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CHAPITRE TRENTE-NEUVIEME

Mœurs , ufages, arts, commerce, rkhejje , vers les trà{i&me & quatorzième jitcles.

E voudrais découvrir quelle était alors la fociété des hommes , comment on vivait dans l'intérieur des familles, quels arts étaient cultivés , plutôt que de répéter tant de malheurs & tant de combats , funeftes objets de i'hiftcire & lieux communs de la méchanceté humaine.

Vers la fin du treizième fiècîe &dans le commencement du quatorzième, il me fembie qu'on commençait en Italie, malgré tant de (Mentions , à fortir de cette groffiéreté ' dont la rouille avait couvert l'Europe depuis Ta chute de l'empire Romain. Les arts néceffaires n'avaient point péri. Les art.fans & les marchands , que leur obfcurité dérobe à la fureur àmbitieufe des grands , font des fourmis oui fe creufent des habitations en filenee , tandis que les aigles 6c les vautours fe déchirent.

On trouva même dans ces fiècles greffiers, des invendons utiles, fruits de ce génie ce mécanique que la nature donne à certains hommes très-indépendamment de la philofophie. Le fecret , par exemple , de fecourir la vue affaiblie des vieillards par des lunettes qu'on nomme beftcles, eu de la fin du treizième fiècle. Ce beau fecret fut trouvé par Alexandre Spina. Les meules qui agifient par le fecours durent , font connues en Italie dam le même tems. La Flamma, qui vivait au quatorzième fiècle, en parle, & avant lui on n'en parle point. Mais c eu un art If, connu long-tems auparavant chez les Grecs & chez les |

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ju? ag-a Essai sur les mœurs.

Arabes; il en eu parlé dans des poètes Arabes du feptième liècle. La fayance , qu'on faifait principalement à Faënza, tenait lieu de porcelaine. On connaiffait depuis long-tems l'ufage des « vitres , mais il était fort rare: c'était un luxe de s'en fervir. Cet art porté en Angleterre par les Français vers l'an I ï 80, y fut regardé comme une grande magnificence.

Les Vénitiens eurent feuls au treizième fiècle le fecret ides miroirs de criflal. Il y avait en Italie quelques horloges à roues : celle de Bologne était fameufe. La merveille plus utile de la bouffole était due au feul hafard , & les vues des hommes n'étaient point encor aiïez étendues pour qu'on fît ufage de cette découverte. L'invention du papier, fait avec du linge pilé & bouilli, eft du commencement du quatorzième nècle. Cortufius , hifîorien de Padoue , parle d'un certain Fax , qui établit à Padoue jjj; la première manufacture plus d'un fiècle avant l'invention de 1 imprimerie. C'eft ainfi que les arts utiles fefont peuà-peu établis , & h plupart par des inventeurs ignorés.

Il s'en fallait beaucoup que le relie de l'Europe eût des villes telles que Venife, Gênes, Bologne , Sienne , Pife , Florence. Prefque toutes les maifons dans les villes de France, d'Allemagne, d'Angleterre étaient couvertes de chaume. Il en était même ainfi en Italie, dans les villes moins riches , comme Alexandrie de la paille , Nice de la paille, &c.

Quoique les forêts enflent couvert tant de terrains demeurés long-tems fans culture, cependant on ne favait pas enccr fe garantir du froid à Faide de ces cheminées , qui font aujourd'hui dans tous nos appartemens un fecours & un ornement. Une famille entière s'affemhlait au milieu d'une falle commune enfumée, autour d'un large foyer rond , dont le tuyau allait percer le plafond.

La Flamma fe plaint au quatorzième fiècle, félon l'ufage des auteurs peu judicieux, que la frugale fim- 3J, piicité a fait place au luxe. Il regrette le terns de Frédéric jf

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