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CHAPITRE QUARANTE-HUITIEME

i>C ScANItERVEG,

N autre guerrier non moins célèbre , que je ne fais fi je dois appeller opnanli, ou chrétien ,i arrêta les progrès d' 'Amurat , & fut même long-tems depuis un rempart des chrétiens contre les viétoires de Mahomet IL je veux parler de Scanderbeg , né dans l'Albanie partie de i'Epire , pays illuftre dans les'tems qu'on nomme héroïques , & dans les tems vraiment héroïques des Romains. Son nom était Jean Cajiriot. Il était fils d'un defpote ou d'un petit hofpodar de cette contrée, c'eft-à-dire d'un prince variai , car c'efl ce que fignifiait defpote , ce mot veut dire à la lettre , maître de maifon ; & il eft étrange que l'on air depuis affecté le mot de defpotïque aux grands fouverains qui fe font rendus abfolus.

Jean Cajiriot était encor enfant lorfqu' A mu rat , plufleurs années avant la bataille de Varnes , dont je viens de parler , s'était faifi de l'Albanie après la mort du père de Caflriot. Il éleva cet enfant qui reliait feul de quatre frères. Les annales turques ne difent point du tout que ces quatre princes aient été immolés à vengeance d7 Amurat. Il ne paraît pas que ces barbaries fuilent dans le caractère d'un milan qui abdiqua deux fois la couronne, & il n'efr guère vraifemblable quJ Amurat eût donné fa tendrefTe & fa confiance à celui dont il ne devait attendre qu'une haine implacable. Il le chériffait, il le faifait combattre auprès de fa perfonne. Jean Cajiriot fe difîingua tellement , que le fultan & les janiffaires lui donnèrent le nom de Scanderbeg) qui fignifie le feigneur Alexandre. jt

^, Enfin l'amitié prévalut fur la politique. Amurat lui M.

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346 Essai sur les mœurs, O

confia le commandement d'une pente armée contre le jj defpote de Servie qui s'était range du parti des chré- 1 tiens , & faifait la guerre au fultan fon gendre : c'était ]j avant fon abdication. Scanderbeg , qui n'avait pas alors vingt ans , conçut le deiTein de n'avoir plus de maître , & de régner.

Il fut qu'un fecretaire qui portait les fceaux du fultan , paffait près de fon camp. Il l'arrête , le met aux fers , le force à écrire & à fcéler un ordre au gouverneur de Croye capitale de l'Epire, de remettre la ville & la citadelle à Scanderbeg. Après avoir fait expédier cet ordre , il affaffme le fecretaire & fa fuite. Il marche à Croye ; le gouverneur lui remet la place fans difficulté. La nuit même il fait avancer les Albanois , avec lefquels il était d'intelligence. Il égorge le gouverneur & la garnifon. Son parti lui gagne toute l'Albanie. Les Albanois paffent pour les meilleurs foîdats de ces pays. Scanderbeg les conduifit fi bien, fut tirer tant d'avantage de l'affiette du terrain âpre & montagneux , qu'avec peu de troupes il arrêta toujours de nombreufes armées Turques. Les mufulmans le regardaient comme un perfide : les chrétiens l'admiraient comme un héros y qui en trompant fes ennemis & fes maîtres avait repris la couronne de fon père , & la méritait par fon courage.

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