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Chapitre XXXVIII. 2.89 Q _____ _____ f

tous ces vaftes domaines que leurs rois avaient eus par les droits du fang , & que les trois victoires de Créci , de Poitiers & d'Azincourt ne purent leur conferver. Les divifions de l'Angleterre contribuèrent autant que Char- Us VIL à la réunion de la France. Cet Henri VI. qui avait porté les deux couronnes , & qui même était venu fe faire facrer à Paris , détrôné à Londres par les parens , fut rétabli & détrôné encor.

Charles VIL maître enfin paifible de la France , y établit un ordre qui n'y avait jamais été depuis la décadence de la famille de Charlemagne. Il conferva des compagnies réglées de quinze cents gens-d'armes. Chacun de ces gensd'armes devait fervir avec fix chevaux ; de forte que cette troupe compofait neuf mille cavaliers. Le capitaine de cent hommes avait mille fept cent livres de compte par an , ce qui revient à environ dix mille livres numéraires H d'aujourd'hui. Chaque gendarme avait trois cent foixante M} livres de paye annuelle , & chacun des cinq hommes qui l'accompagnaient , avait quatre livres de ce tems-là par mois. Il établit aufîi quatre mille cinq cents archers , qui avaient 'cette même paye de quatre livres , ' c'eR- à-dire , environ vingt-quatre des nôtres. Ainfi en tems de paix il en coûtait environ fix millions de notre monnoie préfente pour l'entretien des foldats. Les chofes ont bien changé dans l'Europe. Cet étabîifTement des archers fait voir que les moufquets n'étaient pas encor d'un fréquent ufage. Cet infiniment de deftru&ion ne fut commun que du tems de Louis XL

Outre ces troupes, tenues continuellement fous le drapeau, chaque village entretenait un franc-archer exempt de taille; & e'efr par cette exemption attachée d'ailleurs à la nobîefïe, que tant de perfonnes s'attribuèrent bientôt la qualité de gentilhomme de nom & d'armes. Les pofTeueurs des fiefs furent difpenfés du ban, qui ne fut plus convoqué. Il n'y eut que l'arrière-ban, compofé

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O 2.90 Essai sur les mœurs,

Ides arrière-petits vafiaux, qui refta fujet encor à fervir dans les occafions.

On s'étonne qu'après tant de défaftres la France eût tant de refTources 8c d'argent. Mais un pays riche par fes denrées, ne cefie jamais de l'être, quand la culture n'eft pas abandonnée. Les guerres civiles ébranlent le corps de l'état, 8c ne le détruifent point. Les meurtres 8c les faccagemens , qui défoîent des familles , en enrichirent d'autres. Les négocians deviennent d'autant plus habiles j qu'il faut plus 'd'art pour fe fauver parmi tant d'orages. Jacques Cœur en eft un grand exemple. Il avait établi le plus grand commerce qu'aucun particulier de l'Europe eût jamais embraflé. Il n'y eut depuis lui que Cofme J. Média, que nous appelions de Médias , qui l'égalât. Jacques Cœur avait trois cents facleurs en Italie 8c dans le Levant. Il prêta deux cent mille écus d'or au roi , fans quoi on n'aurait jamais repris la Normandie. Son induftrie était plus utile pendant la paix, que Dunois 8c la Tucelle ne l'avaient été pendant la guerre. C'eft une grande tache peut-être à la mémoire de Charles VII. qu'on ait perfécutéun homme fi néceiTaire. On n'en fait peint le fujet : car qui fait les fecrets refïbrts des fautes & des injuirices

Îdes hommes ?

Le roi le fit mettre en prifon , 81 le parlement de Paris lui fit fou procès. On ne put rien prouver contre lui , Il finon qu'il avait fait rendre à un Turc un efclave chrétien, U lequel avait quitté & trahi fon maître , & qu'il avait fat vendre des armes au foudan d'Egypte. Sur ces deux actions , dont l'une était permife, & l'autre vertueufe , il fut condamné à perdre fes biens. Il trouva dans fes commis plus de droiture que dans les courtifans qui l'avaient perdu. -Ils fe cotisèrent prefque tous pour l'aider dans fa dif- | <rrace. Jacques Cœur alla continuer fon commerce en fi Chypre , & n'eut jamais le courage de revenir dans fon i| ingrate patrie , quoiqu'il y fût rappelle. 3 Au re-'te la fin du règne de Charles FIL fut âfïez heu-

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Chapitp. e XXX VII T.

reufe pour la France, quoique très-maiheureufe pour le roi , dont les jours finirent avec amertume, par les rebellions defon fils de'naturé, qui fut depuis le roi Louis XL

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