Chapitre XXXIX. lyï
Barbzroujje & de Frédéric IL lorfque dans Milan, capitale de la Lombardie, on ne mangeait de ia viande que trois fois par femaine. Le vin alors était rare, la bougie était inconnue &z la chandelle un luxe. On fe fervait , dit-il, chez les meilleurs citoyens, de morceaux de bois fec allumas pour s'éclairer. On ne mangeait de la viande chaude que trois fois par femaine : les chemifes étaient de ferge & non de linge; la dot des bourgeoifes .les plus confidérabîes était de cent livres tout au plus. Les chofes ont bien changé, ajcute-t-il ; on porte à prêtent du linge ; les femmes fe couvrent d'étoffes de foie , & même il y entre quelquefois de for & de l'argent : elles ont jufqu'à deux mille livres de dor, & ornent même leurs oreilles de pendans d'or. Cependant ce luxe dont il fe plaint , était encor loin , à quelques égards , de ce qui eft aujourd'hui le néceffaire des peuples riches & induflrieux. gi Le linge de table était très-rare en Angleterre. Le vin
ne s'y vendait que chez les apoticaires comme un cordial. Toutes les maifons des particuliers étaient de bois à Paris & à Londres. Se faire traîner en charrette dans les rues de Paris à peine pavées & couvertes de fange, était un luxe ; & ce luxe fut défendu, par Philippe le Bel , aux bourgeoifes. On connaît ce règlement fait fous Charles VI. Nemo audeat dure prœter duo fercula cumpotagio. « Que » perfonne n'ofe donner plus de deux plats avec le po- » tage. »
Un feul trait fuffira pour faire connaître la difette d'argent en EcofTe & même en Angleterre , aufïï-bien que la rufticité de ces tems-là , appellée fimplicité. On lit dans les actes publics , que quand les rois d'Ecoffe venaient à Londres , la cour d'Angleterre leur affignait trente shellings par jour, douze pains, douze gâteaux & trente bouteilles de vin.
Cependant il y eut toujours chez les feigneurs de fief & chez les principaux prélats , toute la magnificence que le tems permettait. Elle devait néceffairement s'introduire
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chez les polIefTeurs des grandes terres. Dès long-tems auparavant les évêques ne marchaient qu'avec un nombre prodigieux de dôme/tiques & de chevaux. Un concile de Lafrari , tenu en 1 179 , fous Alexandre III. leur reproche que fouvent on était obligé de vendre les vafes d'or & d'argent dans les églifes des monaflères, pour les recevoir & pour les défrayer dans leurs viiites. Le cortège des archevêques fut réduit , par les canons de ces conciles, à cinquante chevaux ; celui des évêques, à trente ; celui des cardinaux , à vingt-cinq : car un cardinal qui n'avait pas d'évêché , & qui par conféquent n'avait point de terres, ne pouvait pas avoir le luxe d'un évêque. Cette magnificence des prélats était plus odieufe alors qu'aujourd'hui , parce qu'il n'y avait point d'état mitoyen entre les grands & les perits , entre les riches & les pauvres. Le commerce &l'induftrie n'ont pu former qu'avec le téms cet état mitoyen qui fait la richelTe d'une nation. La vaif- 1^ felle d'argent était prefque inconnue dans la plupart des i| villes. MuJJhs , écrivain Lombard du quatorzième fiècle , regarde comme un grand luxe, les fourchettes , les cuillières & les taffes d'argent.
Un père de famille , dit-il, qui a neuf à dix perfonnes à nourrir avec deux chevaux , efr obligé dedépenfer par an , jufqu'à trois cents florins d'or. C'était tout au plus deux mille livres de la monnoie de France courante de nos jours.
L'argent était donc très-rare en beaucoup d'endroits d'Italie , & bien plus en France aux douzième, treizième & quatorzième fiècles. Les Florentins , les Lombards , qui faifaient feuls le commerce en France & en Angleterre , les Juifs leurs courtiers , étaient en poffeffion de tirer des Français & des Anglais , vingt pour cent par an pour l'intérêt ordinaire du prêt. La grande ufure eft la marque infaillible de la pauvreté publique.
Le roi Charles V. amalfa quelques tréfors par fon économie , par la fage adminiftration de fes domaines
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( alors le plus grand revenu des rois ) & par des impôts inventés fous Philippe de Valois, qui quoique faibles firent beaucoup murmurer un peuple pauvre. Son miniftre le cardinal de la Grange ne s'était que trop enrichi. Mais tous ces tréfors [furent diflipés dans d'autres pays. Le cardinal porta les fiens dans Avignon. Le duc d'Anjou , frère de Charles V. alla perdre ceux du roi dans fa malheureufe expédition d'Italie. La France relra dans la misère jufqu'aux derniers rems de Charles VIL
Il n'en était pas ainû" dans les belles villes commerçantes de l'Italie. On y vivait avec commodité , avec opulence." Ce n'était que dans leur fein qu'on jouinait des douceurs de la vie.
Les richefTes & la liberté y excitèrent enfin le génie , comme elles élevèrent le courage.