‹ EssaiChapitre 154 sur 200 · CHAPITRE QUARANTE-SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUARANTE-SEPTIEME

iÇz/.ïVe Je Vhijîoire des Turcs & des Grecs , jufqifà la prife de Conjtantïnople.

Onstantinople fut un tems hors de danger par la vi&oire de Tamerlan ; mais les fucceffeurs de Baja^et rétablirent bientôt leur empire. Le fort des conquêtes de Tamerlan était dans la Perfe, dans la Syrie 8c aux Indes, dans l'Arménie & vers la Ruiîie. Les Turcs reprirent l'Afie-Mineure , & confervèrent tout ce qu'ils avaient en Europe. Il fallait alors qu'il y eût plusdecorrefpondance & moins d'averfion qu'aujourd'hui entre les mufulmans & les chrétiens. Cantacusïne n'avait fait nulle difficulté de donner fa fille en mariage à Grcan y & Amu- S rat II. petit-fils de ~Baja\et , & fils de Mahomet I. n'en ijj. fit aucune d'époufer la fille d'un defpote de Servie, nommée Irène.

Âmurat II. était un de ces princes Turcs qui contribuèrent à la grandeur Ottomane : mais ii était très-detrompé du fiifte de cette grandeur qu'il accroiflait par fes armes. Il n'avait d'autre but que ia retraite. C'écait une chofe affez rare qu'un philofophe Turc qui abdiquait la couronne. Il la réfigna deux fois , &: deux fois les instances de fes bâchas &: de fes janifîaires l'engagèrent à la reprendre.

Jean il. Palêologue allait à Rome & au concile, que nous avons vu aiïemblé par Eugène I F", à Florence. Il y difputait fur la proceffion du St. Esprit , tandis que les Vénitiens , déjà maîtres d'une partie de la Grèce , achetaient ThefTalonique, & que fon empire était prefque tout partagé entre les chrétiens & les mufulmans. Amurat cependant prenait cette même ThefTalonique à peine ven- JK

$•• f w^' i "^gîgy^k-

£ 34a Essai sur les mœurs.

due. Les Vénitiens avaient cru mettre en fureté ce territoire, & défendre la Grèce par une muraille de huit mille pas de long, félon cet ancien ufage que les Romains eux-mêmes avaient pratiqué au nord de l'Angleterre. C'eil une défenfe contre des incurfions de peuples encor fauvages ; ce n'en fut pas une contre la milice vidorieufe des Turcs. Ils détruifirent la muraille & poufsèrent leurs irruptions de tous côtés dans la Grèce , dans la Dalmatie, dans la Hongrie.

Les peuples de Hongrie s'étaient donnés au jeune Ladiflas IV. roi de Pologne. Amurat IL ayant fait quelques années la guerre en Hongrie , dans la Thrace & dans tous les pays voifins avec des fuccès divers , conclut la paix la plus folemnelle que les chrétiens & les mufulmans eufTent jamais contractée. Amurat & Ladijlas la jurèrent tous deux fclemnellement; l'un, fur Palcoran; & l'autre, fur l'évangile. Le Turc promettait de ne pas avancer plus loin fes conquêtes; il en rendit même quelques-unes. On régla les limites des pofTefïïons Ottomanes, de la Hongrie & de Venife.

Le cardinal Julien Cefarîni , légat dupapeen Allemagne , homme fameux par fes pourfuites contre les partifans de Jean Hus , par le concile de Bafle auquel il avait d'abord préfidé, par la croifade qu'il prêchait contre les Turcs , fut alors par un zèle trop aveugle , la caufe de l'opprobre & du malheur des chrétiens.

A peine la paix eft jurée, que ce cardinal veut qu'en la rompe. Il fe flattait d'avoir engagé les Vénitiens & les Génois à rafTembler une flotte formidable , & que les Grecs réveillés allaientfaire un dernier effort. L'occaficn était favorable : c'était précifément le tems où Amurat IL fur la foi de certe paix , venait de fe confacrer à la retraite , & de réhgner l'empire à Mahomet fon fils jeune encor ékfans expérience.

Le prétexte manquait pour violer le ferment. Amurat avait obférvé toutes les conditions avec une exaditude qui

''£^w?^~ i •»■■ -— ^^Tr^^iyéF -rrrfè

Page 1