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Chapitre XLIII

royaume , qui étaient tous princes du fang : & la cour de juftice nommée parlement , devenue fédentaire à Paris , était d'abord compofée d'éyêques & de chevaliers , affiliés de légiftes , foit toxifurés , foit laïques , inftruits des procédures.

Il fallait bien que les pairs enflent droit de féance dans cette cour , puifqu'ils étaient originairement les juges delà nation. Mais quand les p^tirs n'y auraient pas eu droit de féance , elle n'en eût p?s moins été une cour fuprême de judicature , comme la chambre impériale d'Allemagne eft une cour fuprême , quoique les électeurs , ni les autres princes de l'empire n'y aient jamais, affilié ; & comme le confeil de Çafrille efl encor une jurifdiclion fuprême , quoique les grands d'gfpagne n'aient pas le privilège d'y avoir féance.

Ce parlement n'était pas tel que les anciennes affembîées des champs de Mars & de Mai dont il retenait le nom. Les pairs eurent le droit à la vérité d'y affilier ; mais ces pairs n'étaient pas , comme ils le font encor en Angleterre , les feuls nobles du royaume , c'étaient des princes reîevans de îa couronne ; & quand on en créait de nouveaux , on n'ofait les prendre que psrmi les princes, La Champagne ayant celle d'être une pairie , p^.rce que Philippe le Bel l'avait acquife par fon mariage, il érigea en pairie la Bretagne &: l'Artois. Les fouverains de ces états ne venaient pas fans doute juger des caufes au parlement de Paris, mais piufieursévêquea y venaient. Ce nouveau parlement s'affembîait d'abord quatre fois l'an. On changeait fouyent les membres de cette cour de juftice , & le roi les payait de ion tréfor pour chacune de leurs féances.

On appella ces parlemens , cours fouveraines ; le préfident s'appellait le fouverain du corps , ce qui ne voulait dire que le chef; témoin ces mots exprès de l'ordonnance de Philippe le Bel ; Que nul maître ne s'abfente de la chambre, fans h congé de fon fouverain. Je dois encor

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D 318 Essai sur les mœurs. O

remarquer qu'il n'était pas perrms d'abord de plaider par procureur ; ii fallak venir efler à droit ici-même , à moins d'une dilpenfe expreffe du roi.

Si les prélats avaient confervé leur droit d'afTifbr aux féancesde cette compagnie toujours Habilitante , elle eût pu devenir à la longue une aiiemblée d états-généraux perpétuelle. Les évêques en furent exclus fous Philippe le Long en 132,0. Ils avaient d'abord préndéau parlement, & précédé le chancelier. Le premier laïque qui préfida dans • cette compagnie par ordre du rei en 132.0 , fut un haut baron , comte de Boulogne , poifédant les droits régaliens, en un mot un prince. Tous les hommes de loi ne prirent que le titre de confeiiler , jufques vers l'an 1350. Enfuite les jurifconfuites étant devenus préfidens, ils portèrent le manteau de cérémonie des chevaliers. Ils eurent les privilèges de la nobleffè; on les appella fouvent chevaliers es loix. Mais les nobles de nom & d'armes affectèrent toujours de méprifer cette ncbleffe paifible. Les defcendans des hommes de loi ne font point encor reçus dans les chapitres d'Allemagne. C:e(t un refte de l'ancienne barbarie, d'attacher de î'avilifTement à la plus belle fonction de Inhumanité, celle de rendre la juftice.

On objecte que ce n'eft pas la fonction de rendre la juftice qui les aviliffait, puifque les pairs & les rois la rendaient , mais que des hommes nés dans une condition fervile, introduits d'abord au parlement de Paris pour inftruire les procès & non pour donner leurs voix, & aysnt prétendu depuis les droits de la nobleffè, à qui feule il appartenait déjuger la nation, ne devaient pas partager avec cette noble/Te des honneurs incommunicables. Le célèbre Fénelon , archevêque de Cambrai, dans une lettre à notre académie Françaife , nous écrit que , pour être digne de faire Fhiftoire de France, il faut être verfé dans nos anciens ufages; qu'il faut favoir , par eKemple, que les confeillers du parlement furent originairement des ferfs qui avaient étudié nos loix & qui confeillaient les

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