Chapitre XXXIV. a6i Q
La prifon du roi fut dans Paris le lignai d'une guerre civile. Chacun penfe alors à fe faire un parti. On ne voit que factions , fous prétexte de réforme. Charles , dauphin de France , qui fut depuis le fage roi Charles V. n'efr déclaré régent du royaume, que pour le voir prefque révolté contre lui.
Paris commençait à être une ville redoutable ; il y avait cinquante mille hommes capables de porter les armes. On invente alors Tufage des chaînes dans les rues , & on les fait fervir de retranchement contre les féditieux. Le dauphin Charles eit obligé de rappelîer le roi de Navarre , que le roi fon père avait fait emprifonner. C'était déchaîner fon ennemi. Le roi de Navarre arriye à Paris pour attifer le feu de la difcorde. Marcel , prévôt des marchands de Paris , entre au Louvre , fuivi des féditieux. Il fait maflacrer Robert de Clermont, maréchal de France, & le maréchal de Champagne, aux yeux du dauphin. Cependant les payfans s'attroupent de tous côtés : &dans cette confufion ils fe jettent fur tous les gentilshommes qu'ils rencontrent. Ils les traitent comme des efclaves révoltés , qui ont entre leurs mains des maîtres trop durs & trop farouches. Ils fe vengent par mille fupplices de leurs bafTeiïes & de leurs misères. Ils portent leur fureur jufqu'à faire rôtir un feigneur dans fon château , & à contraindre fa femme & fes filles de manger la chair de leur époux & de leur père.
Dans ces convulfions de l'état, Charles de Navarre afpirê à la couronne. Le dauphin & lui fe font la guerre , qui ne finit que par une paix fimulée. La France eîi ainfi bouleverfie pendant quatre ans , depuis la bataille de Poitiers. Comment Edouard Se le prince de Galles ne ptofitaient-ils pas de leur victoire &: des malheurs des vaincus? Il femble que les Anglais redoutaient la grandeur de leurs maîtres; ils leur fournifTaient peu de fecours ; & Edouard traitait; de' la rançon de fon pr.fonnier, tandis que le prince noir acceptait une trêve.
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6a Essai sur les mœurs.
II paraît que de tous côtés on faifait des fautes. Mais on ne peut comprendre comment tous nos hiftoriens ont eu la (implicite d'afïurer que le roi Edouard III. étant venu pour recueillir le fruit des deux vicloires de Créci & de Poitiers, s'étant avancé jufqu'à quelques lieues de Paris , fur faifi tout-à-coup d'une fi fainre frayeur, à caufë d'une grande piuie , qu'il le jeta à genoux , & qu'il fit vœu à la Ste. Vierge d'accorder la paix. Rarement la pluie a décidé de la volonté des vainqueurs <k du defîin des états ; & fi Edouard III. fit un vœu à la Ste. Vierge , ce vœu était affez av.nt.igeux pour lui. Il exige pour la rançon du toi de France , le Poitou, la Saintonge, l'Agenois, le Périgord , le Limoufin, le Quercy , l'Angoumois , le Rouerge , & tout ce qu'il a pris autour de Calais ; ie tout en fouveraineré fans hommage. Je m'étonne qu'il ne demandât pas la Normandie & l'Anjou fon ancien patrimoine. Il voulut encor trois millions d'écus d'or.
^ Edouard cédait par ce traité à Jean , le titre de roi de
France , & fes droits fur la Normandie, la Touraine & l'Anjou. Il elî vrai que les an:iens domaines du roi d'Angleterre en France , étaient beaucoup plus confidérables que ce qu'on donnait à Edouard par cette paix ; & cependant ce qu'on cédait, était un quart de la France. Jean fertit enfin de la tour de Londres après quatre ans , en donnant en otage fon frère & deux de (es fils. Une des plus grandes difficultés était de payer la rançon. Il fallait donner comptant fix cent mille écus d'or pour le premier paiement. La France s'épuifa & ne put fournir la fomme. On fut obligé de rappeller les Juifs , &de leur vendre le droit de vivre & de commercer. Le roi même fut réduit à payer ce qu'il achetait pour fa maifon , en une monnoie de cuir, qui avait au milieu un petit clou d'argent. Sa pauvreté & fes malheurs le privèrent de toute autorité , & le royaume de toute police.
Les foldats licenciés, & lespayfans devenus guerriers,
Jj. fe joignirent par-tout t mais principalement par-delà la
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