CHAPITRE QUARANTE-DEUXIÈME
-" Tailles & monnaies.
lE tiers-état ne fer vit en 1345 aux états tenus par Philippe de Valois , qu'à donner fon confentement au premier impôt des aides & des gabelles ; mais il eft certain que li les états avaient été affemblés plus fouvent en France , ils euifent acquis plus d'autorité ; car fous le gouvernement de ce même Philippe de Valois , devenu odieux par la fauffe monnoie , & décrédité par fes malheurs , les états de 1355 , dont nous avons déjà parlé , nommèrent eux - mêmes des commiffaires des trois ordres pour recueillir l'argent qu'on accordait au roi. Ceux qui donnent ce qu'ils veulent , & comme ils jk veulent , partagent l'autorité fouveraine. Voilà pourquoi i^ les rois n'ont convoqué de ces affemblées que quand ils n'ont pu s'en difpenfer. Ainiî le peu d'habitude que la nation a eue d'examiner fes befoios , fes relîources , & fes forces , a toujours laifTé les états - généraux deflitués de cet efprit de fuite , & de cette connaiîTance de leurs affaires qu'ont les compagnies réglées. Convoqués de loin à loin , ils fe demandaient les loix & les ufages , aulieu d'en faire ; ils étaient étonnés & incertains. Les parlemens d'Angleterre fe font donné plus de prérogatives ; ils fe font établis & maintenus dans le droit d'être un corps nécefTaire repréfentant la nation. C'efl-là qu'on - connaît fur - tout la différence des deux peuples. Tous deux partis des mêmes principes , leur gouvernement eft devenu entièrement différent ; il était alors tout femblabie. Les états d'Arragon, ceux de Hongrie , les die .es d'Allemagne, avaient encore déplus grands privilèges.
Les états-généraux de France , ou plutôt de la par-
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83 Chapitre XLII. 313 §|
tie de la France qui combattait pour fon roi Charles VIL contre l'ufurpateur Henri V. accorda généïeufement à fon maître une taille générale en 1426 , dans le fort de la guerre , dans la difette , dans le tems même où l'on craignait de laiifer les terres fans culture. ( Ce font les propres mots prononcés dans la harangue du tiers-état. ) Cet impôt depuis ce tems fut perpétuel. Les rcis auparavant vivaient de leurs domaines; mais il ne 'reliait prefque plus de domaines à Charles VIL &c fans les braves guerriers qui fe fâcrinererit pour lui & pour la patrie , fans le connétable de Richemont qui le maîtrifait , mais qui le fervait à fes dépens , il était perdu.
Bientôt après , les cultivateurs qui avaient payé auparavant des tailles à leurs feigneurs dont ils avaient été ferfs , payèrent ce tribut au roi feul dont ils furent fujets. Ce n'eit pas que les rois n'euifent aufli levé des jk tailles , même avant St. Louis , dans les terres du patri- 'm moine royal. On connaît la taille de pain & vin payée Z$ d'abord en nature , & enfuite en argent. Ce mot de & taille venait de l'ufage des collecteurs, de marquer fur une petite taille de bois ce que les contribuables avaient j| donné, rien n'était plus rare que d'écrire chez le corn- ;| mun peuple. Les coutumes mêmes des villes n'étaient SI point écrites; & ce fut ce même Charles VIL qui ordonna qu'on les rédigeât en 1454 , lorfqu'il eut remis dans le royaume la police & la tranquillité , dont il avait été il privé depuis fi long-tems , & lorfquune fi longue fuite d'infortunes eut fait naître une nouvelle forme de rcu- if vernement. ff
Je confidère donc ici en général le fort des hommes I plutôt que les révolutions du trône. C'eft au genre Lu- | main qu'il eût fallu faire attention dans l'hifroire. C efl- I là que chaque écrivain eût dû dire , homo jum ; mais k la plupart des hiftoriens on décrit des batailles.
Ce qui troublait encor en Europe l'ordre pubjic , iji la tranquillité, la fortune des familles , c'était i'aifaiblif-
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O 314 Essai sur les mœurs.
fement des monnoies, Chaque feigneur en faifait frapper , & altérait le titre & le poids , fe faifant à lui-même un préjudice durable pour un bien pafTager. Les rois avaient été obligés , par la nécefîité des tems , de donner ce funefte exemple, j'ai déjà remarqué que l'or d'une partie de l'Europe , & fur-tout de la France , avait été englouti en Afie & en Afrique par les infortunes des croifades. Il fallut donc dans les befoins toujours renaiffans augmenter la valeur numéraire des monnoies. La livre dans le tems du roi Charles V. après qu'il eut conquis fon royaume valait fept livres numéraires. Sous Charlcmagne elle avait été réellement le poids d'une livre de douze onces. La livre de Charles V» ne fut donc en effet que la feptième partie de l'ancienne livre. Donc une famille qui aurait eu pour vivre une ancienne redevance, une inféodation, un droit payable "À en argent, était devenue fept fois plus pauvre. |x. Qu'on juge , par un exemple pius frappant encor,
m du peu d'argent qui roulait dans un royaume tel que la l] France. Ce même Charles V. déclara que les fils de France auraient un apanage de douze mille livres de rente. Ces douze mille livres n'en valent aujourd'hui que cent vingt-quatre mille. Quelle petite refîburce pour le fils d'un roi î Les efpèces n'étaient pas moins rares en Allemagne, enEfpagne, en Angleterre.
Le roi Edouard III. fut le premier qui fit fnpper des efpèces d'or. Qu'on fonge que les Romains n'en eurent que ilx cent cinquante ans après la fondation de Rome.
Henri V. n'avait que cinquante fix mille livres fierîings , environ douze cent vingt mille livres de notre monnore d'aujourd'hui, pour tout revenu. C'effc avec ce faible fecours qu'ii voulut conquérir la France. Auïïï après la vicloire d'Azincourt i'i était obligé d'aller emprunter de l'argent dans Londres , & de mettre tout en gages ponr recommencer la guerre. Et enfin les conquêtes fe faifaient avec le fer plus qu'avec l'or. J£
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