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CHAPITRE CINQUANTIEME

Entreprifes de Mahomet II. <S*/i mort.

Ji Enoant trente *■ une année de règne , Mahomet IL marcha de conquête en conquête , fans que les princes chrétiens fe liguaiîent contre lui ; car il ne faut pas appeller ligue un moment d'intelligence entre Huniade prince de Tranfilvanie , le roi de Hongrie, & un defpote de la Ruffie-Noire. Ce célèbre Eunia.de montra, que s'il avait été mieux fecouru, les chrétiens n'auraient pas perdu tous les pays que les mahométans pafsèdent en Europe. Il repouiTa Mahomet IL devant Belgrade trois ans après la prife de Confia ntincple.

Dans ce tems-là même les Perfans tombaient fur les C; Turcs, & détournaient ce torrent dont la chrétienté était innondée. Ujjltm-Cajfan , de la branche de Tamerlan , qu'on nommait le bélier blanc , gouverneur d'Arménie, vernit de fubjuguer la Perfe. il s'alliait aux chrétiens , & par-là il les averti (fait de fe réunir contre l'ennemi commun , car il épovxù la fille de David Comnene empereur de Trébizonde. Il n'était pas permis aux chrétiens d'époufer leur commère ou leur counne : maison voit qu'en Grèce, en Efpagne, en Afie •, ils s'alliaient aux mufulmans fans fcrupule.

Le Tartare UJfum-CajJan , gendre de l'empereur chrétien David Comnene , attaqua Mahomet vers l'Euphrate, C'était une occafion favorable pour la chrétienté ; elle fut encor négligée. On laiffa Mahomet après des fortunes diverfes faire la paix avec le Perfan, & prendre enfuite Trébizonde avec la partie de ta Cappadoce , qui en dépendait ; tourner vers la Grèce , faifir le Négrepont , retourner au fond de la mer Noire , s'emparer de CaiFa , l'ancienne Théodofie rebâtie par les

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358 Essai sur les mœurs.

Génois ; revenir réduire Scutari , Zante , Céphalonie ; courir jufqu'à Triefte à la porte de Venife , & établir enfin la puiffance mufulmane au milieu de la Calabre , d'oui! menaçait le refte de l'Italie, &: d'où fes lieutenans ne fe retirèrent qu'après fa mort.

Sa fortune échoua contre Rhodes. Les chevaliers , qui font aujourd'hui les chevaliers de Maithe, eurent, ainfi que Scanderbeg , la gloire de repouffer les armes viclcri eu fes de Mahomet il.

Ce fur en 1480 que ce conquérant fit attaquer cette if e autrefois fi célèbre , & cette ville fondée très-îongtems avant Rome dans le terrain le plus heureux , dans l'aiptcT: le plus riant, & fous le ciel le plus pur, ville gouvernée par les enfans à' Hercule, par Danaùs , par t admit s , fameufe dans toute la terre par fon coloffe d'airain , dédié au foleil , ouvrage immenfe jeté en fonte par un Indien , & qui s'élevant de cent pieds de hauteur , les pieds pofés fur deux môies de marbre , laiiTait voguer fous lui les plus gros navires. Rhodes avait parlé au pouvoir des Sarrazins dans le milieu du feptième fiècie ; un chevalier Français foulques de Villarct, grand-maître de l'ordre , l'avait reprife fur eux , en I ' 10 ; & un autre chevalier Français , Fiet're d'Aubuffon , la défendit contre les Turcs.

C'eft une chofe bien remarquable que Mahomet II. employât dans cette entreprife une foule de chrétiens renégats. Le grand- vifir lui-même qui vint attaquer Rhodes, était un chrétien ; & ce qui eil encor plus étrange, il était de la race impériale des Voléologues. Un autre chrétien George Frupan , conduirait le fiége fous les ordres du vifir ; on ne vit jamais de mahométans quitter leur religion pour fervir dans les armées chrétiennes. D'où vient cette différence ? Serait-ce qu'une religion qui a coûté une partie d'eux-mêmes à ceux qui la profeîfent, êc qu'on afcellée.de fon fang dans une opération très-douloui eufe 3 en devient enfuiteplus chère? Serait-ce

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