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Chapitre XL

que vient la fociété des francs-maçons , échappée au tems qui a détruit toutes les autres.

La plus rnéprifable de toutes ces confrairies fut celle des flagellans , & ce fut la plus étendue. Eile avait commencé d'abord par i'infoJénce de quelques prêtres qui s'avisèrent d'abufer de la faible/le des pénitens publics , jufqu'à les fuftiger. On voit encor un refte de cet uiage dans les baguettes dont font armés les pénitenciers à Rome; enfuite lesmoines fe fuftigèrent, s'imaginant que rien n'é aie plus agréable à Dieu que le dos cicatrifé d'un moine. Pierre Damien , dans l'onzième fiècle, excita les fécuiiers même a fe fouetter tout nuds. On vit en 1160 , pluiîeurs confrairies de pèlerins courir toute l'Italie, armés de fouets. Ils parcoururent enfuite une partie de l'Europe. Cette aiToci3tiun fit même une fecle qu'il fallut enfin diffiper.

Tandis que des troupes de gueux couraient le monde *Â en fe funigeant, des fous marchaient dans prefque toutes S i les villes, à la tête des procédions, avec une robe peliffée , des grelots , une marotte ; & la mode s'en ell encor confervée dans les villes des Pays-Bas & en Allemagne. Nos nations feprentrionales avaient pour toute littérature en langage vulgaire, les farces nommées moralités, fuiv'ies de celles de la mère forte & du prince des fois.

On n'entendait parler que de révélations, de pofTefnons, de malénees. On oie aceufer la femme de Philippe III. d'adultère, & le roi envoie confulter une béguine pour favoir fi fa femme eu innocente ou coupable. Les enfans de F M lippe le Bel font entr'eux une aliociation par écrit, & fe promettent un fecours mutuel contre ceux qui voudront les faire périr par la magie. On brûle par arrêt du parlement une forcière qui a fabriqué avec le diable un aéte en faveur de Robert d'Artois. La maladie de Charles VI. eu attribuée à un fortilége , & on fait venir un magicien pour le guérir. La princefTe de Glocefre en Angleterre , efl condamnée à faire amende honorable j£ EJJai fur les mœurs. Tom. II. V (*Jj

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devant l'égaie de St. Paul , ainfi qu'on l'a déjà remarqué; & une baronne du royaume, fa prétendue complice , eft brûlée vive comme ïorcière.

Si ces horreurs enfantées par la crédulité . tombaient fur les premières perfcnnes des royaumes de l'Europe, prï voit alTez à quoi étaient expcfés les fimpies citoyens. C'était encor ià le moindre des malheurs.

L'Allemagne , la France, l'Efpsgne, tout ce qui n'était pas en Italie grande ville commerçante, était abfolument fans police. Les bourgades murées de la Germanie & de la France, furent facc3gées dans les guefres civiles. L'empire Grec fut inondé par les Turcs. LEfpagne était encor partagée entre les chrétiens & les mahométans Arabes ; & chaque parti était fouvent déchiré par des guerres inteftines. Enfin du tems de Philippe de Valois , d'Edouard III. de Louis de Bavière , de Clément VI. une pefte générale enlève ce qui avait échappé au glaive & à la misère.

Immédiatement avant ces tems du quatorzième fiècîe , on a vu les croifkdes dépeupler & appauvrir notre Europe. Remontez depuis ces croifuies aux tems qui s'érculèrent après la mort de Charlemagrie; ils ne font pas moins malheureux & font encor plus greffiers. La comparaifon de ces fiècles avec le notre , ( quelques pervertîtes & quelques malheurs que ncus puifliens efTuyer , ) doit nous faire fentir notre bonheur , malgré ce penchant prefqu'invincible que nous avons à louer le palié aux dépens du préfent.

Il ne faut pas croire que tout ait été fauvage : il y eut de grandes vertus dans tous les états . fur le trône & dans les cloîtres , parmi les chevaliers , parmi les eccîéfiafciques; mais ni un St. Louis , ni un St. Ferdinand ne purent guérir les plaies du genre humain. La longue querelle des empereurs & des papes , la lutte opiniâtre 'de la libenéde Rome contre les Céfars de l'Allemagne & contrôles pontifes Romains, les fchilmes fréquens, &

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enan le grand fchifme d'Occident, ne permirent pas à des p.ipes élus dans le trouble, d'exercer des vertus que des tems paifîbles leur auraient infpirées. La corruption des mœurs p.-.uvait-elle ne fe pas étendre jufqu'a eux ? Tout homme eft formé par fon fiècle; bien peu s'élèvent àudefïus des mœurs du tems. Les attentats dans lêfquèls plusieurs papes furent entraînes, leurs fcandaîes autorifés par un exemple général , ne peuvent pas être enfevelis dans l'oubli. A quoi fert la peinture de leurs vices & de leurs défafrres ? a faire voir combien Rome eu heureufe depuis que la décence & ia tranquillité y régnent. Quel plus grand fruit pouvons-nous retirer de toutes les vîciffitudescie cet EJfai fur les mœurs , que de nous convaincre que toute nation a toujours été maiheureufe jufqu'à ce que les loix & le pouvoir légiflatif aient été écablis fans contradiction ?

De même que quelques monarques, quelques pontifes, dignes d'un meilleur tems , ne purent arrêter tant de défordres , quelques bons efprits nés dans les ténèbres des nations feptentrionales , ne purent y attirer les fciences & les arts.

Le roi de France Charles V. qui rafTembla environ neuf cents volumes, cent ans avant que la bibliothèque du Vatican fût fondée par Nicolas V. encouragea en vain les talens. Le terrain n'était pas préparé pour porter de ces fruits étrangers. On a recueilli quelques malheureufes compofitions de ce tems. Cerf faire un amas de. cailioùs tirés d'antiques mafures quand on efl entouré de palais. Il fut obligé de faire venir de Pife un aflroîogue ; & Catherin; , fille de cet aftrologuequi écrivit en français ', prétend que Charles difaic : Tant que doclrine fera honorée en ce royaume , il continuera à profpérité. Mais la doctrine fut inconnue , le goût encor pîus. Un malheureux pays dépourvu de loix fixes, agité par des guerres civiles, fans commerce, fans police, fans coutumes écrites & gouverné par mille coutumes différentes ; un p:,ys dont

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la moitié* s'appeliait la langue d'oui eu à'oil , & l'autre, la langue d'oc, pouvait-il n'être pas barbare? Lanobleffe Frahçaife eut feulement l'avantage d'un extérieur pius brillant que les autres nations.

Quand Charles de Valois , frère de Philippe h Bel, avait paffé en Italie , les Lombards , les Tofcans même prirent les modes des Français. Ces modes étaient extravagantes; c'était un corps qu'on laçait parderrière , comme aujourd'hui ceux des filles ; c'était de grandes manches pendantes, un capuchon comte pointe traînait à terre. Les chevaliers Français donnaient pourtant de la grâce à cette mafcarade, & juilinaient ce qu'avait dit Frédéric II. Plaç me el Cavalier France^. Il eût mieux valu connaîrre alors la difcipiine militaire; la France n'eût pas été l'a proie de l'étranger fous Philippe de Valois , Jean & Charles VI. Mais comment était-elle plus familière aux Anglais ? C'eft peut-être que, combattant loin de leur patrie, ils fentaient plus '.e befoin de cette difcipiine, ou plutôt parce que la nation a un courage plus tranquille & plus réfléchi.

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