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Chapitre XL. 2^7 Ç

des principaux de la fa&ion Gibeline , perfécuté par Bonijace VIII. & par Charles de Valois , ait dans fon poê'me exhalé fa douleur fur les querelles de l'empire &c du facerdoce. Qu'il foit permis d'inférer ici une faible traduclion d'un des paffages du Dante concernant ces diffentions. Ces monumens de l'efprit humain délaflent de la longue attention aux malheurs qui ont troublé la terre.

Jadis on vit dans une paix profonde

De deux foleils les flambeaux luire au monde ,

Qui fans fe nuire éclairant les humains ,

Du vrai devoir enfeignaient les chemins,

Et nous montraient de l'aigle impériale

Et de l'agneau les droits & l'intervale.

Ce tems n'eft plus , & nos deux ont changés

L'un des foleils de vapeurs furebargé ,

En s'échappanl de fa fainte carrière ,

Voulut de l'autre abforber la lumière.

La règle alors devint confufion;

Et l'humble agneau parut un fier lion ,

Qui tout brillant de la pourpre ufurpée

Voulut porter la houlette & l'épée.

Après le Dante , Pétrarque , né en 1304 dans Arezzo patrie de Gui Arretin^ mit dans la langue italienne plus de pureté , avec toute la douceur dont elle était fufeeptible. On trouve dans ces deux poètes , & fur-tout dans Pétrarque , un grand nombre de ces traits femblabîes à ces beaux ouvrages des anciens qui ont à la fois la force de l'antiquité & la fraîcheur du moderne. S'il y a de la témérité à l'imiter , vous la pardonnerez au defir de vous faire connaître, autant que] je le peux, le genre dans lequel il écrivait. Voici à-peu-près le commencement de fa belle ode à la Fontaine de Vauclufe^ envers croifés.

Claire fontaine , onde aimable , onde pure , Où la beauté qui confume mon cœur, Seule beauté qui foit dans la nature , Des feux du jour évitait k chaleur ;

^ 198 Essai sua les mœurs.

Arbre heureux dont le feuillage

Agité par les zéphirs

La couvris de fon ombrage ,

Qui rappelles mes foupirs ,

En rappellant fon image ; Ornemens de fes bords , & filles du matin, Vous dont je fuis jaloux , vous moins brillantes qu'elle , Fleurs qu'elle embelliffait quand vous touchiez fon fein , Roffignols dont la voix eft moins douce fit moins belle , Air devenu plus pur, adorable féjour

Immortalifé par fes charmes , Lieux dangereux & chers, où de fes tendres armes

L'amour a bleffé tous mes fens ,

Ecoutez mes derniers accens ,

Recevez mes dernières larmes.

Ces pièces qu'on appelle can^oni font regardées comme fes chefs-d'œuvres. Ses autres ouvrages lui firent moins d'honneur ; il immortalifa la Fontaine de Vauclufe , Laure & lui-même. S'il n'avait point aimé , il ferait beaucoup moins connu. Quelque imparfaite que foit cette imitation , elle fait entrevoir la diïïance immenfe qui était alors entre les Italiens & toutes les autres nations. J'ai mieux aimé vous donner quelque légère idée du génie de Pétrarque , de cette douceur & de cette molleffe élégante qui fait fon caraclère , que de vous répéter ce que tant d'autres ont dit des honneurs qu'on lui offrit à Paris , de ceux qu'il reçut à Rome , de ce triomphe au capitole en 1341 , célèbre hommage que l'étonnement de fon fiècîe payait à fon génie alors unique , mais furpafTé depuis par VAriofte &par le Taffe. Je ne pafTerai pas fous iilence que fa famille avait été bannie de Tofcane, 8c dépouillée de Ces biens , pendant les difTentions des Guelfes & des Gibelins , & que les Florentins lui députèrent Bocace , pour le prier de venir honorer fa patrie de fa préfence , & y jouir de la reflitution de fon patrimoine. La Grèce dans fes plus beaux jours ne mon- J[ tra jamais plus de goût & plus d'efeime pour les talens. &

O ChapitreXL. i^9 £|

Ce Eocace fixa la langue tofcane ; il eil encor le premier modèle en profe pour l'exactitude & pour, la pureté du fryle , ainii que peur le naturel de la narration. La langue perfectionnée par ces deux écrivains ne reçut plus d'altération , tandis que tous les autres peuples de l'Europe , jufqu'aux Grecs même , ont changé leur idiome.

Il y eut une fuite non interrompue de poètes Italiens qui ont 'tous paffé à la poflérké; car le Fuki écrivit après Pétrarque. Le Bcyardo comte de Scandïano Succéda, au Fulci , & YArivfie les furpaira tous par la fécondité de fon imagination. N'oublions pas que Pétrarque & Bocuce avaient célébré cette infortunée Jeanne de biaples , dont l'efprit cultivé femait tout leur mérite, & ] qui fut même une de leurs difciples. Elle était alors dé- ;| vouée toute entière aux beaux-arts , dont les charmes ta, fùifaient oublier les tems criminels de fon premier ma- ^ riage. Ses mœurs changées par la culture de l'efprit 1| devaient la défendre de la cruauté tragique qui finit fes |£

jours.

Les beaux-arts qui fe tiennent comme par la main , [|

& qui d'ordinaire périffent & rénàifîent e&fembie , fer- if

taient en Italie des ruines de la barbarie. Cimmabué \\

fans aucun feccurs était comme un nouvel inventeur de . i]

la peinture au treizième fièc'e. Le Ciotio fit des tableaux jj

qu'on voit encor avec p'ainr. Il relie fur-tout de lui |]

cette fameufe peinture qu'on a mife en raofaïque , .&z i]

qui repréfente le premier apôtre marchant fur les eaux; 1

on la voit au deffus de la grande porte de St. Pierre de 13

Rome. Bnuiellejchi commença à réformer L'architecture |

gothique. Gui d'Are^p long-tems auparavant avait I?

inventé les nouvelles notes de la muiïque à ia fin de l'on- 1

zième fiècle , & rendu cet art plus facile & plus commun. il

On fut redevable de toutes ces belles nouveautés aux j|

Tofcans. Ils firent tout renaître par leur feu] génie

avant que le peu de feience qui était relié à Conïiami- |£

<T^ 300 Essai sur les mœurs.

nopîe refluât en Italie avec la langue grecque , par les conquêtes des Ottomans. Florence était alors une nouvelle Athènes ; & parmi les orateurs qui vinrent de la part des villes d'Italie haranguer Boni face VHI. fur fon exaltation , on compta dix-huit Florentins. On vcit par-là que ce n'eft point aux fugitifs de Confhntinople qu'on a dû la renaillànce des arts. Ces Grecs ne purent enfeigner aux Italiens que le grec.

Il peut paraître étonnant que tant de grands génies fe foient élevés dans l'Italie fans protection comme fans modèle , au milieu des difTentions tk des guerres ; mais Lucrèce chez les Romains avait fait fon beau poème de la nature , Virgile fes bucoliques , Ciceron îes livres de philofophie dans les horreurs des guerres civiles. Quand une fois une langue commence à prendre fa forme , c'efi un inftrument que les grands artifîes trouvent tout préparé , & dont ils fe fervent fans s'embaraffer qui gouverne & qui trouble la terre.

Si cette lueur éclaira la feule Tofcane , ce n'eft pas qu'il n'y eût ailleurs quelques talens. St. Bernard & Abelard en France au douzième fiècle auraient pu être regardés comme de beaux efprits ; mais leur langue était un jargon barbare , & ils payèrent en latin tribut au mauvais goût dutems. Les hymnes latines rimées des douzième & treizième fiècles font le fceau de la barbarie. Ce n'était pas ainfi qu'Horace chantait les jeux féculaires. La théologie fcholaftiquë , fille bâtarde de la philofophie à" Âriflote , mai traduite & méconnue , fit plus de tort à la raifon & aux bonnes études que n'en avaient fait les Huns & les Vandales.

L'art des Sophocles n'exifhit point ; on ne connut d'abord en Italie que des repréfentations naïves de quelques hiftoires de l'ancien & du nouveau teftament ; & c'eft de là que la coutume de jouer les myftères pana en France. Ces fpectades étaient originaires de Confrantinople. Le poète St. Grégoire de Ma^ian^e les avait intro-

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