Chapitre XXXV. 267 Q
reconnaître pour chef & à lefuivre en Caflille. On a regardé cetre entreprife de Bertrand du Guefclin comme une aclion fainte, & qu'il faifait, dit-il, pour le bien de fon ame. Cette aclion fainte cohfiftaità conduire des brigands au fecours d'un rebelle contre un roi cruel, mais légitime.
On fait qu'en parlant près d'Avignon , du Guefclin , manquant d'argent pour payer fes troupes , rançonna le pape & fa cour. Cette extorfion était néceiTaire ; mais je n'ofe prononcer le nom qu'on lui donnerait , fi elle n'eût pas été faite àia tête d'une troupe qui pouvait palier pour une armée.
Le bâtard Henri , fécondé de fes troupes groîlies dans leur marche & appuyé de l'Arragon, commença par fe faire déclarer roi dans Burgos. Don Pèdre , attaqué ainfi par les Français , eut recours au prince noir leur vainqueur. Ce prince était feuverain de la Guienne ; le roi J> fon père la lui avait cédée pour prix de fes actions héroï- M ques. Il devait voir d'un œil jaloux le fuccès des armes Françaifes en Efpagne , & prit par intérêt & par honneur le parti le plus jufte. Il marcha en Efpagne avec fes Gafcons & quelques Anglais. Bientôt , fur les bords deî'Ebre & près du village de Navarette , Don Pèdre ik. le prince noir, d'un côté ; de l'autre , Henri de Tranftamare & du Guefclin, donnèrent la fanglante bataille qu'on nomme de Navarette. Elle fut plus glorieufe au prince noir que celles de Créci & de Poitiers, parce qu'elle fat plus difputée. Sa victoire fut compîette ; il prit Bertrand du Guefclin & le maréchal iïAndrehen , qui ne fe rendirent qu'à lui. Henri de Tranftamare fut obligé de fuir en Arragon, & le prince noir rétablit" Don Pèdre fur le trône. Ce roi traita plufieurs rebelles avec une cruauté que les loix de tous les états autorifent du nom de juftice. Don Pèdre ufait dans toute fon étendue du malheureux droit de fe venger. Le prince noir, qui avait eu la gloire de le rétablir , eut encor celle d'arrêter le cours de fes
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^ 2.6 o Essai sus. les mœurs.
cruautés. Il eft après Alfred , celui de tous les héros que l'Angleterre a fe plus en vénération,
Quand celui qui foutenait Don Fèdre fe fut retiré , & que Bertrand du Cuefclin fe fut racheté, alors le bâtard Tranfîamare réveilla le parti des mécantens, & Bertrand du Gucfc-lin , que le roi Charles V. employait fecrétement , leva de nouvelles troupes.
Tmnjlamare avait pour lu» l'Arragon , les révoltés de Caftille Si les fecours de la France. Don Fèdre avait la meilleure partie des Cafrillans , le Portugal & enfin les mufulmans d'Efpagne : ce nouveau fecours le rendit plus odieux & le défendit mal. Tranfîamare & du Guefclin , n'ayant plus à combattre le génie & l'afcendant An prince noir , vainquirent enfin Don Fèdre auprès de Tolède. Retiré & affiégé dans un château après fa défaite, il eiî pris, en voulant s'échapper, par un gentilhomme Fran- ** çais , qu'on appellait le Bègue de Vilaines. Conduit dans -S la tente de ce chevalier , le premier objet qu'il y apperçoit , eft le comte de Tranfîamare. On dit que transporté de fureur, il fe jeta , quoique défarmé, fur fon frère ; •ce qui efr vrai , c'eil que ce frère lui arracha la vie d'un Coup de poignard.
Ainfi périt Don Fèdre à l'âge de trente-quatre ans , & avec lui s'éteignit la race de Caftille. Son ennemi, fon frère, fon aiTaffin , parvint à la couronne, fans autre droit que celui du meurtre : c'eil de lui que font defeendus les rais de Caftille , qui ont régné en Efpagne jufqu'à Jeanne , qui fit pafTer ce feeptre dans la maifon d' Autriche, par fon mariage avec Fkilippe h Beau , père de Charles-Qiiint.
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