Chapitre XLVII. 343 Ç
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ne biffait nul fubterfuge aux infracteurs. Le légat n'eue d'autre reffource que de perfuader à Ladijlas , aux chefs Hongrois & aux Polonais , qu'on pouvait violer Tes fermens. Il harangua, il écrivit, il affùra que la paix jurée fur l'évangile était nulle , parce qu'elle avait été faite malgré l'inclination du pape. En effet le pape , qui était alors Eugène IV. écrivit à Ladijlas , qu'il lui ordonnait de rompre une paix qifil n'avait pu faire a Vinfu du Saint Siège. On a déjà vu que la maxime s'était introduite, de ne pas garder la foi aux hérétiques. On en concluait qu'il ne fallait pas la garder aux mahométans.
C'eft ainfi que l'ancienne Rome viola la trêve avec Carthage, dans fa dernière guerre punique. Mais l'événement fut bien différent. L'infidélité du fenâî fut celle d'un vainqueur qui opprime , & celle des chrétiens fut un effort des opprimés pour repoufïër un peuple d'ufurpa- I teurs. Enfin Julien prévalut : tous les chefs fe laifsèrent
entraîner au torrent, fur-tout Jean Corvin Euniade,,ce ±$ fameux général des armées Hongroifes , qui combattit fi fouvent Amurat & Mahomet' II.
Ladijlas féduit par de fauffes efpérances & par une morale que le fuccès feul pouvait jultifier , entra dans les terres du fukan. Les janiffaires alors allèrent prier Amurat de quitter fa folitude pour fe mettre à leur tête. Il y confentit ; les deux armées fe rencontrèrent vers le Pont- Euxin , dans ce pays qu'on nomme aujourd'hui la Bulgarie , autrefois la Méfie. La bataille fe donna près de la ville de Varnes. Amurat portait dans fon fein le traité de paix qu'on venait de conclure. Il le tira au milieu de la mêlée , dans un moment où fes troupes pliaient ; & pria Dieu, qui punit les parjures, de venger cet outrage fait aux loix des nations. Voilà ce qui donna lieu à la fable, que la paix avait été jurée fur I'euchariirië, que fhoftie avait étéremifeaux mains d' Amurat, & que ce S fut à cette hoftie qu'il s'adreffa dans la bataille. Le par- ïw jure reçut cette fois le châtiment qu'il méritait. Les chré- Jk. • ' - Y 4 , Q
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tiens furent vaincus après une longue réfiftance. Le roi Ladiflas fut percé de coups ; fa tête coupée par un j'aniffaire,fut portée en triomphe de rang en rang dans l'armée Turque , & ce fpe&acle acheva la déroute.
Amurai, vainqueur , fit enterrer ce roi dans le champ de bataille avec une pompe militaire. On dit qu'il éleva une colonne fur fon tombeau , & même que l'infcription de cette colonne, loin d'infulter à la mémoire du vaincu} louait fon courage & plaignait fon infortune.
Quelques-uns difent que le cardinal Julien , qui avait afîiftéà la bataille, voulant dans fa fuite parler une rivière, y fut abymé par le poids de l'or qu'il portait. D'autres difent que les Hongrois même le tuèrent. Il eft certain qu'il périt dans cette journée.
Mais ce qu'il y a de plus remarquable , c'eft qu1 ' Amurat , après cette victoire , retourna dans fa folitude; qu'il abdiqua une féconde fois la couronne ; qu'il fut une féconde fois obligé de la reprendre pour combattre & pour vaincre. Enfin il mourut à Andrinople, & laiffa l'empire à fon fils Mahomet IL qui fongea plus à imiter la valeur de fon père que fa philofophie.