit la Ici faiique , par jalcufie contre fon frère.
Philippe le Longue manqua pas de faire déclarer dans une affemblée de quelques barons , de prélats & de bourgeois de Paris , que les filles devaient être exclues de la ce uronne de France. Mais ii le parti oppofé avait prévalu, on eut bientôt fait une loi fondamentale toute contraire.
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