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CHAPITRE TRENTE-QUATRIEME

De la France ,fous le roi Jean. Célèbre tenue des étatsgénéraux. Bataille de Poitiers. Captivité de Jean. Ruine de la France. Chevalerie, &c.

'• E règne de Jean eu enccr plus malheureux que celui de Philippe. Jean qu'on a furnommé le Bon , commence par faire arTafliner fon connétable le comte d'Eu. Quelque tems après, le roi de Navarre fon coufm & fon gendre , fait affalfiner le nouveau connétable Von la Cerda , prince de la maifon ftEfvagne. Ce roi de Navarre Charles y petit-fils de Louis Hutin, & roi de Na- 2 varre par fa mère , prince du fang du côté de fon père , fut , ainfi que le roi Jean , un des fléaux de la France , & mérita bien le nom de Charles le Mauvais.

Le roi ayant été forcé de lui pardonner en plein parlement , vient l'arrêter lui-même pour de moindres crimes; & fans aucune forme de procès, fait trancher la tête à quatre feigneurs de les amis. Des exécutions fi cruelles étaient la fuite d'un gouvernement faible. Il produifait des cabales, & ces cabales attiraient des vengeances atroces que fuivaient le repentir.

Jean dès le commencement de fon règne , avait augmenté l'altération de la monnoie déjà altérée du tems de fon père , & avait menacé de mort les officiers chargés de ce fecrer. Cet abus était l'effet & la preuve d'un tems très-malheureux. Les calamités & les abus produifent enfin les loix. La France fut quelque tems gouvernée comme l'Angle-erre. Les rois convoquaient les états-généraux fubftitués aux anciens parlemens de la nation. Ces étatsgénéraux étaient entièrement femblables aux parlemens Anglais compofés des nobies, des évêques & des députés

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des villes : & ce qu'on appellait le nouveau parlement fédentaire à Paris , était à-peu-près ce que la cour du banc du roi était à Londres, Le chancelier était le fécond officier de la couronne dans les deux états ; il portait en Angleterre la parole pour le roi dans les érats-généraux d'Angleterre, & avait infpedion fur la cour du banc. Il en était de même en France ; & ce qui achève de montrer qu'on fe conduifait alors à Paris & a Londres fur les mêmes principes, c'eft que les écats-généraux de 135 * , proposèrent & firent figner au roi Jean de France, prefque les mêmes régîemens, preique la mêmechartequ avait fignée Jean d'Angleterre. Les iubfides , la nauure des fublides, leur durée, le prix des efpèces, tout fut réglé par i'arferfiblée. Le roi s'engagea à ne plus forcer les iujets de fournir des vivres à fa maiibn , à ne fe fervir de leurs voitures & de leurs lits qu'en payant, à ne jamais changer la monnoie , &c.

Ces états-généraux de 135 5, les plus mémorables qu'on ait jamais tenus, font ceux dont nos hiflqires parlent le moins. Daniel dit feulement qu'ils furent x tenus dans la falle du nouveau parlement ; il devait ajouter que le parlement, qui n'était point alors perpétuel, n'eut point entrée dans cette grande aïTemblée. En eiTet le prévôt des marchands de Paris , comme député né de la première ville du royaume , porta la parole au nom du tiersétat. Mais un point efientiel de l'hilioire qu'on a paffé fous filence, c'eft. que les états imposèrent un fubiïde d'environ cent quatre-vingt-dix mille marcs d'argent, pour payer trente mille gendarmes ; ce font neuf millions cinq cent mille livres d'aujourd'hui ; ces trente mille gendarmes composaient au moins une armée de quatre-vingt mille hommes, à laquelle on devait joindre les communes du royaume ; St au bout de l'année, on devait établir encor un nouveau fubfide pour l'entretien de la même armée. Enfin ce qu'il faut obferver, c'eft que cette efpèce

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de grande charre ne fait qu'un règlement paffager , au lieu que celle des Anglais fut une loi perpétuelle.

Mais enfin le prince noir , avec une armée redoutable quoique petite, .s'avançait jufqu'à Poitiers, & ravageait ces terres qui étaient autrefois du domaine de fa maifon. Le roi Jean accourut à la tête de près de foixante mille hommes. Perfonne n'ignore qu'il pouvait , en temporifant , prendre toute l'armée Anglaife par famine.

Si le prince noir avait fait une grande faute de s'être engagé fi avant , le roi Jean en fit une plus grande de l'attaquer. Cette bataille de Maupertuis eu de Poitiers reffembla beaucoup à celle que Thilirpe de Valois avait perdue. Il y eut de l'ordre dans la petite armée du prince noir ; il n'y eut que de la bravoure chez les Français ; mais la bravoure des Anglais & des Gafcom qu": fervaient fous le prince de Galles, l'emporta. Il n'eft point dit qu'on eût fait ufage du canon dans aucune des deux armées. Ce filence peut faire douter qu'on s'en fait fervi à Créci, ou bien il fait voir que l'artillerie ayant fait peu d'effet dans la bataille de Créci , en en avait difeominué l'ufage, eu il montre combien les hommes négligeaient des avantages nouveaux pour les coutumes anciennes ; ou enfin il aceufe l'a négligence des hifloriens contemporains. Les principaux chevaliers de France périrent ; & cela prouve que l'armure n'était pas alors fi pefante & fi complette qu'autrefois; le relie s'enfuit. Le roi, bleffé au vifage, fut fait prifonnier avec un de fes fils. C'eft une particularité digne d'attention, que ce monarque fe rendit à un de fes fujets qu'il avait banni , & qui fervait chez fes ennemis. La même chefe arriva depuis à François I. Le ■prince noir mena fes deux prifonniers à Bordeaux & enfuite à Londres. On fait avec quelle politeffe, avec quel refpecl il traita le roi captif, 6: comme il augmenta fa gloire par fa modefiie. Il entra dans Londres fur un petit cheval jl noir, marchant à h gauche de fon prifonnier monté fur ^[ un cheval remarquable par fa beauté & par fon harnois.

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