CHAPITRE QUARANTIEME
Science & beaux-arts au treizième & quatorzième fiecles.
JLi A langue italienne n'était pas encor formée du tems de Frédéric IL On le voit par les vers de cet empereur , qui font le dernier exemple de la langue romance dégagée de la dureté tudefque.
Plas me el cavalier Fronces. »
E La donna Catalana. ,
E Vovrar Gcnoes ,
E la dan\a. Trevifans ,
E lou cantar Provenfales ,
Las man e cara d' 'Angles ,
E lou don\el de Tofcana.
Ce monument eft plus précieux qu'on ne penfe , & eft fort au deffus de tous ces décembres des bâtimens du \ô T 4
O 296 Essai sur les mœurs.
moyen âge , qu'une curiofité groflière & fans goût recherche avec avidité. Il fait voir que la nature ne s'eft démentie chez aucune des nations dont Frédéric parle. Les Catalanes font, comme au tems de cet empereur, les plus belles femmes de l'Efpagne. La nobleiïe Françaife a les mêmes grâces martiales qu'on eftimait alors. Des traits nobles & réguliers , de belles mains font encor une chofe commune en Angleterre. La jeuneue a plus d'agrémens en Tofcane qu'ailleurs. Les Génois ont confervé leur induftrie; les Provençaux leur goût pour lapoéiie & pour le chant. C'était en Provence & en Languedoc qu'on avait adouci la langue romance. Les Provençaux furent les maîtres des Italiens. Rien n'eft fi connu des amateurs de ces recherches que les vers fur les Vaudois de l'année 1 100.
O ue non vogli maudir, ne jura , ne mentir , h 1 N'occir , ne avoutrar , ne prenre de altrui ,
£j> Ne s'avengear dcli fuo ennemi, ' jfc
3 Lo^ difon qu'es Vaudcs ,£• Los fefon morir.
Cette citation a encor fon utilité , en ce qu'elle efî une preuve que tous les réformateurs ont toujours affecté des mœurs févères.
Ce jargon fe maintint maîheureufement tel qu'il était en Provence & en Languedoc, tandis que fous la plume de Pétrarque la langue italienne atteignit à cette force &: à cette grâce qui loin de dégénérer fe perfectionna encor. L'italien prit fa forme à la fin du treizième fiècle , du tems du bon rci Robert, grand-père de lamalheureufe Jeanne. Déjà le Dante , Florentin, avait illuûré la langue tofcane par fon poème bizarre, mais brillant de beautés naturelles , intitulé comédie , ouvrage dans lequel l'auteur s'éleva dans les détails au defïus du mauvais goût de fon ûhcle & de fon fujet , & rempli de morceaux écrits aufli purement que s'ils étaient du tems de l'Ariofte &c J[ du Tajje. On ne doit pas s'étonner que l'auteur , l'un
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