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rejettent-ils la perte de la bataille fur les arbalétriers Génois que Philippe avait à fa folde ? La pluie mouilla , dit-on , la corde de leurs arcs : mais cette pluie ne mouilla pas moins les cordes des Anglais. Ce que les hiftoriens auraient peut-être mieux fait d'obferver,c'eit qu'un roi de France , qui avait les archers de Gênes , au lieu de difcipliner fa nation , & qui n'avait point de canon quand fon ennemi en avait , ne méritait pas de vaincre.
Il eft bien étrange que cet ufage de la poudre ayant dû changer abfolument l'art de la guerre on ne voie point l'époque de ce changement. Une nation qui aurait fu fe procurer une bonne artillerie , était fure de l'emporter fur toutes les autres. C'était de tous les arts le plus fnnefte , mais celui qu'il fallut le plus perfectionner. Cependant jufqu'au tems de Charles VIII- il refte dans fon enfance ; tant les anciens ufages prévalent , tant la lenteur arrête l'induftrie humaine. On ne fe fervit d'arilîerie aux fiéges des places que fous le roi de France Charles V. & les lances firent toujours le fort de la bataille dans prefque toutes les adions, jufqu'aux derniers tems de Henri IV.
On prétend qu'à la journée de Créci , les Anglais n'avaient que deux mille cinq cents hommes de gendarmerie & quarante mille fantaffins , & que les Français avaient quarante mille fantaffins , & près de trois mille gens-d'armes. Ceux qui diminuent le plus la perte des Français, diient qu'elle ne monta qu'à vingt miliehommes. Le comte de Blois, qui était l'une des caufes apparentes de la-guerre , y fut tué , & le lendemain les troupes des communes du royaume furent encor défaites. Edouard, après deux viclokes remportées en deux jours , prit Calais , qui refta aux Anglais deux cent dix années.
On dit que pendant ce fiége , Philippe de Valois , qui ne put attaquer les lignes des affiégeans , & qui était défefpéré , propofa au roi Edouard de vuider cette grande querelle par un combat de fix contre fix. Edouard
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ne voulant pas remettre à un cornent incertain^ la prife certaine de Calais , refufa ce duel , comme i hilippe de Valois l'avait d'?bord ruufé. Jamais les princes n'ont terminé eux feu's leuii différends ; c'eft toujours le fang des nations qui a coulé.
Ce qu'il y eut de plus mémorable dans ce fiége , c'eft que le roi Edouard Ce r'erva, par la capitulation, le droir de faire pendre a fon choix fix des meilleurs citoyens, & on n'en voit pas la raifon ; car les habitans de Calais n'étaient pas des rebelles. Nos hiftoriens s extafient fur la généroii é, fur la grandeur d'ame de fix habitans qui fe dévouèrent à la mort. Mns au fond , ils devaient bien fe douter que fi Edouard III. voulait qu'ils eufTent la corde au cou , ce n'était pas pour la faire ferrer. Il les traita très-humainement , & leur fit prélent à chacun de fix écus d'or qu'on ^ppellait des nobles à la rofe.
S'il avait voulu faire p?ndre quelqu'un , il aurait été en droit de fe venger ainfi de Géofroi de iharni , qui après la prife de Calais tenta de corrompre le gouverneur Anglais par l'offre de vingt mille écus , & qui fut pris en fe préfentant aux portes , avec le chevalier Euflache de Ribaumont. Ce Ribaumont , en fe défendant, porta le roi Edouard par terre. Ce prince donna un feitin le même jour à l'un 6k à l'autre , & fit prefent à Ribaumont d'une couronne de perles qu'il lui pofa lui-même fur la tête. Il efr donc ridicule d'avoir imaginé qu'il eut jamais l'intention défaire pendre fix braves citoyens qui avaient combattu vaillamment pour leur patrie.
Cette guerre , qui fe faifait à la fois en Guienne , en Bretagne, en Normandie , en Picardie , épuifait la France & l'Angleterre d'hommes & d'argent. Ce n'étai- pas pourtant alors le tems de fe détruire pour l'intérêt de l'ambition. Il eût fallut fe réunir contre un fléau d'une autre efpèce. Une pefte mortelle , qui avait fait le tour du monde , & qui avait dépeuplé l'Afie & l'Afrique , vint
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(§ Chapitre XXXIII. 2,55
alors ravager l'Europe , & particulièrement la France & l'Angleterre.
Elle enleva , dit-on , la quatrième partie des hommes. C'efl une de ces caufes qui font que dans nos climats le genre humain ne s'eft point multiplié dans la proportion où l'on croit qu'il devrait l'être.
Métrai a dit après d'autres , que cette pefre vint de la Chine , & qu'il était forti de la terre une exhalaifon enflammée en globe de feu , laquelle en crevant répandit fon infection fur l'hémifphère. C'eft donner une origine trop fabuleufe à un malheur trop certain. Premièrement, on ne voit pas que jamais un tel météore ait donné la pefte. Secondement , les annales Chinoifes ne parlent d'aucune maladie conta gieufe que vers l'an 1 504. La peïîe proprement dite, eft une maladie attachée au climat du milieu de l'Afrique , comme la petite vérole à l'Arabie , & comme le venin qui empoifonne la fource de la vie eft originaire chez les Caraïbes. Chaque climat à fon poifon dans ce malheureux globe, où la nature a mêlé un peu de bien avec beaucoup de mal. Cette pefte du quatorzième fiècle était femblable à celles qui dépeuplèrent la terre fous Jufiinun. , & c'u tems d'Hippocrate. C'était dans la violence de ce fléau qu'Edouard 8c Philippe avaient combattu pour régner fur des mourans.
Après l'enchaînement de tant de calamités , après que les élémens & les fureurs des hommes ont ainfi confpiré pour défoler la terre, on s'étonne que l'Europe foit aujourd'hui fi florihante. La feule reflburce du genre humain était dans des villes que les grands fouverains méprifaient. Le commerce &l'triduftrie de ces villes a réparé fourdement le mal que les princes faifaient avec tant de fracas. L'Angleterre fous Edouard III. fe dédommagea avec ufure des tréfors que lui coûtèrent les entreprifes de fon monarque : elle vendit fes laines; Bruges les mit en œuvre. Les Flamans s'exerçaient aux manufactures; les villes anféatioues formaient une république utile au monde ; &