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Chapitre XXXIV

Loire. Un de leurs chefs fe fît nommer Vami de Dieu & r ennemi de tout le monde. Un nommé Jean de Gouge^ bourgeois de Sens , fe fit reconnaître roi par ces brigands, & fit prefqu'autant de mal par fes ravages que le véritable roi en avait produit par fes malheurs. Enfin ce qui n'eft pas moins étrange, c'eftque le roi dans cette défolation générale, alla renouvelîer dans Avignon, où étaient les papes , les anciens projets des croifades.

Un roi de Chypre était venu foîliciter cette entreprife contre les Turcs , répandus déjà dans l'Europe. Apparemment le roi Jean ne fongeait qu'à quitter fa patrie ; mais aulieu d'aller faire ce voyage chimérique contre les Turcs , n'ayant pas de quoi payer le refte de fa rançon aux Anglais , il retourna fe mettre en otage à Londres , à la place de fon frère & de fes enfans. Il y mourut , & fa rançon ne fut pas payée. On difait pour comble d'humiliation , qu'il nierait retourné en Angleterre que pour y voir une femme dont il était amoureux à l'âge de cinquante-fix ans,

La Bretagne, qui avait été la caufe de cette guerre ,, fut abandonnée à fon fort. Le comte de Blois & le comte de Montfort fe difputèrent cette province. Montfort forti de la prifon de Paris , & Blois forti de celle de Londres , décidèrent la querelle près d'Avray , en bataille rangée. Les Anglais prévalurent encor. Le comte de Blois fut tué.

Ces tems de groffiéreté, de féditions , de rapines & de meurtres , furent cependant le tems le plus brillant de la chevalerie. Elle fervait de contrepoids à la férocité générale des mœurs; nous en traiterons à part. L'honneur, la générofité jointes à la galanterie, étaient fes principes. Le plus célèbre fait-d 'armes dans la chevalerie , eft le combat de trente Bretons contre vingt Anglais, fix Bretons & quatre Allemaris, quand la comteffe de Blois au nom de fon mari , & la veuve de Montfort au nom de fon fils , fe faifaient la guerre en Bretagne en 1 3 5 1 . Le point M R 4 •

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d'honneur fut le fujet de ce combat , car il fut réfolu dans une conférence tenue pour la paix. Au lieu de traiter , on fe brava }■& Beaumanoir qui était à la tête des Bretons pour la comteffe d@ Blois, dit qu'il fallait combattre pour lavoir qui avait la plus belle amie. On combattit en champ clos. Il n'y eut des foixante combattans que cinq chevaliers de tués, un feui du côté des Bretons, & quatre du côté des Anglais. Tous ces faits d'armes ne fervaient à rien , & ne remédiaient pas fur-tout à l'indifcipline des armées , à une adminiftraticn prefque toute fauvsge. Si les Bau l-Epiiïe & les Scipion avaient combattu en champ clos pour favoir qui avait la plus belle amie , les Romains n'auraient pas été les vainqueurs & les législateurs des nations.

Edouard, après fes victoires & fes conquêtes, ne fit plus que des tournois. Amoureux d'une femme indigne de fà tendreiïe, il lui facrifia fes intérêts & fa gloire, & K§ perdit enfin tout le fruit de fes travaux en France. Il ^ n'était plus occupé que de jeux, de tournois, des cérémonies de fon ordre de la jarretière : la grande table ronde établie par lui à Vindfor, à laquelle fe rendaient tous les chevaliers de l'Europe, fut le modèle fur lequel les romanciers imaginèrent toutes les hiffoires des chevaliers de la table ronde , dont ils attribuèrent l'inflkutionfabuleufe au roi Arthur. Enfin Edouard III. furvécut à fon bonheur & à fa gloire , & mourut entre les bras d1 'Alix Berce fa maîtrefîè, qui lui ferma les yeux en vo- Lnt fes pierreries, & en lui arrachant la bague qu'il -portw.it au doigt. On ne fait qui mourut le plus miférablement , ou du vainqueur , ou du vaincu.

Cependant, après la mort de Jean de France, Charles V. fon fils , juflement furnommé le Sage, réparait les ruines de fon pays par la patience & par les négociations. Nous verrons comment il chaffa les Anglais de prefque toute vj la France. Mais tandis qu'il fe préparait a cette grande ^. entreprise , le j rince noir, vers l'an 1366, ajoutait une )

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