CHAPITRE TRENTE-CINQUIEME
D// frince noir., dit roi de Cajiille Don Plbre le Cruel, «S- du connétable du Guesclin.
iÀ Cafhî'e était prefqu'aufil défolée que la France. lierre ou Don Fkdre , qu'on nomme h Cruel , y régnait; Cn nous le repréfente comme un tigre altéré de /ang humain & qui férîtait de la joie à le répandre. Un tel caractère elï bien rarement dans la nature. Les hommes fanguinaires ne le font que dans la fureur de la vengeance , ou d:.ns les févérirés de cette politique atroce , qui fait croirela cruauté nécefiaire ; mais perfonne ne répand le fang pour fbn plaifîr.
Il monta furie trône de Cafîille étant enccr mineur & dans des circonfhnces fâcheufes. Son père Alphonfe XI. avait eu fept bâtards de fa màîtrefFe Eléoncre de Gufinan. Ces fept bâtards, puiffumment établis, bravaient l'autorité de Don Fldre ; & leur mère, encor plus puifTante qu eux, infukait à la mère du roi. La Cafhlle était partagée entre le parti delà reine-mère & celui d'Eléonore. A peine le roi eut-il atteint l'âge de vingt-un an , qu'il lui fallut foutenir contre la faction des bâtards une guerre civile. Il combattit , fut vainqueur, & accorda la mort d'£/:;onore à la vengeance de fa mère. On peut le nommer jufques-là courageux & trop févère. Il époufe Blanche de Bourbon ; & la première nouvelle qu'il apprend de fa femme quand elle e/r arrivée à' Valladciid, c'eit qu'elle eCt ameureufe du grand-maître de St. Jacques , l'un de ces
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mêmes bâtards qui lui avaient fait la guerre. Je fais que de telles intrigues font rarement prouvées, qu'un roi fage doit plutôt les ignorer que s'en venger ; mais enfin îe roi fat excufabîe , pnifqu'il y a encor une famille en Efpagne qui fe vante d'être iiTue de ce commerce. C'eft celle des Henrlques.
Blanche de Bourbon eut au moins l'imprudence d'être trop unie avec la faétion des bâtards, ennemis de fon mari. Faut-il , après cela, s'étonner que le roi la laifsât dans un château , & fe confolât dans d'autres amours ?
Don Pèdre eut donc à la fois à combattre & les Arragonais Se fes frères rebelles. Il fut encor vainqueur , & rendit fa vicloire inhumaine. Il ne pardonna guère. Ses proches qui avaient pris parti comre lui , furent immolés à fes reffentimens. Enfin ce grand-maître de St. Jacques fut tué par fes ordres. C'eft ce qui lui mérita le nom de Cruel , tandis que Jean , roi de France , qui avait afTaffiné fon connétable & quatre feigneurs de Normandie , était nommé Jean le Bon.
Ddîis ces troubles, la femme de Don Pèdre mourut. Elle avait été coupable, il fallait bien qu'on dît qu'elle mourut empoifonnée. Mais encor une fois , on ne doit point intenter cette aclion de poifon fan; preuve.
C'était fans doute l'intérêt des ennemis de Don Pèdre , de répandre dans l'Europe .qu'il avait empoifonné fa femme. Henri de Tranflamare, l'un de ces fept bâtards, qui avait d'ailleurs fon frère & fa mère à venger, & fur- ■ tout fes intérêts à foutenir , profita ce la conjoncture. La France était infeftée par ces brigands réunis, nommés Malandrins ; ils tasfaient tout le mal qu'Edouard n'avait pu faire. Henri de Tranjtamare négocia avec le roi de France Charles V. pour délivrer la France de ces brigands & les avoir à fon fervice. L'Arragonais, toujours ennemi du Caftillan , promit de livrer paffage. Bertrand du Guefclin , chevalier d'une grande réputation , qui ne cherchait qu'à fe fignaler , engagea les Malandrins à le