‹ EssaiChapitre 145 sur 200 · Chapitre X-LIII · texte numérisé non relu

Chapitre X-LIII

nobles dans la cour du parlement. Cela peut être vrai 5 de quelqu'uns élevés à cet honneur par le mérite; mais il elî plus vrai encor que la plupart n'étaient point ferfs , j qu'ils étaient fiis de bons bourgeois dès long-terns aiTran- j chis, viv2ns librement fous h prr>rc.:2icn des rois, dont I ils étaient bourgeois. Cet ordre de citoyens , en touttems & en tout pays, a plus de facilités pour s'instruire que j les hommes nés dans Pefcîavage.

Ce tribunal était, comme vous favez , ce qu'efc en Angleterre h cour appe.Uéeifu banc du roi. Les rois Anglais, vaffaux de ceux de France, imitèrent en tout les ufages de leurs fttzerains. Il y avait un procureur du roi | au parlement de Paris, il y en eut un au banc du roi d'An gieterre ; le chancelier de France peut préfidér aux p?.r- J lemens Français : le chancelier d'Angleterre au banc de 1 Londres. Le roi & les pairs Anglais peuvent caifer les jugemens du banc, comme le roi de France eaiîë îes arrêts ij du parlement en ion confeil d'état , & comme il îes caffe- | rait avec les pairs , les hauts barons & la nobîeffe dans les états-généraux qui font le parlement de la nation. La cour du banc ne peut faire de loix , de même que le parlement de Paris n'en peut faire. Ce même mot de banc prouve la re/Tembîance -parfaite ; le banc des préiidens a retenu fon nom chez nous , & nous i'appelions enccr aujourd'hui le grand banc.

La forme du gouvernement Anglais n'a point changé comme la nôtre, nous l'avons déjà remarqué. Les étatsgénéraux Anglais ontfubhfté toujours. Ils ont partagé la légiflatian; les nôtres rarement convoqués, font hors d'uiage. Les cours de juflice appellées parmi nous parlemensy étant devenues perpétuelles, & s'étant enfin considérablement accrues, ont acquis infenfibîement, tantôt par la conceffion des rois, tantôt par i'ufage, tantôt même par le malheur des tems, des droits qu'ils n'avaient ni fous Philippe h Bel , ni fous fes fils , ni fous Louis VI.

Le plus grand luitre du parlement de Paris vint de la

KS55=555nr=ï^^SÏ

TfTftità #

Essai sur les mœurs.

coutume que les rois de France introduisirent , de faire enrégiftrer leurs traités & leurs édits à cette chambre du parlement fédentaire , afin que le dépôt en fût plus authentique. D'ailleurs cette chambre n'entrait dans aucune affaire d'état, ni dans celles des finances. Tout ce qui regardait les revenus du roi & les impôts, était incontelïablement du reffort de la chambre des comptes. Les premières remontrances du parlement fur les finances, font du tems de François I.

Tout change chez les Français , beaucoup plus que chez les autres peuples. Il y avât une ancienne coutume, par laquelle on n'exécutait aucun arrêt portant peine affliéiive, que cet arrêt ne fût figné du fouverain. Il en eft ehcor ainfi en Angleterre, comme en beaucoup d'autres états ; rien n'eil plus humain & plus jufte. Le fanatifme , l'efprit de parti , l'ignorance , ont fait condamner à mort plusieurs citoyens innocens. Ces citoyens appartiennent au roi , c'ell-à-dire , à l'état ; on ôte un homme à la patrie , on flétrit fa famille, fans que celui qui repréfentë la patrie le fâche. Combien d'innocens , accufés d'hérélie , de forceîlerie & de mille crimes imaginaires , auraient dû la vie à un roi éclairé!

Loin que Charles VI. fût éclairé, il était dans cet état déplorable qui rend un homme le jouet des hommes.

Ce fut dans ce parlement perpétuel établi à Paris au palais de St. Louis , que Charles VI. tint le 23 décembre 1410, ce fameux lit de juftice , en préfence du roi d'Angleterre Henri V. ce f ut-là qu'il nomma fon tresamé fils Henri héritier, régent du royaume. Ce fut-!à que le propre fils du roi ne fut nommé que Charles , foi- difant Dauphin , & que tous les complices du meurtre de Jean Sans Peur, duc de Bourgogne, furent déclarés criminels de sèie-majefté & privés de toute fucceiïïon. Ce qui était en effet condamner le dauphin , fans le nommer. j! Il y a bien plus ; on allure que les regiftres du parîe-

l[ ment, fous l'année 1410 , portent que précédemment &^ le H

<îi

Page 1