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Chapitre XXXIII

Philippe le Long qui n'eft guère connu que pour avoir interdit l'entrée du parlement aux évêques , étant mort après un règne fort court , ne laiiFa encor que des filles. La loi falique fut confirmée alors une féconde fois. Charles le Bel qui s'y était oppofé , prit incontestablement la couronne , 8c exclut les filles de fon frère.

Charles le Bel en mourant Iaifla encor le même procès à décider. Sa femme était greffe. Il fallait un régent au royaume. Edouard IIï. prétendit la régence en qualité de petit-fils de Philippe le Bel par fa mère , Philippe de Valois , s'en faifit en qualité du premier prince du fang. Cette régence lai fut folemnellement déférée , & la reine douairière ayant accouché d'une fille , il prit la couronne du confentement de la nation. La loi falique qui exclut les filles du trône , était donc dans les cœurs ; elle était fondamentale par une ancienne convention univerfelle. jji II n'y en a point d'autre. Les hommes les font & les |J; abolilfent. Qui peut douter que fi jamais il ne reliait du fang de la maifon de France qu'une princefie digne de régner , la nation ne put & ne dût lui décerner la couronne.

Non-feulement les filles étaient exclues, mais le repréfentant d une n!!e l'était auifi : on prétendait que le roi Edouard ne pouvait avoir par fa mère un droit que fa mère n'avait pas. Une raifon plus forte encor, faifait préférer un prince du fang à un étranger , à un prince né d'une nation naturellement ennemie de la France, Les peuples donnèrent alors à Philippe de Valois le nom de Fortuné. Il put y joindre quelque tems celui de Victorieux & de Jufie y car le comte de Flandre fon variai ayant maltraité (es fujets , & les fujets s'étant foulevés , il marcha au fecours de ce prince , & ayant tout pacifié , il dit au comte de Flandre : « Ne vous attirez plus tant de » révoltes par une mauvaife conduite. »

On pouvait le nommer Fortuné encor , lorfqu'il reçut dans Amiens l'hommage folemnel que lui vint rendre

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Edouard IIÎ. Mais bientôt cet hommage fut fuivi de la guerre. Edouard difputa la couronne à celui dont il s'était déclaré le vaffal.

Un braffeur de bière de la ville de Gand fut le grand moteur de cette guerre fameufe, & celui qui détermina Edouard s. prendre le titre de roi de France. Ce braffeur nommé Jacques, d'Artevelt , était un de ces citoyens que les fouverains doivent perdre ou ménager. Le prodigieux crédit qu'il avait ., le rendit néceffaire^à Edouard; mais il ne voulut employer ce crédit en faveur du roi AngLis, qu'à condition qu'Edouard prendrait ie tirre de roi de France, afin de rendre ies deux rois irréconciliables. Le roi d'Angleterre & le braffeur fîgnèrent le traité à Gand , long-tems après avoir commencé ies hoflilités contre la France. L'empereur Louis de Bavière fe ligua avec le roi d'Angleterre avec plus d'appareil que le braffeur, mais

<£t avec moins d'utilité pour Edouard.

|i Remarquez avec une grande attention le préjugé qui régna fi long"-tems dans la république Allemande , revêtue du titre d'empire Romain. Cet empereur Louis qui poffédait feulement la Bavière, inveftit le roi Edouard III, dans Cologne de la dignité de vicaire de l'empire , en préfence de prefque tous les princes & de tous les chevaliers Allemans & Anglais. Là, il prononce que le roi de France eft déloyal & perfide , qu'il a forfait la prote&ion de l'empire , déclarant tacitement par cet acte Philippe de Valois & Edouard fes vaffaux.

L'Anglais s'apperçut bientôt que le titre de vicaire était auffi vain par lui-même que celui d'empereur quand Allemagne ne le fécondait pas ; & il conçut un tel dégoût pour l'anarchie Allemande, que depuis , lorfqu'on lui offrit l'empire , il ne daigna pas l'accepter.

Cette guerre commença par montrer quelle fupériorité la nation Anglaife pouvait un jour avoir fur «mer. Il fallait d'abord qu'Edouard III. tentât de débarquer en

J} France avec une grande armée , & que Philippe l'en

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empêchât. L'un & l'autre équipèrent en très-peu de tems chacun une flotte de plus de cent vaifTeaux. Ces navires n'étaient que de groiles barques. Edouard n'érait pas comme le roi de France , allez riche pour les conlrruire à fes dépens ; des cent vàlfeaux Anglais , vingt lui appartenaient , le relie était fourni par toutes les villes maritimes d'Angleterre. Le pays était fi peu riche en efpèces , que le prince de Galles n'avait que vingt sh.ellirigs par jour pour fa paye. L'évêque deDerham , un des amiraux de la flotte , n'en avait que fix , & les barons quatre. Les plus pauvres vainquirent les plus riches , comme il arrive prefque toujours. Les batailles navales étaient alors plus meurtrières qu'aujourd'hui ; on ne fe fervait pas du canon qui fait tant de bruit ; mais on tuait beaucoup plus de monde. Les vaifTeaux s'abordaient par la proue , on abaiiîait de part & d'autre des ponts-levis , & on fe battait comme en terre ferme. Les amiraux de Philippe de Valois perdirent fôixante - dix vaille ux , & près de vingt mille combattans. Ce fut-là le prélude de la gloire d'Edouard , & du célèbre prince noir fon fils , qui gagnèrent en perfonrie cette bataille mémorable

Je m'épargne ici les détails des guerres , qui fe refTemblent prefque toutes ; m:is infiltant toujours fur ce qui caractérife les mœurs du tems , j'obferverai qu'Edouard défia Philippe de Valois à un combat fingulier. Le roi de France le refufa , difant qu'un fouverain ne s'abaiffait pas à fe b ittre contre fon vaffal.

Cependant un nouvel événement femblaitenccrrenverfer la ioifaliqué. La Bretagne, fief de France, venait d'être adjugée par la cour des pairs à t harles de Blois , qui avait épouféla fille du dernier duc; & le comte de Montfcrt, oncle de ce duc, avait été exclus. Les loix & les intérêts étaient autant de contradictions. Le roi de France qui femblait devoir foutenir la loi falique dans la caufe du comte de Montjforî , héritier mâle de la Bretagne , prenait le parti de Charles de Blois , qui tirait fon droit des

femmes; & le roi d'Angleterre, qui devait maintenir le droit des femmes dans Charles de Blois, fe déclarait . pour le comte de Montfùrt,

La guerre recommence à cette occaîion entre la France & l'Angleterre. On furprend d'abord Montforî dans Nantes , & on l'amène prifonnier à Paris dans la tour du Louvre. Sa femme «lie du comte de Flandre, était une de ces héroïnes Singulières qui ont paru rarement dans le monde , & fur lefquelles on a fans doute imaginé les fables des Amazones. Elle fe montra l'épée à la main , le cafque en tête, aux troupes de fon mari , portant fon fils entre fes bras. Elle foutint le fiégede Hennebon , fit des forties , combattit fur la brèche , & enfin à l'aide de la flotte Anglaife qui vint à fon fecours , elle fit lever le fiége. Cependant la fadlion Anglaife & le parti Français fe battirent long-tems enGuienne , en Bretagne, en Nor- 2[ mandie. Enfin , près de la rivière de Somme , fe donne %t cette fanglante bataille de Créci entre Edouard & Phi- * lippe de Valois. Edouard avait auprès de lui fon fils le prince de Galles , qu'on nommait le prince noir , à caufe de fa cuiraffe brune, de l'aigrette noire de fon cafque. Ce jeune prince eut prefque tout l'honneur de cette journée. Plufieurs hiïloriens ont attribué la défaite des Français à quelques pentes pièces de canon dont les Anglais étaient munis. Il y avait dix ou douze années que l'artillerie commençait à être en ufage.

Cette invention des Chinois fut-elle apportée en Europepar les Arabes qui trafiquaient fur les mers desIndes? Il n'y a pas d'apparence. C'efi un bénédictin , nommé Berthold SclivariÇy qui trouva ce fecret fatal. Il y avait long-tems qu'on y touchait. Un autre bénédictin Roger Bacon , avait long-tems auparavant parlé des grandes explofions que le falpêtre enfermé pouvait produire. Mais pourquoi le roi deFrance n'avait - il pas de canon dans fon armée auffi-bien que le roi d'Angleterre ? & fi l'Anglais eut cette fupériorité , pourquoi tous nos hiiloriens

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